Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Deux pour le prix d'un

Ven. 25 Août 2023

Comment comprendre ce même verbe, aimer, quand son objet est Dieu ou le prochain ? est-ce que vraiment on parle de la même chose dans l'un et l'autre cas ? Si on se réfère au texte grec des évangiles (ici chez Matthieu, chez Marc en 12, 28-34, chez Luc en 10, 25-28), c'est bien le même verbe, agapaó, qui est utilisé. Pareil si on remonte à l'hébreu cité par Jésus (Deutéronome 6, 5 pour l'amour de Dieu, Lévitique 19, 18 pour l'amour du prochain), c'est aussi le même verbe, aheb, qui est employé. La différence principale entre Dieu et tout être humain, est qu'en Dieu, en principe, tout est aimable, ce qui n'est pas nécessairement le cas chez notre prochain.

En Dieu tout est aimable : ceci implique évidemment qu'on écarte toute fausse image qu'on peut avoir sur lui. Il ne s'agirait pas de faire de lui cet être colérique, jaloux, sadique, arbitraire, tel que certains se le sont représenté, en l'imaginant bien sûr ainsi à leur propre image. Il n'y a rien de tel en lui. Et pour autant, il n'a rien non plus de distant, lointain et inaccessible ; s'il ne s'impose jamais, cela n'empêche pas qu'il soit pourtant au plus proche de chacun.e de nous, plus intime même que le plus intime de nous-même, nous-même au-delà de nous-même. En fait, on peut même le dire : on ne peut pas ne pas l'aimer, une fois qu'on le connaît. "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu" pourrait donc être compris comme une invitation/incitation à apprendre à le connaître, la suite ne pouvant alors qu'en découler.

Chez notre prochain, à moins de se comporter comme l'enfant vis-à-vis de ses parents, il semble bien improbable que tout soit aimable... par conséquent, l'aimer ne pourra pas se décliner exactement de la même manière qu'avec Dieu. Il ne s'agira pas de juger des raisons pour lesquelles l'autre manifeste des traits de caractère ou des comportements non acceptables, mais il ne s'agira pas non plus de les approuver. On sait pourtant ce que l'enfant, justement, est capable d'accepter de la part de parents indignes, ou le conjoint sous emprise de la part de l'autre conjoint, mais il ne s'agit pas là d'amour, mais de dépendance. Aimer, dans ces cas-là, sera précisément de refuser de rester dans une telle situation, et ce, pour le bien même de l'autre, en plus du nôtre propre.

Voit-on, alors, à quel point ce même verbe, aimer, prend des chemins extrêmement différents selon qu'il s'agit d'aimer Dieu ou d'aimer son prochain ? mais pourtant il est vrai aussi que les deux sont liés, que aimer Dieu ne peut que nous mener à aimer les autres aussi, puisque lui le fait. Je ne suis pas sûr, par contre, que l'inverse soit vrai, que l'amour des autres nous mène forcément à l'amour de Dieu ; c'est possible, mais simplement, pour ma part, je ne le sais pas. Et peut-être est-ce la raison pour laquelle le commandement de l'amour de Dieu est cité, ici comme chez Marc et Luc, en premier, et non l'inverse, alors que la question posée à Jésus était : quel est "le" commandement.

 

 

Les pharisiens entendirent qu'il avait muselé les sadducéens
et ils se réunirent entre eux,
et l'un d'eux, un homme de loi,
    l'interrogea pour le tester :
« Maître, quel est le grand commandement de la loi ? »

    Et il lui dit :
« "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
    de tout ton cœur
    et de toute ton âme
    et de toute ton intelligence."
Tel est le grand et premier commandement.
    Le deuxième lui est semblable :
"Tu aimeras ton prochain comme toi-même."
De ces deux commandements
    toute la loi dépend, ainsi que les prophètes. »

(Matthieu 22, 34-40)