Partage d'évangile quotidien
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Faire ou ne pas faire

Lun. 11 Septembre 2023

"Les" scribes et "les" pharisiens : dans l'épisode précédent, il était bien précisé que c'étaient "certains" des pharisiens qui reprochaient aux disciples de Jésus d'avoir cueilli des épis un jour de shabbat ; ici, c'est comme si c'étaient "tous" les pharisiens qui considéreraient qu'il n'est pas licite de soigner, et encore moins de guérir, une personne malade un jour de shabbat, parce que ces soins, cette guérison, seraient assimilés à un travail. Il se trouvera même, un peu plus loin dans l'évangile de Luc (13, 10-17), un chef de synagogue qui voudra mettre bon ordre à tout ça en instaurant la règle que les gens n'amènent leur malades à Jésus que les autres jours de la semaine...

et la réponse de Jésus sera que, même le jour de shabbat, on donne à manger aux animaux et on les mène à l'abreuvoir, ce qui constituent des "travaux", et que si on a le droit de soigner ses animaux un jour de shabbat, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse en faire autant pour les humains ! Or, nous savons que cet argument, Jésus ne l'a pas inventé, ce sont des pharisiens de son époque qui l'avançaient. On voit donc à quel point les évangiles, en employant presque toujours l'expression "les" pharisiens nous trompent. En réalité, Jésus, s'il peut cependant souvent faire preuve d'originalité (par exemple avec l'interdiction pure et simple du divorce), ne sort jamais des limites de ce qui est admissible. Ce ne sont certainement pas ses enseignements qui l'ont mené sur la croix.

En fait, une seule chose aurait pu lui valoir une condamnation pour des motifs religieux :  qu'il ait prétendu être Dieu lui-même. De ce point de vue-là, c'est l'évangile de Jean qui est le plus honnête, nous montrant les "juifs" ramassant à plusieurs occasions des pierres pour le lapider, pour cette raison-là qu'il leur semble que, dans ses propos, il s'est fait "l'égal de Dieu". Mais, à chaque fois, Jésus leur prouve qu'ils ont mal compris. Et d'autre part, on comprend aussi par là que, si Jésus avait jamais prétendu une telle chose, ce n'est pas sur une croix qu'il aurait terminé sa carrière, mais sous les pierres, et que, par conséquent, sa crucifixion ne doit certainement rien à de tels motifs, religieux, mais seulement à des considérations politiques.

Pour en revenir à la question du shabbat, l'argument peut-être le plus choquant que Jésus ait jamais utilisé pour justifier qu'il "effectue" des guérisons même ce jour-là, pourrait être celui qu'il donne aussi chez Jean (5, 17) : "Mon Père jusqu'à présent œuvre, et moi aussi j'œuvre". Le repos du jour du shabbat est en effet censé se faire à l'image de celui de Dieu qui, après avoir créé le monde en six jours, s'est reposé le septième. D'un autre côté, même si Dieu s'est reposé le septième jour, cela ne signifie pas qu'il en est resté là depuis lors et pour toujours, tout le monde sait qu'il ne cesse d'intervenir quand même, d'œuvrer. Ce retrait d'un jour a surtout un sens symbolique : celui que, désormais, c'est à sa création, et particulièrement à l'homme, de prendre le relais.

Prendre nous aussi, plus ou moins régulièrement, des temps de retrait est quand même important ; avoir en permanence le nez dans le guidon est le meilleur moyen pour sortir de la route et tomber dans le précipice... mais on ne peut pas non plus faire un absolu de ces temps-là, comme ceux qui allaient jusqu'à estimer que, si un animal domestique, ou même une personne, tombe dans un puits le jour de shabbat, on n'a pas le droit de l'en sortir, quitte à ce qu'il en meure (Luc 14, 5)... Le critère qui nous est donné aujourd'hui semble alors assez judicieux : le jour du shabbat, il est permis de faire le bien.

 

 

Or on arriva à un autre sabbat,
    il entra à la synagogue et il enseigne,

et il y avait là un homme, et sa main, la droite, était atrophiée,
aussi, les scribes et les pharisiens l'épiaient,
    si, durant le sabbat, il guérirait,
pour trouver à l'accuser,

mais lui savait leurs pensées,
    alors il dit à l'homme, celui qui avait la main atrophiée :
« Lève-toi,
    et tiens-toi debout au milieu ! »
et il se leva et se tint debout,
    Jésus leur dit alors :
« Je vous demande s'il est licite, le sabbat,
    de bien faire ou de mal faire,
    de sauver ou de perdre une vie ? »
et les ayant tous regardés à la ronde,
    il lui dit :
« Étends ta main ! »
alors il le fit et sa main fut rétablie,

et eux furent remplis de fureur,
    et ils discutaient l'un avec l'autre
ce qu'ils pourraient faire à Jésus.

(Luc 6, 6-11)