Partage d'évangile quotidien
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Question de puissance

Mer. 6 Septembre 2023

Pour le tout-petit enfant, le nourrisson, ses parents — biologiques ou non : les personnes qui lui assurent la satisfaction de ses besoins essentiels — apparaissent comme tout-puissants. Ceci dit, étant un être en soi, et non une simple extension de leur être à eux, progressivement il acquerra une capacité à s'assumer par lui-même, et parallèlement il comprendra, parfois mais pas nécessairement avec plus ou moins de déception, que, non, ses parents n'étaient pas tout-puissants. Cependant, en règle générale, il leur conservera au moins un minimum d'estime, comprenant que l'essentiel n'était pas leurs capacités effectives et avérées, mais qu'ils aient fait du mieux qu'ils le pouvaient ce qu'ils pensaient être pour le bien de leur enfant, autrement dit : qu'ils l'ont aimé et qu'ils l'aiment toujours, à leur manière.

L'image de Dieu que se font les hommes est similaire. On peut appeler Dieu la réponse à la question : pourquoi y a-t-il quelque chose et non rien, pourquoi y a-t-il cet univers dont nous constatons l'existence et dont nous faisons partie, et non pas rien ? Les philosophes répondront : Dieu est donc l'être, l'être en soi ; Dieu est donc tout-puissant puisqu'il est tout cet univers, mais cette toute-puissance me concerne-t-elle moi, moi-même, moi toute petite parcelle infiniment ridicule de ce grand tout ? Selon cette approche, on aura vite fait de jeter tout ça aux orties, ça nous fait juste une belle jambe. De fait, sauf imagination et délire pris pour réalité, ce Dieu ne semble pas intervenir, pas à nos niveaux individuels, il n'a pas empêché ni Auschwitz ni aucune des innombrables atrocités, et ni même aucune des moindres petites ou grandes injustices ou mesquineries, dont nous sommes capables.

C'est de cette image-là de Dieu, du Dieu tout-puissant dont nous attendrions qu'il intervienne directement en personne pour mettre fin à tous nos malheurs, que Jésus a essayé tout du long de son action publique de se démarquer, pour parler d'un Dieu qui n'est que présent à l'intérieur de chacun.e de nous, tel que lui-même en avait l'expérience. Quelle que soit l'image que se faisaient ses coreligionnaires du messie, et Dieu sait qu'elle pouvait être très variée tellement elle était imprécise, elle avait au moins un point commun : ce serait un être, une personne, qui viendrait dans un rôle de leader, qui viendrait comme un sauveur, encore et toujours comme un chef. Et on peut considérer que Jésus ait plus ou moins ce genre de rôle, mais en aucun cas d'une manière extérieure, seulement par son témoignage. Non, il n'est pas le messie que veulent faire de lui, non pas tant les "démons" mais bien plutôt les "guéris" eux-mêmes ainsi que la foule...

Et ce Dieu-là n'a alors d'autre puissance que celle de nous faire ressentir son amour en nous disant : va, agis, toi ! agissez, vous ! assumez-vous ! c'est vous et vous seuls qui êtes tous responsables de ce qu'est devenu et deviendra ce monde. Et si on ne ressent pas cet amour ? eh bien ce n'est pas grave, et le programme reste le même...

 

 

Alors il se leva de la synagogue
    et entra dans la maison de Simon.
Or la belle-mère de Simon était oppressée par une grande fièvre
et ils le sollicitèrent pour elle,
aussi, se tenant au-dessus d'elle,
    il engueula la fièvre, et elle la laissa :
alors aussitôt elle se leva,
    et elle les servait !
    
Au coucher du soleil,
    tous ceux qui avaient des malades de diverses affections
    les amenèrent devant lui,
et lui, sur chacun d'eux, imposait les mains et les guérissait ;
et sortaient aussi de beaucoup des démons
    qui disaient en criant :
« Toi, tu es le fils de Dieu ! »,
mais il les engueulait et ne leur permettait pas de parler,
    parce qu'ils savaient qu'il était le messie.
    
Le jour venu, il sortit
    et s'en alla dans un lieu désert,
et les foules le cherchaient, vinrent jusqu'à lui,
    et le retenaient,
qu'il ne parte pas loin d'eux !
    mais il leur dit :
« Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle
    du royaume de Dieu,
parce que c'est pour cela que j'ai été envoyé. »
et il prêchait dans les synagogues de la Judée.

(Luc 4, 38-44)