Partage d'évangile quotidien
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Hérode le renard

Jeu. 28 Septembre 2023

Luc est l'évangéliste qui s'est le plus intéressé à cet Hérode "le tétrarque", c'est-à-dire le roi (roitelet en fait, puisqu'il ne l'était que comme vassal de l'empire romain) dont dépendait, entre autres, la Galilée, la province d'où venait Jésus. Certes Luc ne nous raconte pas l'histoire de Salomé dansant devant cet Hérode et obtenant alors de lui la tête de Jean ; cet épisode, Luc le résume ici simplement par ce "moi, je l'ai décapité" dans la bouche d'Hérode. C'est en réalité l'essentiel. Le caractère libidineux d'Hérode, sa dépravation, font un très bon sujet de tableaux de peinture, et de pièces de théâtre ou de musique, voire de poèmes et de romans, mais n'ont pas de rapport direct avec Jésus.

Luc, par contre, mentionne deux épisodes concernant Jésus et Hérode, que ne nous rapportent pas du tout ni Matthieu ni Marc : d'une part, celui d'une information transmise par "certains" pharisiens à Jésus, à savoir que Hérode cherchait à l'arrêter pour lui faire subir le même sort que Jean le baptiste (Luc 13, 31). Ce fait, que Hérode avait l'intention de tuer Jésus, est plus que plausible. On sait par ailleurs (Flavius Josèphe) que Hérode était très superstitieux, qu'il se sentait coupable d'avoir tué Jean : il était le premier à penser que tout ce qui se disait au sujet de Jésus pouvait s'expliquer par le fait que c'était "l'esprit" de Jean qui agissait par son intermédiaire.

Au sujet de ce "réveil" de Jean, agissant alors en Jésus, on ne peut évidemment pas l'assimiler à quelque chose comme de la réincarnation : Jean et Jésus étaient des contemporains. Il s'agit plutôt de quelque chose de l'ordre de la possession, possession spirituelle bénéfique, l'esprit de Jean apporte son concours à, vient en renfort de, celui de Jésus. Le retour d'Élie est d'un tout autre ordre : on sait qu'Élie n'est pas mort mais a été emporté vivant au ciel ; assimiler Jésus à Élie revenu sur terre suppose alors cependant qu'on ne sache pas d'où vient Jésus, qu'on ne connaisse pas son origine comme fils d'un artisan de Nazareth... Quant à la troisième option, quelque prophète ancien qui s'est levé, cette fois-ci cela peut être compris comme proche de la réincarnation, bien que ce concept ne semble pas avoir fait partie du judaïsme de cette époque. Quoi qu'il en soit, dans les trois cas, il s'agit de spéculations qui sous-entendent que Jésus serait le Messie attendu.

Reste que pour Hérode, c'est vraisemblablement la première hypothèse qui est la bonne (c'est Jean qui poursuit son œuvre via Jésus : Matthieu 14, 2 ; Marc 6, 16), et qu'il a donc bien l'intention d'aller jusqu'au bout de ce qu'il a commencé ; sur ce point, Luc a raison. Le second épisode qu'il est aussi le seul à nous rapporter, est la comparution de Jésus devant Hérode à Jérusalem (Luc 23, 6-12). Ce qu'on peut dire à ce sujet est que, si Hérode se trouvait effectivement à Jérusalem à ce moment-là, ce qui est tout-à-fait possible, alors il était logique que Pilate lui renvoie Jésus, et que Hérode, de son côté, sachant qu'il n'y avait aucune chance que Pilate le gracie, renvoie Jésus à Pilate pour ne pas avoir à assumer formellement sa mort en plus de celle de Jean.

On peut se demander alors pourquoi ni Matthieu ni Marc n'ont jugé bon de mentionner cette présence menaçante, en arrière-plan, de Hérode au cours de la vie publique de Jésus ? La réponse est sans doute à chercher dans le fait que Hérode, par la suite, n'a joué aucun rôle par rapport au développement du christianisme. Les premiers antagonistes du christianisme naissant, ce sont les mêmes qui ont livré Jésus à Pilate, c'est-à-dire essentiellement les sadducéens, et plus précisément encore "l'aristocratie" des sadducéens, ceux qui composaient le gros des troupes du sanhédrin, avec à leur tête Hanne et sa famille. Si Luc a tenu à conserver quand même ces éléments qui ont été négligés par Matthieu et Marc, c'est peut-être simplement par une sorte de scrupule historique, scientifique, de rapporter tout ce dont il a eu connaissance ; même si ça n'apporte rien aux visées théologiques qui n'en restent pas moins son objectif principal ?

 

 

Alors Hérode le tétrarque entendit tout ce qui arrivait
et il était perplexe à cause de ce qui se disait :
    par certains,
que Jean avait été réveillé d'entre les morts,
    mais par certains,
que Élie était apparu,
    et par d'autres encore,
que quelque prophète d'entre les ancêtres s'était levé.

    Hérode dit alors :
« Jean,
    moi, je l'ai décapité,
mais qui est celui-ci, dont j'entends de telles choses ? »,
et il cherchait à le voir.

(Luc 9, 7-9)