Partage d'évangile quotidien
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Flanqués à la mer, une meule autour du cou

Lun. 13 Novembre 2023

Si ton frère faute, engueule-le ! et s'il se repent, remets-lui ! et si sept fois le jour il faute contre toi et sept fois revient vers toi en disant : "Je me repens", tu lui remettras.

Dans son tout premier livre, "Le pardon originel - De l'abîme du mal au pouvoir de pardonner", qui était aussi sa thèse de doctorat en théologie, Lytta Basset s'interrogeait sur ce scandale qui peut toucher les petits, et qu'on trouve ici chez Luc, mais aussi chez Matthieu (18, 6-10) et Marc (9, 42-48) : se pourrait-il que le sujet, la nature de ce scandale, soit la pédophilie ? On peut être surpris de ce rapprochement et de ce questionnement de l'auteure, qui la mène à consacrer un développement non négligeable sur ce problème de société — notamment autour des travaux d'Alice Miller, précurseuse dans ce domaine —, à une époque (1995) où notre société dans son ensemble n'avait pas encore pris conscience de l'ampleur et de la gravité de ces comportements.

Après ça, sachant les raisons pour lesquelles Lytta Basset était concernée personnellement, en tant que victime dans son enfance d'inceste par son père pasteur protestant, on comprend que son cheminement personnel, étant devenue elle-même pasteure, l'avait menée à rechercher si on pouvait trouver quelque part dans les évangiles un signe, une trace, spécifique abordant ce sujet. On sait que la pédophilie est une pratique, malheureusement, universelle, indépendante de toute culture ou religion, depuis la nuit des temps ; comment se fait-il alors qu'il n'en soit jamais question, notamment dans la Bible, si prompte par ailleurs à fustiger toute sexualité sortant de ce qu'elle considère comme la norme (onanisme, homosexualité, zoophilie...)  ? et si la Bible hébraïque n'en dit rien, comment se fait-il que même Jésus n'en aurait rien dit ? ignorait-il que cela existait ???

De fait, Jésus fait montre, dans une société très fortement patriarcale et en grande partie misogyne, d'une remarquable ouverture d'esprit à l'égard des femmes, et, vis-à-vis des enfants, il ne détonne pas moins, sur ses coreligionnaires, par les attentions qu'il a pour eux. Il n'est donc pas du tout illogique de se poser la question au sujet de cette péricope, d'autant que la condamnation de ceux qui scandalisent ces "petits" est particulièrement virulente : leur attacher autour du cou une de ces meules de pierre qui pèsent plusieurs centaines de kilos voire une tonne, et les jeter ainsi à la mer... la mer symbolisant le néant (au commencement de la Genèse, avant toute création, l'Esprit plane sur "les eaux"), ce traitement signifie une certitude de la disparition complète et définitive de l'auteur du scandale ; pas de survie possible pour lui, pas de "purgatoire" ou d'enfer pour expier, c'est comme pour le "péché contre l'Esprit", celui qui ne peut d'aucune manière être pardonné.

Les probabilités que la pédophilie soit, ou ait été, le sujet évoqué ici, restent cependant assez minces. Pas absolument impossibles, mais ce qui pose problème pour aller dans ce sens est que les quelques autres péricopes (passages) des évangiles où il est question des "petits" parlent, sans guère d'ambiguïté, des disciples de Jésus, dont on sait que la plupart étaient d'origines sociales modestes, d'une part, et d'autre part, tout l'enseignement de Jésus oriente vers une attitude de modestie, d'humilité, de solidarité avec les "petits", les pauvres, les malades, les étrangers, les persécutés, tous ceux que toute société d'une manière générale méprise, ou, pour le moins, pour lesquels elle n'a guère de considération. Et c'est donc vraisemblablement dans ce sens-là qu'on doit prendre ici aussi "ces petits".

Ceci n'exclue évidemment pas que les victimes de pédophilie font, elles aussi, partie des "petits".

 

 

    Il dit alors à ses disciples :
« Il est impensable que les occasions de chute
    ne viennent pas,
mais hélas ! pour celui par qui elles viennent,
il aurait mieux valu pour lui
    qu'une pierre de meule ait été mise autour de son cou
    et qu'il ait été flanqué à la mer,
plutôt qu'il ait été occasion de chute
    pour un seul de ces petits :
prenez garde à vous-mêmes !

Si ton frère faute,
    engueule-le !
et s'il se repent,
    remets-lui !
et si sept fois le jour il faute contre toi
    et sept fois revient vers toi
en disant : "Je me repens",
    tu lui remettras. »
    
    Les apôtres disent au Seigneur :
« Ajoute-nous de la foi ! »
    alors le Seigneur dit :
« Si vous aviez de la foi
    comme une graine de moutarde,
vous auriez dit à ce figuier sycomore :
    "Sois déraciné et sois planté dans la mer !"
et il vous aurait obéi. »
    
(Luc 17, 1-6)