Partage d'évangile quotidien
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Gagner sa vie...

Mer. 29 Novembre 2023

Subir des persécutions, pouvant aller jusqu'à la mort, sans pour autant qu'un seul cheveu de notre tête ne se perde : voilà qui semble quand même paradoxal ! Que de telles persécutions soient l'occasion d'un témoignage, cela se comprend, témoignage dans les faits, bien plus parlant qu'un témoignage qui n'en serait resté qu'aux mots...

Subir des persécutions, pouvant aller jusqu'à la mort, sans pour autant qu'un seul cheveu de notre tête ne se perde : voilà qui semble quand même paradoxal ! Que de telles persécutions soient l'occasion d'un témoignage, cela se comprend, et cela est d'ailleurs assez bien établi : la dignité avec laquelle de nombreux martyrs chrétiens ont pu se comporter est un des facteurs essentiels qui ont contribué à l'essor de leur mouvement. C'est ce que signifie, en fait, à l'origine le mot grec "martyre" : témoignage ; le sens qu'a maintenant ce mot, de persécution subie pouvant aller jusqu'à la mort, n'est venu qu'à la suite de ces témoignages rendus au prix de leur vie, témoignages dans les faits, bien plus parlant que des témoignages qui n'en seraient restés qu'aux mots.

Mais alors, qu'en est-il de ces cheveux ? Il y a aussi cette autre expression qui est ici un peu surprenante : c'est par là, par la persévérance dans les tribulations, par le témoignage du martyre, qu'ils "acquerront", qu'ils "gagneront", qu'ils "posséderont", leur âme ! Rien que de constater la grande variété des traductions françaises de cette expression indique la difficulté qu'il y a à rendre cette idée : vous "maîtriserez votre être", "sauverez vos vies", "obtiendrez la vie", "sauverez vos âmes", "gagnerez la vie"... Un premier problème vient du sens du mot grec psyche, équivalent de l'hébreu nephesh, qui signifie effectivement plutôt âme, mais avec cette particularité que dans l'anthropologie biblique, une âme sans corps ça n'existe pas : nous sommes des "âmes vivantes", et par conséquent "notre être", "notre vie", "notre âme", c'est la même chose.

On commence à y voir un peu plus clair, gagner notre vie ou notre âme ou notre être, c'est la même chose ; mais ce "gagner", cet "acquérir", ce "posséder", ou même ce "sauver" : c'est éventuellement en allant jusqu'à mourir qu'on sauve sa vie ? avouons que c'est effectivement bien paradoxal ! Mais déjà, pourquoi "gagner" ou "acquérir" ou "posséder" ? est-ce que je n'ai pas déjà la vie ? est-ce que je n'ai pas déjà une âme et un corps ? eh bien non, justement. Je n'ai rien qui ne m'ait été donné, ou peut-être plus justement : confié. Je ne me suis pas fait moi-même, je ne me suis pas créé à moi-même cette âme vivante (cette âme animant un corps, ou ce corps animé par une âme, si on ne peut pas se passer de cette dichotomie que nous avons héritée de la culture grecque) ! ma vie, mon être, je les ai reçus. Et c'est très précisément ce qui nous est dit ici : ils peuvent devenir miens, à moi, ma propriété, je peux les "acquérir", les "gagner", les "posséder".

Comment ? là est toute la question...

 

 

mais avant tout ceci
ils jetteront sur vous leurs mains
et ils vous persécuteront
et ils vous livreront aux synagogues et aux prisons,
vous emmenant devant rois et gouverneurs,
    à cause de mon nom

cela résultera pour vous en un témoignage,
aussi mettez en vos cœurs
    de ne pas vous préparer à vous justifier,
car moi je vous donnerai
    une bouche et une sagesse
à quoi ne pourront ni s'opposer ni répliquer
    aucun de vos adversaires

vous serez livrés
    même par parents et frères et relations et amis
et ils en feront mourir certains parmi vous
et vous serez haïs par tous
    en raison de mon nom,
mais pas un cheveu de votre tête
    ne se perdra

par votre persévérance
    vous acquerrez vos âmes

(Luc 21, 12-19)