Faites ce que je dis
Cette femme est toute donnée à sa foi, elle donne "tout ce qu'elle avait pour subsister", deux sous ! Il convient sans doute de relativiser, elle ne se suicide pas, ce qu'elle donne, vraisemblablement, c'est ce qu'elle avait pour subsister : "ce jour-là" ; c'est donc que, bien qu'étant "misérable", elle jeûne cependant certains jours, et c'est la somme correspondant à sa survie de ces jours-là qu'elle donne. En comparaison, il est peu vraisemblable que les "riches" en fassent autant : jeûner, ils peuvent bien le faire aussi, mais donnent-ils alors eux aussi la somme correspondant à leur dépense journalière ? et quand bien même ils le feraient, il n'en restent pas moins riches et dans la surabondance.
La veuve, de son côté, aurait pu choisir de mettre de côté ces deux sous, pour commencer à se constituer un petit pécule de réserve, une poire pour la soif en cas de coup dur, en bref, capitaliser comme les autres, bien sûr à sa très modeste mesure, mais la différence est très précisément là. Non pas tant dans les trains de vie des uns et de l'autre, mais dans cet état d'esprit : les uns se rassurent en amassant, en amassant, en amassant, là où d'autres se contentent d'avoir de quoi ne pas mourir.
Aujourd'hui elle jeûne, alors elle donne ce dont elle n'a donc pas besoin, à Dieu. On pourrait certes s'interroger : à quoi va servir exactement cet argent ? Ce "trésor" dans le Temple avait plusieurs utilisations, il y avait d'ailleurs en fait plusieurs urnes, destinées à plusieurs usages, et il ne nous est pas dit ici dans laquelle cette veuve a mis son obole. Mais juste avant ce passage (Luc 20, 46-47 ; et pareillement chez Marc 12, 38-44 qui rapporte ces mêmes éléments), il a été question des "scribes" qui "dévorent les maisons des veuves" ; il est donc possible que ce soit particulièrement cette utilisation-là du trésor qui est visée, l'entretien d'une caste de "spécialistes", de "professionnels", sur le dos du peuple ?
On ne peut alors que penser à Paul, qui mettait son point d'honneur à gagner sa vie par lui-même, tout en menant en parallèle ce qu'il considérait être sa mission d'évangélisation. Et ceci devrait évidemment interroger aussi tous les "ministres du culte", de quelque religion que ce soit, qui vivent de la charité de leurs ouailles : est-il bien fondé qu'ils se fassent entretenir sous prétexte que, eux, se consacreraient entièrement à Dieu, ou n'y a-t-il pas là au contraire un vice de forme en soi ?
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alors il leva les yeux
et il vit ceux qui jetaient dans le trésor leurs offrandes,
des riches,
puis il vit une veuve misérable
y jeter deux sous
et il dit :
« Amen, je vous dis
que cette veuve, pauvre,
a jeté plus que tous,
car tous ceux-là, c'est de leur surplus
qu'ils ont jeté dans les offrandes,
tandis que elle, c'est de son manque :
tout ce qu'elle avait pour subsister,
elle l'a jeté »
(Luc 21, 1-4)
