Une journée bien pleine
Intervention à la synagogue le jour du shabbat devant toute la communauté du bourg, puis guérison de tous ceux qui en ont besoin, et on se déplace vers un autre bourg et on recommence...
Le matin à la synagogue, pour la lecture de la parasha de la semaine, on rentre ensuite à la maison pour le repas, en famille. Ici, Jésus, n'étant pas originaire de Capharnaüm, a été invité par Simon et André à venir chez eux, ainsi que Jacques et Jean, c'est le quatuor initial selon les évangiles synoptiques. On remarque que lors de l'exorcisme du possédé à la synagogue, le matin, personne n'a cru bon de pousser des cris d'orfraie sous prétexte que Jésus aurait ainsi enfreint le repos sacré du shabbat, signe que, s'il a pu y avoir controverse sur ce point en d'autres occurrences, ce devaient être des esprits bien chagrins qui les provoquaient, tandis que pour d'autres, voire la majorité, cela ne posait aucun problème.
Il n'empêche que ce n'est que le soir, une fois le soleil couché et, donc, au début du jour suivant, que toute la bourgade, qui avait bien noté ce qui s'était passé le matin, amène tout ce qui compte de malades, d'infirmes, ou de possédés (il n'y a en fait pas vraiment de distinctions entre désordres physiques et désordres psychiques, puisque l'anthropologie hébraïque ne sépare pas corps et âme, contrairement à l'anthropologie gréco-romaine qui a ultérieurement contaminé le christianisme). Une chose est que Jésus ait guéri un possédé qui perturbait l'assemblée de shabbat à la synagogue au moment où il s'y trouvait, une autre aurait été de déplacer volontairement ces malheureux dans la journée, alors que leur état pouvait bien attendre le soir.
Selon ce même principe, on peut considérer la guérison de la belle-mère de Pierre comme licite, avec un tout petit point d'interrogation introduit par la conclusion : et elle les servait. On peut effectivement se demander si le problème qui se posait à ces hommes était bien le fait que cette femme était malade, ou, au moins autant, le fait qu'ils allaient être obligés de remplir ses fonctions à sa place...:) quoi qu'il en soit, on remarquera qu'il n'y a même pas eu à proprement parler acte de guérison, Jésus s'est contenté de prendre la main de la femme, et pour le reste, il n'y est pour rien, elle, elle s'est réveillée et la fièvre était tombée !
Il est généralement admis que cette journée est essentiellement une construction qui donne comme le programme de l'action de Jésus en Galilée : intervention à la synagogue le jour du shabbat devant toute la communauté d'un bourg, puis guérison de tous ceux qui en ont besoin, et on se déplace vers un autre bourg et on recommence... quand arrivera le tour de Nazareth, les évangiles notent ce fait que, là, Jésus est étonné de ne pouvoir opérer que peu de guérisons, ce qui sous-entend bien que d'habitude c'est le contraire. Entre ces deux images, celle de la guérison d'absolument tout le monde qui en ait besoin, et celle de très peu de personnes, on peut supposer que la réalité se situait quelque part à mi-chemin, des guérisons en nombre quand même suffisamment notable pour que Jésus ait eu une réputation bien établie de thaumaturge particulièrement doué.
Et puis, il y a la prière. Marc, contrairement à Luc, ne mentionne pas souvent la prière de Jésus, il n'en parle même exactement que trois fois : la première ici, la deuxième après la multiplication des pains, quand la foule (comme nous le révèle l'évangile de Jean) veut l'emmener de force à Jérusalem pour le faire roi mais qu'il ne se laisse pas faire, et enfin à Gethsémani, quand il pourrait encore renoncer à se laisser arrêter. Sur la prière à Gethsémani, il n'y a pas besoin d'insister : c'est le moment d'un choix crucial entre tous, il ne s'agissait pas qu'il se trompe sur ce qu'il devait faire. Mais après la multiplication des pains aussi, c'est là qu'il se rend compte où risque de le mener cette ferveur populaire, dans quelle direction politique, si ça continue comme ça.
Tout ceci indique alors que cette première prière (mentionnée par Marc) doit correspondre aussi à un moment important pour Jésus, à savoir, vraisemblablement, qu'il est en réalité le premier surpris de ces guérisons qui se produisent par son intermédiaire, ce qui implique, au minimum, qu'il s'interroge : qu'est-ce que ça veut dire ? est-ce une bonne chose ? peut-il s'en empêcher ? mais aussi, le doit-il ? ou au contraire doit-il laisser ces choses se produire puisqu'elles semblent vouloir se produire ?
Essayons d'imaginer que ce soit à nous que cela arrive, que les gens se mettent subitement à guérir autour de nous juste parce que nous en avons envie, ne nous poserions-nous pas des questions de ce genre, nous aussi ?
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et aussitôt, étant sortis de la synagogue,
ils vinrent dans la maison de Simon et André,
avec Jacques et Jean ;
or la belle-mère de Simon était étendue, fiévreuse,
et aussitôt ils lui parlent d'elle
et s'étant approché, il la réveilla en ayant saisi sa main,
et la fièvre la laissa
et elle les servait
puis le soir venu, quand le soleil fut couché,
ils lui apportaient
tous ceux qui étaient malades et les possédés
et toute la ville était rassemblée à la porte
et il guérit beaucoup de malades de diverses maladies
et il expulsa beaucoup de démons
et il ne laissait pas les démons dire
qu'ils le connaissaient
et très tôt le matin, encore en pleine nuit, s'étant levé il sortit
et s'en alla dans un lieu désert
et là il priait
et Simon et ceux avec lui le cherchèrent
et l'ayant trouvé ils lui dirent
« tous te cherchent »
mais il leur dit
« allons ailleurs, dans les bourgs alentours,
afin que, là aussi, je proclame
car c'est pour cela que je suis sorti »
et il alla, proclamant dans leurs synagogues,
dans toute la Galilée
et expulsant les démons
(Marc 1, 29-39)
