Ça ne te fait rien que nous mourrions ?
Fallait-il qu'il ait été fatigué par toutes ces bonnes paroles prodiguées, et toutes ces guérisons ? pour que le tangage insensé de la barque ni l'eau dans laquelle il est déjà en train de baigner ne l'aient réveillé !
Ça ne te fait rien que nous mourrions ? On peut se demander ce qu'il se cache derrière cette question. Tout s'est passé très vite. Certains prétendent que c'est un phénomène connu sur ce lac de Tibériade, des orages très violents qui viendraient du plateau du Golan s'y abattraient régulièrement... d'autres affirment qu'il n'en est rien ! en tout état de cause, un phénomène atmosphérique exceptionnel n'étant jamais impossible, on peut admettre une trombe inattendue, une mini tornade s'élevant à l'improviste. En quelques minutes des vagues prennent d'assaut la barque, qui se remplit d'eau à toute vitesse, même pas le temps de penser à écoper, sauve qui peut tout le monde (mais ils ne savent pas nager...), et Jésus qui est toujours en train de pioncer avec tout ce bazar !
Faut-il qu'il ait été fatigué par toutes ces bonnes paroles prodiguées, et toutes ces guérisons ? pour que le tangage insensé de la barque ni l'eau dans laquelle il est déjà en train de baigner ne l'aient réveillé ! ça c'est vraiment ce qu'on appelle le sommeil du juste... Aussi bien fait-il certainement partie de ce "nous" dans "ça ne te fais rien que nous mourrions", ce n'est pas seulement pour leur vie que les disciples craignent, par là ils manifestent aussi leur stupeur : mais tu n'as pas peur de mourir ? effectivement, n'est-ce pas bizarre ? ce n'est pourtant pas qu'il soit du genre déprimé, lui, le bon vivant que les envieux, les pisse-vinaigre, qualifient même de glouton et d'ivrogne.
Puis il se fit un grand calme. Le calme après la tempête, certainement. Un cyclone passait sur Auroville, tout le monde s'était calfeutré, portes et fenêtres bouchées, un disciple alla voir Aurobindo dans sa chambre pour s'assurer qu'il allait bien, il allait très bien, pourtant sa fenêtre à lui était grande ouverte et l'ouragan se déchaînait au-dehors, mais dans la pièce, pas un souffle d'air... Mais ce calme, c'est aussi celui de qui n'a plus peur de la mort, quand on est passé au-delà de ça. Dépassé cet attachement à notre égo, cette croyance à notre importance surdimensionnée au regard de l'immensité de l'univers. Non pas que nous ne comptions pour rien, mais quand même, ne faut-il pas savoir relativiser ?
Si ce n'est que pour moi, je ne présente aucun intérêt. Il n'y a que si j'apporte quelque chose à d'autres, au monde, quoi que ce soit, pratique, sentimental, spirituel, que ma vie prend du sens, mais cela, ce n'est pas moi qui puis le dire, et même si on me le dit, je ne peux pas pour autant en être sûr. Parfois, des bienfaits, ou ce qui apparaît comme tel sur le moment, peuvent s'avérer à plus long terme avoir été le contraire. Le vrai bilan, au final, ne peut jamais se faire. Je ne peux qu'espérer que ma vie aura servi à quelque chose, ne serait-ce qu'à enrichir la mémoire de l'univers, et souhaiter que cela ait plutôt été du côté du bien et non du mal, même si ces notions sont, elles aussi, difficiles à définir dans un tel contexte global...
Vous n'avez pas encore de foi ? mais ils étaient terrorisés, c'était trop d'un coup, beaucoup trop loin de là où ils en étaient, il allait leur falloir du temps, beaucoup de temps, auprès de lui d'abord, puis ensuite encore après sa mort, pour qu'ils puissent apprivoiser cette peur, cette terreur, et c'est ce qu'ils appelleront sa et leur résurrection, sa et leur victoire sur la mort, et la découverte de son et leur Dieu, son et leur Père. La vie est sans fin, éternelle, tout comme l'univers ; de quoi devrions-nous avoir peur ? La vie...
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et il leur dit
en ce jour-là le soir venu
« passons de l'autre côté ! »
et ayant laissé la foule
ils le prennent avec eux tel qu'il était
dans la barque
et d'autres barques étaient avec lui
et survient un grand tourbillon de vent
et les vagues se jetaient dans la barque
au point que déjà la barque est remplie
mais lui était à la poupe dormant sur le coussin
alors ils le réveillent et lui disent
« maître, ça ne te fait rien
que nous mourrions ? »
et s'étant levé
il rabroua le vent et dit à la mer
« tais-toi, ferme ta gueule ! »
et le vent tomba
et il se fit un grand calme
alors il leur dit
« pourquoi êtes-vous peureux ?
vous n'avez pas encore de foi ? »
mais ils étaient terrorisés d'une grande terreur
et ils se disaient l'un à l'autre
« qui donc est celui-ci,
que même le vent
et la mer
lui obéissent ? »
(Marc 4, 35-41)
