Partage d'évangile quotidien
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Trop simple

Mar. 6 Février 2024

Toutes ces pratiques qu'on multiplie alors qu'elles ne sont même pas prescrites explicitement : pourquoi ces multiplications de rites inventés ?

Si on doit absolument classer Jésus parmi les différentes grandes tendances du judaïsme de son époque, il est sûr qu'il n'avait aucune affinité avec les sadducéens, mais sans doute pas plus avec les esséniens, et restent alors par défaut les pharisiens. Il est d'ailleurs à peu près certain qu'à Nazareth il n'y avait ni partisan des sadducéens ni adepte des esséniens, et seulement des sympathisants des pharisiens. C'est donc à travers cette tendance qu'il a reçu la religion de ses ancêtres, dans cette tendance qu'il a été élevé, telle a été la religion de son enfance.

Le fait que les évangiles ne nous rapportent, dans l'immense majorité, que des controverses avec les pharisiens, et non avec les sadducéens — encore moins, même pas du tout, avec les esséniens — tient à deux raisons : premièrement au fait que c'est d'avec le milieu dont il était issu qu'il a eu le plus à se démarquer, et secondairement au fait que, après la destruction du Temple et de Jérusalem, les sadducéens ont perdu par là-même leur raison d'être (trop liée à la fonction sacrificielle du Temple), et c'est donc avec les seuls pharisiens que le christianisme naissant pouvait éventuellement se trouver en désaccord sinon en concurrence.

Mais l'essentiel n'est pas là. L'originalité de Jésus ne lui vient d'aucune influence humaine, d'aucun parti religieux, d'aucune école rabbinique ou autre, elle ne lui vient que de son expérience personnelle, directe, de l'immanence de la transcendance. C'est ce que soulignent les évangiles quand ils disent à de nombreuses reprises que les gens sont frappés de ce qu'il enseigne avec "autorité" : ce qu'il dit, il ne fait pas que le répéter parce qu'il l'aurait appris d'autres personnes, lesquelles ne font aussi que répéter, etc. Non, lui ce qu'il dit, provient directement de son expérience personnelle, immanente, de la transcendance...

Il ne lui est alors pas difficile de confondre immédiatement les arrangements fallacieux avec la divinité, toutes ces pratiques qu'on multiplie alors qu'elles ne sont même pas prescrites explicitement par la Torah. Sans même aller chercher celles qui sont franchement pernicieuses, comme celles qui n'ont pour but que de se soustraire à la solidarité humaine soit-disant pour se consacrer à Dieu, pourquoi ces multiplications de rites inventés ? Leur seul effet est de se boucher les yeux et les oreilles, se bercer d'illusions ; objectivement parlant, cela ne fait pas vraiment de tort à qui que ce soit (du moment qu'on ne prétend pas les imposer aux autres), mais cela reste quand même un leurre qu'on s'est créé soi-même, un obstacle de plus qu'on se met à la rencontre intime et personnelle avec l'au-delà de tout...

Dans le fond, le seul enseignement de Jésus est celui-ci : Dieu, la transcendance, est là, présente, immanente, en chacune et chacun, et il nous invite à en faire la découverte, l'expérience. C'est tout.

 

 

et se rassemblent auprès de lui
    les pharisiens et certains des scribes
    venus de Jérusalem
et ils ont vu certains de ses disciples
    qui avec des mains profanes — c'est-à-dire non lavées —
mangent le pain
(en effet les pharisiens et tous les Judéens ne mangent pas
    sans s'être lavé les mains scrupuleusement
    suivant la tradition des anciens
et ce qui vient du marché
    ils ne mangent pas sans avoir aspergé
et il y a beaucoup d'autres choses qu'ils ont reçues
    et qu'ils suivent
aspersions de coupes et de pots et de vases en bronze)

    et les pharisiens et les scribes l'interrogent
« pourquoi tes disciples
    ne marchent-ils pas selon la tradition des anciens
mais, avec des mains profanes,
    mangent le pain ? »
    alors il leur dit
« Isaïe a bien fait de prophétiser sur vous
    les mécréants
comme il a été écrit
“ce peuple m'honore des lèvres
    mais leur cœur est tenu loin de moi
vide est le culte qu'ils me rendent
enseignant comme enseignements
    des préceptes d'hommes”
ayant négligé le commandement de Dieu
    vous vous accrochez à la tradition des hommes »

    et il leur disait
« c'est à tort que vous rejetez le commandement de Dieu
    pour observer votre tradition
en effet Moïse a dit
    “honore ton père et ta mère !”
et
    “qui maudit père ou mère
    mourir il mourra”
mais vous, vous dites
    “si un homme dit au père ou à la mère :
est qorbân — c'est-à-dire consacré —
    ce dont, de mon bien, tu aurait pu bénéficier”
vous le laissez ne plus rien faire
    pour le père ou la mère ;
vous annulez la parole de Dieu
    par votre tradition à vous, que vous vous êtes transmise

et vous en faites beaucoup de comme ça »

(Marc 7, 1-13)