Gribouillis dans la poussière
Ils se retiraient un à un en commençant par les plus vieux, et il resta seul avec la femme : "Où sont tes accusateurs ? aucun ne t'a condamnée ? moi non plus, va..."
Ne jugez pas, vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, vous ne serez pas condamnés : voici un cas d'exemple où appliquer ces recommandations. Mais, quand c'est la Torah elle-même qui dit qu'il faut juger et condamner, et qu'elle dit même quelle est la sentence ?
Au-delà des revendications féministes : si on y regarde de plus près cette Torah et ce qu'elle dit exactement, elle ne parle jamais de condamnation de la femme seule, toujours elle mentionne et la femme et l'homme, tant il est vrai que, pour commettre un adultère, il faut être deux... Quant au châtiment, toujours il associe les deux, ce sont les deux qui doivent être mis à mort, avec une seule exception : si cela s'est produit en rase campagne, seul l'homme sera tué, parce que la femme ne pouvait pas appeler à l'aide pour se défendre... Cette précipitation d'hommes à crier haro sur la femme seule, au lieu d'aller d'abord rechercher l'homme, ne peut évidemment que poser questions.
Mais voyons plus loin : on peut supposer que si les deux étaient amenés à Jésus, sa réaction serait la même, il doit être cohérent avec son enseignement, ne jamais juger, ne jamais condamner, la personne. L'acte, certes, peut être répréhensible, et il faut prendre toute mesure nécessaire pour éviter qu'il ne se reproduise — "va et ne pèche plus" — mais la personne, elle, a droit à ce qu'on croit en elle, en ses capacités à comprendre ses erreurs et se reprendre, se repentir, réparer autant que possible le tort commis, et il est évident que si on la tue, rien de cela n'est possible.
Si donc, d'un côté, on ne peut certainement pas séparer Jésus de la culture religieuse dans laquelle il est né et a grandi, d'un autre côté on doit reconnaître aussi qu'il y a opéré des ruptures telles qu'il semblait assez inévitable que cela donne naissance à une nouvelle religion. "celui sans péché parmi vous, qu'il jette le premier une pierre sur elle !" : autant dire que cela ne se produira pas, et en élargissant, jamais personne ne pourra donc porter de jugement sur qui que ce soit. C'est radical, même les plus jeunes finiront par admettre qu'eux non plus ne sont pas tout blanc.
Et Jésus non plus ne la condamne pas. Prétendre que c'est parce que lui aussi serait conscient de ses propres péchés sera évidemment insupportable aux oreilles des chrétiens, mais on pourra admettre qu'ayant au moins connu la tentation du péché, il était bien placé pour savoir à quel point il peut être difficile de ne pas y succomber parfois.
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et Jésus s'en alla au mont des Oliviers
puis à l'aube de nouveau il se rendit dans l'enceinte du temple
et tout le peuple venait à lui
et s'étant assis il les enseignait
mais les scribes et les pharisiens amènent
une femme qui avait été surprise en adultère
et l'ayant placée au milieu
ils lui disent
« maître, cette femme a été surprise
en flagrant délit d'adultère
or dans la torah Moïse nous a commandé de lapider celles-ci
alors toi que dis-tu ? »
— ils disaient cela pour le piéger
afin d'avoir de quoi l'accuser
mais Jésus s'étant accroupi gribouillait du doigt par terre
comme cependant ils restaient à l'interroger
s'étant relevé il leur dit
« celui sans-péché parmi vous
qu'il jette le premier une pierre sur elle ! »
et s'étant accroupi de nouveau il gribouillait par terre
alors ayant entendu ils se retiraient un à un
en commençant par les plus vieux
et il resta seul
avec la femme qui était au milieu
alors s'étant relevé Jésus lui dit
« femme ! où sont tes accusateurs ?
aucun ne t'a condamnée ? »
et elle dit
« aucun, seigneur ! »
et Jésus lui dit
« moi non plus je ne te condamne pas
va et ne pèche plus ! »
(Jean 8, 1-11)
