Un prêté pour un rendu
D'où me vient ce que je suis, mes capacités : plus ou moins manuel, intellectuel, littéraire, scientifique, économe, dépensier, astucieux, simple, introverti, extraverti, etc. ?
Je crois qu'on ne peut pas comprendre vraiment cette histoire du vassal qui devait une somme faramineuse à son suzerain, si on n'est pas persuadé que, ce vassal, c'est chacun.e de nous. C'est une somme absolument impossible, inimaginable. On ne sait pas exactement à quoi elle correspond parce que le "talent" n'est pas une unité monétaire mais une unité de poids. Selon donc qu'il s'agit de talents d'argent ou de talents d'or, le montant peut varier significativement, mais selon certains auteurs, cela pourrait approcher le budget de fonctionnement de l'ensemble de l'empire romain pour une année...
Ce roi ne possédait certainement pas une telle somme à prêter, et même si on envisage que le vassal ait été son ministre des finances et qu'il ait détourné de l'argent public pour son profit personnel, on est de toutes façons dans une impossibilité en soi. L'histoire est donc volontairement improbable, irréaliste, c'est qu'elle veut nous parler d'autre chose. De nous. De moi. De ce qui m'a été prêté en venant au monde. De ce que je suis, de mes capacités : plus ou moins manuel, intellectuel, littéraire, scientifique, économe, dépensier, astucieux, simple, introverti, extraverti, etc.
Tout cela, bien sûr il a aussi dépendu de moi que je le cultive, mais je l'ai d'abord reçu sans rien avoir à faire, sans mérite. Reçu à travers mes parents, à travers mes éducateurs et la société d'une manière générale, mais reçu de bien plus loin par la vie, par l'univers, Dieu si on y croit. Reçu, puis fait fructifier, mais même cette fructification, cette capacité que j'ai eue à développer ces "talents" reçus, cette capacité-là, la volonté dont j'ai dû faire preuve, me la suis-je donnée de moi-même à moi-même, ou ne l'ai-je pas reçue elle aussi ?
Aussi, s'il m'arrive de "prêter" mon concours à quelque entreprise que ce soit, suis-je bien propriétaire de cet apport personnel que je fais, suis-je bien fondé à réclamer quelque rendu que ce soit pour mon prêté, au nom de quoi ?
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puis Pierre s'étant approché lui a dit :
« seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi
et lui pardonnerai-je ?
jusqu'à sept fois ? »
Jésus lui a dit
« je ne te dis pas jusqu'à sept fois
mais jusqu'à soixante-dix fois sept
aussi le royaume des cieux est semblable
à un homme, un roi,
qui voulut faire les comptes avec ses vassaux
et en commençant à faire ses comptes
on lui en amena un, débiteur de dix mille talents
et n'ayant pas de quoi rendre
aussi le seigneur ordonna qu'il soit vendu
avec sa femme et ses enfants et tout ce qu'il avait
pour rendre
alors le vassal étant tombé à ses pieds
se prosternait devant lui en disant
"sois patient avec moi !
et je te rendrai tout"
et ayant été remué jusqu'aux entrailles le seigneur de ce vassal
le relâcha et lui remit sa dette
mais étant sorti ce vassal trouva un de ses collègues
qui lui devait cent deniers
et l'ayant saisi il l'étranglait en disant
"rends ce que tu dois !"
alors étant tombé à ses pieds son collègue
le suppliait en disant
"sois patient avec moi !
et je te rendrai"
mais il ne voulait pas et s'en étant allé il le jeta en prison
jusqu'à ce qu'il ait rendu ce qu'il devait
alors ses collègues, ayant vu ce qui était arrivé
en furent profondément affligés
et s'en étant allés expliquèrent à leur seigneur
tout ce qui était arrivé
et l'ayant appelé à lui son seigneur lui dit
"mauvais vassal
toute cette dette, je te l'ai remise
parce que tu m'a supplié
ne devais-tu pas toi aussi avoir pitié de ton collègue
comme moi aussi j'ai eu pitié de toi ?"
et s'étant mis en colère son seigneur le livra aux tortionnaires
jusqu'à ce qu'il ait rendu tout ce qui lui était dû
c'est ainsi que mon père du ciel fera aussi pour vous
si vous ne remettez pas chacun à son frère
du fond de votre cœur »
(Matthieu 18, 21-35)
