Douleurs de l'accouchement
La femme, quand elle enfante, a de la tristesse parce que son heure est venue, mais quand elle a donné naissance à l'enfant, elle ne se souvient plus de la détresse, à cause de la joie qu'un homme soit venu au monde...
À propos de ces douleurs de l'accouchement, comment ne pas penser au thème de la seconde naissance qui avait été développé dans les débuts de l'évangile ? Les disciples ont pu croire, au cours du ministère de leur maître, de leur gourou, qu'il leur suffisait de le suivre comme les petits chiens suivent leur mère, perdus dans leurs rêves de postes de premier rang dans le futur gouvernement. Mais non, il ne s'agit pas de ça. Ils vont avoir à traverser le désarroi, le vide, le désespoir, la déréliction, la folie peut-être pour certains. Les douleurs de l'accouchement dont il est question ici sont donc une image assez proche de ce dont il s'agit : permettre la naissance comme d'un autre.
Comme quoi, le moksha, le nirvana, la résurrection, il est rare que cela se gagne les doigts dans le nez. Mais il ne s'agit cependant pas de se lancer dans des mortifications comme ça, sans raison, juste sous le prétexte que "il faut bien gagner son paradis", ou de "prendre part à la passion de Jésus", etc. Il ne s'agit pas de choisir de souffrir, ceci ne serait encore qu'une manière de protéger notre ego, et donc même de l'exalter, de l'enfler, de le nourrir, alors que précisément il s'agit de permettre à un autre moi de naître, d'apparaître, de se manifester ; un autre moi qui existe déjà, qui est déjà là, mais que l'ego masque, empêche de se montrer, de prendre toute sa place.
Au fond, on ne choisit pas vraiment de partir sur ce chemin. Pour les disciples, ils ne vont pas l'avoir, le choix, ils vont être perdus, ils vont devoir traverser ce qui leur apparaîtra comme une catastrophe, un anéantissement, la fin de tout, et c'est toujours ainsi que cela se passe. Quand la tradition mystique chrétienne parle de la "nuit obscure", c'est de cela qu'elle parle, de ce moment où une personne, qui a honnêtement suivi la voie chrétienne, la théologie, les rites, les sacrements, les pratiques, en bref tous les moyens mis à sa disposition par sa religion, débouche sur l'aporie, l'insuffisance, le cul de sac, de tout ceci. C'est là seulement que commence son vrai travail d'accouchement.
Si elle ne désespère pas, elle naîtra alors à l'Esprit.
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amen amen je vous dis
vous pleurerez et vous vous lamenterez
mais le monde se réjouira
vous, vous serez attristés
mais votre tristesse se changera en joie
la femme quand elle enfante a de la tristesse
parce que son heure est venue
mais quand elle a donné naissance à l'enfant
elle ne se souvient plus de la détresse
à cause de la joie qu'un homme soit venu au monde
et vous aussi
vous avez en effet maintenant de la tristesse
mais je vous verrai de nouveau
et votre cœur se réjouira
et votre joie personne ne vous l'enlèvera
(Jean 16, 20-22)
