Partage d'évangile quotidien
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Des prophètes

Lun. 3 Juin 2024

D'une manière générale, on le sait bien, le pouvoir corrompt, et les hommes étant ce qu'ils sont, faillibles, rares sont ceux qui résisteront à la tentation. D'où la nécessité de ces prophètes...

Dans ce qu'on peut appeler la mythologie hébraïque, la vigne (au sens de vignoble, de terrain planté de ceps de vignes) représente le peuple hébreu, Israël, le peuple choisi par Dieu parmi toutes les nations, ceux dont il attend, par conséquent, qu'ils produisent un bon vin, et les fermiers, ou vignerons, auxquels il confie cette vigne pour la cultiver et lui faire produire ce bon fruit, sont alors évidemment leurs rois et leurs prêtres, leurs scribes et leurs rabbis, soit tout ceux qui ont quelque autorité sur le peuple. Les serviteurs que le maître de la vigne envoie aux fermiers vignerons représentent alors les prophètes, que YHWH doit régulièrement au cours de l'histoire de ce peuple susciter directement du milieu d'eux, car toujours ces fermiers faillissent à leur mission...

Il n'y a évidemment là rien d'extraordinaire, je veux dire à la faillite des fermiers dans leur mission. D'une manière générale, on le sait bien, le pouvoir corrompt, et les hommes étant ce qu'ils sont, faillibles, rares sont ceux qui résisteront à la tentation. D'où la nécessité de ces prophètes, de ces personnes qui, plus ou moins régulièrement, vont se lever du milieu du peuple et interpeler ces autorités, les admonestant, les tançant, accompagnées ou non de signes plus ou moins hors du commun censés accréditer l'origine de leur mission : ce n'est pas en leur nom propre qu'ils parlent, c'est bien YHWH qui les envoie. Mais la plupart du temps, cela se finit mal pour les prophètes, on les méprise, les bafoue, les tue.

Puis survient une catastrophe, un peuple voisin plus puissant vient envahir Israël, qui, un peu tard, se repent de n'avoir pas écouté l'envoyé de YHWH, et YHWH prend pitié, Israël est rétabli dans sa souveraineté, et intègre la geste du prophète dans sa mythologie, en battant à grands gestes sa coulpe, mais toujours prêt à recommencer à s'égarer. Et il n'y a guère lieu de se moquer, ici, c'est toute l'humanité qui fonctionne ainsi, on fait des erreurs, on ne s'en aperçoit qu'après coup, on regrette, et on recommence... De ce point de vue-là, la geste, la mythologie, d'Israël, vaut bien comme leçon universelle !

Dans cette parabole, souvent intitulée des "vignerons homicides", la question est de savoir ce que veut signifier le "fils bien-aimé". Évidemment, si on lit cette histoire avec les lunettes d'un chrétiens héritier de deux mille ans de christianisme, on saute à pieds joints dessus : ceci ne peut que désigner Jésus en tant que Fils unique de Dieu, deuxième personne de la Trinité, Dieu lui-même. Mais ce n'est pas ce qui est dit ici. L'expression "fils bien-aimé" peut désigner d'une manière générale autant certains rois que des prophètes...tout au plus peut-on comprendre que Jésus se serait considéré comme le dernier des prophètes, la notion de "dernier" étant de plus relative, du fait que toute prophétie fonctionne toujours sur un registre eschatologique.

C'est un avertissement qui est donné, comme tous les avertissements donnés par tous les prophètes : reprenez-vous, ouvrez vos yeux et vos oreilles, vous vous apprêtez à me faire subir le même sort qu'à tous les prophètes que YHWH vous a envoyés au long des siècles, n'avez-vous toujours rien compris, rien appris ? Des trois versions synoptiques de cette histoire, Matthieu (21, 33-46) est, curieusement peut-être, celui qui va le plus loin dans la menace, puisqu'il va jusqu'à faire dire à Jésus "Le Royaume de Dieu vous sera enlevé et il sera donné à une autre nation" ; une autre "nation", autrement dit Israël ne sera plus le peuple choisi, le peuple élu, parmi toutes les nations. Marc ici, comme Luc (20, 9-19), disent seulement que le vignoble sera confié à "d'autres".

 

 

    et il commença à leur parler en paraboles

« un homme a planté un vignoble
    et il a placé autour une clôture
    et creusé un pressoir
    et bâti une tour
et il l'a loué à des fermiers
    et est parti au loin
puis le temps venu il envoya aux fermiers un serviteur
    pour recevoir des fermiers des fruits du vignoble
mais l'ayant attrapé ils le battirent
    et le renvoyèrent les mains vides
alors de nouveau il leur envoya un autre serviteur
    et lui ils le frappèrent à la tête et l'injurièrent
et il en envoya un autre et lui ils le tuèrent
et beaucoup d'autres
    les uns ils les battirent
    les autres ils les tuèrent
finalement il avait un fils bien-aimé
    il le leur envoya en dernier disant
"ils respecteront mon fils !"
    mais ces fermiers se dirent entre eux
"celui-ci est l'héritier
    allons ! tuons-le ! et l'héritage sera à nous"
et l'ayant attrapé ils le tuèrent
    et le jetèrent en dehors du vignoble

que fera le seigneur du vignoble ?
il viendra et perdra les fermiers
    et donnera le vignoble à d'autres
et n'avez-vous pas lu cet écrit
"la pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
    c'est celle-là qui est devenue tête d'angle
c'est de la part du Seigneur que cela s'est fait
    et c'est une merveille à nos yeux" ? »
    
et ils cherchaient à s'emparer de lui
    mais ils craignaient la foule
ils savaient en effet que c'est contre eux
    qu'il a dit la parabole
et le laissant ils s'en allèrent

(Marc 12, 1-12)