Et de deux de plus !
C'est là que nous pouvons apprécier qu'il n'y ait pas eu qu'un seul évangile pour témoigner de qui a été Jésus, chacun apportant un point de vue complémentaire des autres... Quitte à nous en faire l'image qui nous plaira ?
Cette intrication de deux guérisons, de deux miracles, est rapportée aussi par Marc (5, 21-43) et Luc (8, 40-56). Matthieu, ici, est encore dans sa série de dix miracles se suivant au long de deux chapitres (8 et 9), après les trois chapitres (5 à 7) d'enseignements. On pense que la raison pour laquelle Matthieu a accumulé ainsi à la suite les uns des autres ces dix miracles était qu'il voulait faire pendant aux dix plaies qui s"étaient abattues sur l'Égypte, dix signes extraordinaires pour manifester la grandeur de Dieu, Jésus étant ainsi, implicitement, comparé à Moïse. Dix signes de bonheur, dix signes de bénédiction, contre dix signes de malheur, dix signes de malédiction ; même si la malédiction des plaies contre l'Égypte sous-entendait une bénédiction pour les hébreux qui allaient être libérés, je ne suis personnellement pas pleinement convaincu du raisonnement.
Mais il y a un peu plus ennuyeux, concernant entre autres ici ces deux guérisons. Matthieu, emporté dans sa motivation à magnifier les actes de Jésus, nous présente la fille du chef comme étant déjà morte avant même que le père ne présente sa requête, alors que chez Marc et Luc elle est seulement mourante, proche de la mort, mais encore en vie, ce qui fait que l'épisode imprévu de la femme affligée de perte de sang depuis douze ans, vient comme un élément de suspens dans l'histoire : Jésus arrivera-t-il à temps pour sauver la fille avant qu'elle ne meure ? Matthieu semble ne pas s'être rendu compte de ce qu'il perdait comme ressort dramatique, ce n'était pas ce qui l'intéressait, et nous voici avec deux histoires intriquées, mais sans qu'on ne puisse trouver de raison à cette intrication. Un peu dommage quand même...
Du coup, Matthieu simplifie aussi, élague, tous les détails dont il n'a pas besoin, notamment le fait que, toujours chez Marc et Luc, Jésus ne sait pas qui a touché son vêtement, il sait seulement qu'une force est sortie de lui, une force de guérison lui a été comme volée : il pose alors la question à la cantonade "qui a touché mon vêtement ?", et comme personne ne répond les disciples lui font remarquer qu'il y a une telle foule autour d'eux que ça peut être n'importe qui, mais Jésus s'entête, jusqu'à ce que la femme, toute confuse, ose se dénoncer ; tout ceci, évidemment, ajoute encore au suspens principal, à la tension dramatique, on perd du temps, on perd du temps, et pendant ce temps, la fille du chef...
Autre interrogation encore alors : Matthieu ne parle pas de cette foule qui accompagne Jésus dans son déplacement, suivant le chef, et suivi lui-même de ses disciples. Comment se représenter en ce cas la survenue de cette femme, se faufilant au milieu desdits disciples pour atteindre à Jésus, sans que ces derniers n'interviennent ?
Bref, nous voici avec deux miracles, certes, mais qui nous laissent un peu de marbre. C'est là que nous pouvons apprécier qu'il n'y ait pas eu qu'un seul évangile pour témoigner de qui a été Jésus, chacun apportant un point de vue complémentaire des autres... Quitte à nous en faire l'image qui nous plaira ?
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comme il leur disait ces choses
voici qu'un chef est venu
et il se prosternait devant lui en disant
« ma fille est morte à l'instant
mais viens et pose ta main sur elle ! et elle vivra »
et Jésus s'est levé et il le suivait
et ses disciples aussi
et voici qu'une femme
perdant du sang depuis douze ans
s'est approchée par derrière
et a touché la tresse de son vêtement
car elle se disait en elle-même
« si seulement je touche son vêtement
je serai sauvée »
alors Jésus s'étant retourné et l'ayant vue
lui a dit
« confiance ma fille ! ta foi t'a sauvée »
et la femme fut sauvée dès cette heure-là
puis Jésus vint à la maison du chef
et il vit les joueurs de flûte
et la foule tumultueuse
et il disait
« retirez-vous !
car la jeune fille n'est pas morte
mais elle dort »
et ils se moquaient de lui
mais une fois la foule chassée
il entra et prit sa main
et la jeune fille se réveilla
et la nouvelle de ceci se répandit dans tout ce pays
(Matthieu 9, 18-26)
