Partage d'évangile quotidien
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C'est la compassion que je veux

Ven. 5 Juillet 2024

Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin d'un médecin, mais ceux qui vont mal...

Dans sa version parallèle de cet épisode, Luc (5, 27-32) dit que c'est Matthieu (qu'il appelle Lévi, mais c'est une autre question) qui fait pour Jésus "un grand festin dans sa maison", et Jésus n'a alors pas vraiment le choix, soit il offense Matthieu en refusant de venir à ce festin, soit il est obligé de s'accommoder de la présence des autres convives, parmi lesquels évidemment d'autres "taxateurs", d'autres pécheurs de notoriété publique, amis, ou futurs anciens amis, de Matthieu, soit au total toute une compagnie pour le moins douteuse, pour ne pas dire franchement interlope, puisque ces taxateurs, en collectant les impôts, sont des collabos de l'occupant haï, de l'occupant goy, les romains :(

Mais ici, chez Matthieu, nous sommes dans "la" maison, ce qui désigne donc la maison adoptée par Jésus quand il se trouve à Capharnaüm, à savoir la maison de Pierre. Jésus a demandé à Matthieu de le suivre, celui-ci le fait, comme les autres disciples précédemment appelés, et tous partagent ensemble leurs repas, un peu comme une grande famille. On ne sait si la belle-mère de Pierre (et les autres femmes de la maison) appréciait d'avoir à faire chaque jour la tambouille pour tant de monde, mais en tout cas, la présence des taxateurs et pécheurs n'a pas le même sens que chez Luc : ils n'ont pas été invités.

On a l'exemple, dans les évangiles, d'autres repas où des personnes non prévues s'invitent (notamment une "pécheresse" dans un repas donné par un pharisien nommé Simon — Luc 7, 36s), cela fait partie des coutumes liées à l'hospitalité, mais là, Jésus aurait pu (ou aurait dû selon les idées des pharisiens) refuser d'accueillir ces pécheurs. On note au passage que ces pharisiens qui font ce reproche au sujet de Jésus à ses disciples, sont donc présents là aussi, à ce repas, même s'ils n'y prennent sûrement pas part, se contentant d'y assister, ce qui permet par contre à Jésus d'attraper au vol leur remarque et d'y répondre lui-même directement.

Mais la spécificité la plus intéressante de cette version de l'épisode selon Matthieu, tant par rapport à Luc que Marc (2, 13-17), est le "allez donc apprendre" suivi de la citation d'Osée 6, 6 "c'est la compassion que je veux et non les sacrifices". En effet, si chez les trois évangélistes Jésus se justifie en disant que c'est sa mission d'aller à la rencontre des malades et des pécheurs, nous qui lisons ou entendons ce récit en concluons alors que c'est là sa mission à lui, et nous pouvons en rester là, acceptant que, lui, aille à la recherche des brebis perdues, tandis que nous pourrions, nous, nous contenter d'essayer de ne pas sortir de l'enclos. Bref, Matthieu seul ajoute cette invitation à tous à faire comme Jésus.

Non pas nécessairement à "guérir les malades", cela est de fait du ressort de Dieu et non du nôtre, mais à avoir en tout cas, en toute circonstance, de la compassion : cela seul importe, là est le seul vrai sacrifice qu'Il agrée.

 

 

et Jésus partit de là
    et il vit un homme assis à la taxation
appelé Matthieu
    et il lui dit « suis-moi ! »
et s'étant levé il le suivit

or quand il fut à table dans la maison
    voici que de nombreux taxateurs et pécheurs vinrent
et ils se mettaient à table avec Jésus et ses disciples
    et en voyant cela les pharisiens disaient à ses disciples
« pourquoi votre maître mange-t-il
    avec les taxateurs et les pécheurs ? »

    alors les ayant entendus il a dit
« ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin d'un médecin
    mais ceux qui vont mal
allez donc apprendre ce qu'est
    "c'est la compassion que je veux
    et non les sacrifices"
car je ne suis pas venu appeler des justes
    mais des pécheurs »

(Matthieu 9, 9-13)