Partage d'évangile quotidien
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C'est quoi, cette histoire ?

Ven. 26 Juillet 2024

La semence, c'est la parole, et par conséquent, les différents types de terrains sur lesquels la semence est semée, ce sont les auditeurs, les destinataires de cette parole.

Curieusement peut-être, alors que les évangélistes rapportent des dizaines de paraboles qu'ils attribuent à Jésus, il n'y aurait que pour celle-ci, celle dite du semeur, qu'ils se rappelleraient des explications, censément données aux seuls disciples (pour être exhaustif, il y a un seul autre cas, la parabole de l'ivraie, mais cette parabole-là n'est rapportée que par Matthieu, et l'explication qu'il en donne est d'un schématisme outré à l'extrême, sauf un long développement dont il est coutumier sur les pleurs et les grincements de dents... : authenticité très suspecte). Faut-il en conclure que les premiers chrétiens ont voulu réserver ces supposées explications des paraboles pour la seule transmission orale, dans le cadre d'initiations catéchétiques, lesquelles transmissions orales se seraient perdues depuis ? ce serait surprenant.

Il est certain que les premiers chrétiens ont fait l'expérience de "on dit" à leur sujet, qui provenaient de fantasmes erronés de leur détracteurs, notamment qui avaient mal compris de quoi il s'agissait dans l'eucharistie, en sorte qu'on les a soupçonnés, et parfois accusés, d'anthropophagie, voire de meurtres d'enfants... mais on voit mal que des mésaventures semblables puissent survenir à partir des explications des paraboles ! ce serait même plutôt le contraire : une parabole sans explications pourrait éventuellement susciter des interprétations délirantes, leur langage elliptique permettant parfois de telles projections plus ou moins aberrantes, alors que l'explication empêcherait ces genres de divagations.

Dans les trois versions des explications de cette parabole (Matthieu ici ; Marc 4, 13-20 ; Luc 8, 9-15), il est d'abord établi, explicitement ou implicitement, que la semence, c'est la parole : la parole du royaume pour Matthieu, la parole de Dieu pour Luc, la parole, tout court, pour Marc, et par conséquent, les différents types de terrains sur lesquels la semence est semée sont les auditeurs, les destinataires de cette parole ; puis, bien entendu, chacun de ces types de terrain donne lieu à variations sur le fait qu'il soit plus ou moins propice à la fructification de ce qui a été semé, et à partir de là les différences de détails entre bord du chemin, pierrailles et épines ne sont pas l'essentiel, on comprend le principe général.

Un fait remarquable, cependant, dans les trois versions, est qu'après avoir établi les équivalences semence-parole, d'une part, et terrains-destinataires de la parole, d'autre part, les récits dérapent vers une identification des destinataires à ...la semence elle-même. Ce glissement se produit plus ou moins rapidement. Ici, chez Matthieu, c'est quasiment dès le début : la parole a été semée dans le cœur du destinataire "bord du chemin", et aussitôt : celui-là "est ce qui a été semé" au bord du chemin ! Chez Marc, ce glissement se produit "seulement" à partir des pierrailles, et chez Luc à partir des épines.

Que conclure ? qu'est-ce que représente donc réellement cette semence : la parole de Dieu, ou les personnes ? mais si ce sont les personnes, on ne peut pas envisager que ce soit Dieu qui ait délibérément produit des personnes inaptes à donner du fruit ! et la parabole alors nous dit : nous avons tout reçu, tout ce dont nous ayons besoin, que voulons-nous en faire ?

À la fois, tout nous est donné, et à la fois, tout dépend de nous.

 

 

vous donc écoutez la parabole de celui qui a semé

pour quiconque entend la parole du royaume
    et ne la comprend pas
le Mauvais vient
    et ravit ce qui a été semé dans son cœur
celui-là est ce qui a été semé au bord du chemin
    
puis ce qui a été semé sur les pierrailles
c'est celui qui entend la parole
    et aussitôt la reçoit avec joie
mais il n'a pas de racine en lui-même
    il est versatile
et l'oppression ou la persécution à cause de la parole
    étant survenues
aussitôt il chute
    
puis ce qui a été semé dans les épines
c'est celui qui entend la parole
    mais les soucis de ce monde
    et l'appât des richesses
asphyxient la parole
et il devient sans fruit
    
enfin ce qui a été semé sur la belle terre
c'est celui qui entend la parole
    et la comprend
alors il porte du fruit et donne
    l'un cent
    et un autre soixante
    et un autre trente

(Matthieu 13, 18-23)