Partage d'évangile quotidien
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De modestes commencements

Mar. 29 Octobre 2024

D'une petite graine, de quelques bactéries, quelles conséquences peuvent résulter, combien plus intéressantes que tous les projets de grands travaux pharaoniques de toute l'histoire de l'humanité !

Le concept du Royaume, dans les évangiles, se situe dans une dialectique : pas encore/déjà ; pas encore là, en plénitude, mais déjà là, en germe ou en potentiel. "Le royaume de Dieu est en vous" (Luc 17, 21), c'est une réalité, déjà présente, dès notre conception, Dieu est présent en absolument tout ce qui est, là-dessus il n'est pas question de choix à faire, ce n'est pas comme pour le baptême reçu bébé que certains voudraient pouvoir annuler... Nous existons, alors forcément nous tenons notre être d'un Autre, du seul, qui est l'être en soi, de l'univers. Par contre, ce que nous faisons de ce donné initial, dépend entièrement de nous, dans le sens que nous sommes entièrement libres des conséquences que nous en tirons.

Quel que soit alors ce positionnement que nous adoptons vis-à-vis de cet état de fait, de l'enfermement dans la tour d'ivoire imaginaire de notre autosuffisance absolue jusqu'à l'ouverture pleine et entière à l'amour de tout ce qui est, un fait cependant devient frappant : ce Royaume dont parle Jésus n'a plus aucun rapport avec celui qu'attendaient ses coreligionnaires ! Pour eux, il s'agissait en tout premier lieu de la royauté de YHWH sur son peuple élu, une royauté qui devait prendre la forme on ne peut plus concrète de leur souveraineté sur "leur" terre, et là-dessus il n'y a évidemment pas de demi-mesure possible, soit ils sont souverains, soit ils ne le sont pas. C'est la raison pour laquelle ils vont se révolter juste quelques décennies plus tard, avec les conséquences qu'on sait.

Une chose est certaine : telles n'étaient donc pas les perspectives de Jésus. "Mon royaume n'est pas de ce monde" lui fait dire Jean (18, 36), phrase qui ne parle pas de s'évader du monde, de s'en abstraire au profit d'un hypothétique autre monde ne pouvant se situer que dans l'au-delà, dans la mort ; non, "pas de ce monde" signifie seulement qu'il ne s'agit pas d'une royauté avec administration pour gérer le pays, police pour y faire régner l'ordre, et armée pour le défendre de ses ennemis extérieurs ! mais cette royauté est quand même on ne peut plus concrète, incarnée, agissante, transformant la face du monde, pour soi, déjà, quand on s'est ouverte ou ouvert à cette réalité qui en est le fondement, et qu'on s'y ouvre de plus en plus.

Ici, s'agissant de soi seule ou seul, c'est peut-être l'image du levain qui est la plus pertinente : cette présence, qu'on perçoit d'abord éventuellement par pure intuition, prend de plus en plus de force et d'assurance, chassant progressivement les doutes et les peurs, jusqu'à être la pleine et seule réalité dans laquelle on vive. Mais s'agissant de notre présence au monde, alors c'est peut-être l'image de la graine de moutarde qui est la mieux adaptée : il est certain que la croissance du Royaume en moi ne signifie pas automatiquement croissance du Royaume dans le monde entier, chacune et chacun est entièrement libre de son cheminement, en sorte que ce Royaume peut avoir atteint son plein développement en moi, et par là je peux servir de refuge pour celles et ceux qui le souhaitent, oiseaux qui prennent leurs quartiers dans les branches, ombre que je fournis aux passantes et passants, sans condition.

Les deux images ont comme point commun ce sentiment d'inéluctabilité heureuse, un peu comme dans cet autre mashal, propre à Marc (4, 26-29), de la récolte qui pousse sans qu'on ne sache trop comment cela se fait, "qu'on dorme ou qu'on soit éveillé, nuit et jour". De la même manière, de ces commencements infimes que sont cette petite graine ou ce levain, c'est toute la pâte qui lèvera, c'est un arbre dans sa pleine stature qui en résultera, en toute confiance.

 

 

 

    il disait donc
« à quoi est semblable le royaume de Dieu
    et à quoi l'assimilerai-je ?
il est semblable
    à une graine de moutarde
qu'un homme a prise
    et jetée dans son jardin
et elle a crû
    et est devenue un arbre
et les oiseaux du ciel ont pris leurs quartiers
    dans ses branches »
    
    et à nouveau il a dit
« le royaume de Dieu
    à quoi l'assimilerai-je ?
il est semblable
    à du levain
qu'une femme a pris
    et caché dans trois panerées de farine
jusqu'à ce que tout ait levé »

(Luc 13, 18-21)