Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Méfie-toi de toi-même !

Lun. 11 Novembre 2024

« Ajoute-nous de la foi ! — si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : "Sois déraciné et sois planté dans la mer !", et il vous obéirait...! »

Prenez garde, faites attention, à vous ! surveillez-vous, ne vous faites pas confiance ! On ne sait pas si cette mise en garde concerne le passage qui suit ou celui qui précède. Si ton frère (ou ta sœur...) pèche contre toi et qu'il se repent, qu'il regrette, remets-lui, pardonne-lui ! et ce jusqu'à sept fois dans la même journée ! Le nombre sept étant ici symbolique : il n'est pas possible qu'une personne regrette sincèrement un acte qu'elle a commis et qu'elle le re-commette encore six nouvelles fois, en regrettant toujours aussi sincèrement à chaque fois... Il n'est déjà pas facile de pardonner, ne serait-ce qu'une première fois ; s'il nous est demandé de le faire jusqu'à sept fois, il fallait bien nous le signaler avec cet avertissement : prenez garde, attention, méfiez-vous de vous-même !

Mais cet avertissement est tout autant nécessaire, sinon plus encore, sur le sujet des scandales. Attention à ne pas scandaliser plus petit, plus faible, que soi, parce que notre châtiment en sera terrible, pire que d'être envoyé par le fond avec une pierre de plus de cent kilos autour du cou : pourquoi pas les pieds coulés dans du béton ? le résultat serait le même. Rien que la mention de cette conséquence devrait suffire à nous faire tenir tranquilles... Sauf que, on ne parle pas ici de scandales que nous aurions volontairement provoqués, car c'est souvent là le plus terrible : que nous pouvons être responsables de catastrophes sans l'avoir voulu. Quiconque a pu provoquer la mort d'une autre personne involontairement peut en témoigner.

Peut-être est-ce de cela qu'on nous demande ici de nous méfier le plus : je ne saurais dire comment cela se passe pour une personne qui en a volontairement tué d'autres (à la guerre essentiellement ?) et qui en a ensuite des remords, je ne saurais dire si cela lui est plus difficile à gérer dans sa conscience que dans le cas de la personne qui a tué involontairement. Quoi qu'il en soit, je crois que dans le premier cas on comprend bien, spontanément, intuitivement, que ce ne soit pas facile, mais cela semble d'une certaine façon n'être que justice, alors qu'on ne pense généralement pas au second cas, avant d'en être personnellement concerné, soit directement pour soi-même, soit pour des proches ou moins proches dont on a entendu parler. L'avertissement semble donc justifié là aussi.

Reste : qu'y faire ? Comment faire pour se méfier d'actions dont on ne sait pas, dont on ne peut pas savoir, à l'avance qu'elles puissent avoir de telles conséquences ? et comment faire aussi pour dépasser un ressentiment contre une personne qui nous cause du tort et dont on n'arrive pas à être convaincu de la sincérité de son repentir ? Si nous devons nous méfier de nous-mêmes, en quoi, en qui, faire confiance alors ? car nous avons besoin de pouvoir nous fier à quelque chose, à quelqu'un, dans nos vies. Et ceci n'est pas juste une compensation de la perte de confiance que nous avons pu éprouver, au cours de notre développement, envers nos parents et les adultes en général... Nous venons au monde avec un tel besoin, cela fait partie de notre nature.

En général, nous en venons à ne plus faire confiance qu'en nous-mêmes, mais justement, ce qui nous est dit ici, c'est que cela ne marche pas, ce n'est qu'une illusion de plus, et peut-être la pire, celle dont nous tomberons le plus haut le jour où cela nous arrivera. Alors quoi ? ce n'est peut-être pas un hasard si la demande des apôtres qui vient à la suite de ces mises en garde est celle-là : que leur foi soit plus grande. Étant entendu que le mot "foi" n'avait pas la même signification profonde à leur époque qu'à la nôtre. À l'époque, le mot "foi" était synonyme de certitude, on ne doutait pas de l'existence de Dieu ; là où il y avait incertitude, c'était plus précisément sur ce qu'il attendait de chacun — quels étaient ses souhaits, ses perspectives, ses objectifs —, et c'était cela avoir une foi plus grande, mieux connaître Dieu.

De nos jours, on entend par le mot foi une croyance, et l'attitude générale (du moins dans nos sociétés "occidentalisées"), l'attitude de base, est que l'existence de Dieu est au mieux une hypothèse, indémontrable en aucun sens, dont on ne peut donc que douter. Avoir une foi plus grande signifie alors avoir moins de doutes, mais il ne s'agit donc plus, comme à l'époque de Jésus, d'avoir moins de doutes sur qui est Dieu (ou ce qu'il est) exactement, mais désormais d'avoir moins de doutes sur son existence-même. Ne risque-t-on pas alors de rester à jamais loin du compte, s'il s'agit de faire confiance à ce dont on n'est même pas certain de l'existence ?:(

 

 

    et il a dit à ses disciples
« il est impossible que les scandales
    ne surviennent pas
    mais malheur à celui par qui ils surviennent !
il serait préférable pour lui
    qu'une pierre de meule soit mise autour de son cou
    et qu'il soit jeté à la mer
plutôt que d'avoir scandalisé un seul de ces petits

prenez garde à vous-mêmes !
    
si ton frère pèche
    engueule-le !
et s'il se repent
    remets-lui !
et si sept fois le jour il pèche contre toi
    et sept fois revient vers toi en disant
"je me repens"
    tu lui remettras »
    
    et les apôtres dirent au Seigneur
« ajoute-nous de la foi ! »
    et le Seigneur a dit
« si vous aviez de la foi
    comme une graine de moutarde
vous diriez à ce sycomore
    "sois déraciné et sois planté dans la mer !"
et il vous obéirait »

(Luc 17, 1-6)