Partage d'évangile quotidien
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Travailler toujours travailler

Mer. 22 Janvier 2025

Ces questions de respect du shabbat, sans être omniprésentes, reviennent cependant comme une rengaine au travers des évangiles, signifiant ainsi indirectement l'importance de cette institution (bien fondée ou non ?) dans le judaïsme.

Les prescriptions concernant le shabbat tournent principalement autour de la question du travail : c'est un jour où on ne doit pas travailler. Et la notion de travail va être alors examinée à la loupe, de manière forcément plus ou moins contestable selon les sensibilités et caractères des uns ou des autres. Un cas assez typique de ces variations possibles est celui d'une personne qui tombe dans un puits un jour de shabbat : qu'a-t-on alors le droit de faire pour l'en sortir si elle ne peut pas le faire toute seule ? ces efforts qu'on fera — ou pas — sont donc considérés comme du travail.

À un extrême on trouve la position des esséniens selon laquelle on n'a le droit d'aider un tel homme qu'en se servant de ses vêtements, aucun autre ustensile (corde, échelle, bâton...) n'est autorisé ! Dans les évangiles, où cette question du shabbat est assez souvent abordée, Jésus avance à plusieurs reprises l'argument selon lequel ses interlocuteurs, si un de leurs animaux tombe dans un puits ce jour-là, il est évident qu'ils iront l'en sortir. S'il utilise cet argument, c'est donc que ceux auxquels il s'adresse — notamment des pharisiens la plupart du temps — acceptent sans réserve cette façon de voir les choses ; et s'ils l'acceptent pour des animaux, on voit mal qu'il la refusent par contre pour des hommes !

On voit donc qu'en réalité, au moins sur ce point-là, tant Jésus que ses interlocuteurs étaient d'accord. Cependant, il s'agissait du cas particulier d'un danger de vie ou de mort. Pour ce qui est des guérisons, qu'il ne se privait pas d'accomplir y compris les jours de shabbat, la question pouvait être sujette à caution ; ainsi que le dira un responsable de synagogue dans un épisode particulier : les gens pourraient bien venir se faire guérir les autres jours de la semaine, et non précisément comme un fait exprès le jour du shabbat ! et sous-entendu : Jésus de son côté pourrait bien lui aussi s'abstenir de guérir ce jour-là...

Au final, en posant la question s'il est "permis un jour de shabbat de faire le bien ou de faire le mal", Jésus prétend se placer sur un autre plan, il déplace le contexte, refusant en fait de se plier à ce critère travail/pas travail ; il le dit d'ailleurs à une autre occasion : "jusqu'à ce jour mon père travaille et moi aussi je travaille" ! Là c'est clair et net, il contesterait donc en fait que YHWH se soit reposé le septième jour après avoir créé le monde les six premiers jours ? C'est pourtant écrit dans la Torah, dans le livre Béréchit (la "Genèse"), et c'est en principe le fondement de cette règle de ne pas travailler ce jour-là chaque semaine.

Mais que contesterait en fait précisément Jésus ? peut-être simplement que s'il est exact que YHWH se soit reposé le septième jour, il ne l'aurait par contre fait que ce seul et unique jour-là dans toute l'histoire de l'univers, ce qui lui permettrait d'affirmer que depuis le huitième jour, YHWH s'est remis au boulot et ne s'est plus jamais arrêté ? Et effectivement, depuis ces temps initiaux, YHWH ne semble pas chômer le moins du monde, intervenant à temps et contre-temps au moins dans l'histoire du peuple hébreu ! En tout cas, concrètement, Jésus étend donc l'exception admise pour les cas de vie ou de mort à tous les cas où il s'agit de choisir de faire le bien ou de s'en abstenir, et il considère que s'abstenir de faire le bien, c'est faire le mal...

Et puis enfin et surtout, il ne faudrait pas oublier que ce n'est pas vraiment lui qui guérit : la guérison se produit par son intermédiaire, mais c'est Dieu qui l'opère, il est donc bien vrai que ce dernier travaille, lui, tous les jours, y compris les jours de shabbat, puisque la guérison survient. D'ailleurs, comme un fait exprès, s'il y a eu ici guérison de la main de cet homme, il est difficile de l'attribuer à Jésus, puisque ce dernier lui avait seulement demandé de tendre sa main, ce qui signifie en réalité d'étendre le seul "bras" devant lui à l'horizontale ; si la "main" s'en est trouvée guérie, ce n'en a alors été qu'une conséquence indirecte !:)

 

 

et il est entré de nouveau dans la synagogue
et il y avait là un homme ayant la main desséchée
et on l'épiait
    si un jour de shabbat il le guérirait
afin de pouvoir le blâmer

    et il dit à l'homme ayant la main desséchée
« lève-toi au milieu ! »
    et il leur dit
« est-il permis un jour de shabbat
    de faire le bien ou de faire le mal ?
    de sauver une vie ou de tuer ? »

    mais eux se taisaient
alors les ayant regardés tout autour avec colère
s'affligeant de la dureté de leur cœur
    il dit à l'homme
« tends la main ! »
    et il la tendit et sa main fut rétablie

et aussitôt étant sortis
les pharisiens avec les hérodiens
    délibéraient contre lui
    comment le perdre

(Marc 3, 1-6)