Sur terre comme au ciel
"Votre père sait de quoi vous avez besoin avant que vous lui demandiez" : on ne prie pas pour que Dieu fasse quoi que ce soit à notre place ! On ne peut pas faire changer Dieu. Non pas qu'il soit insensible, mais parce qu'il n'a pas besoin de nous pour lui apprendre quels sont nos problèmes et ceux du monde. On prie pour se changer, soi. Y compris dans la prière d'intercession, quand on prie "pour les autres", pour que cessent la guerre, les meurtres, les viols, les pillages, les spoliations, les abus de toutes sortes. Jésus le sait pertinemment, et la prière qu'il propose à ses disciples n'a que ce seul objectif : nous aider à nous changer nous-mêmes.
"Sanctifié soit ton nom ! Vienne ton règne ! Ta volonté soit faite !" : ces trois premiers vœux, dont nous souhaitons qu'ils se réalisent pleinement dans notre vie de tous les jours ("comme au ciel, aussi sur terre"), nous pourrions les formuler en "je" : que je te respecte toujours comme saint, que je fasse régner ton amour dans mes relations avec les autres, que je te fasse confiance dans tous les évènements qui m'arrivent.
En somme, cette première partie définit les objectifs de ce qu'il faut pour que la vie sur terre soit comme celle "du ciel", soit idéale, dans ces trois domaines : notre relation à Dieu, notre relation aux autres, et notre relation au monde. La seconde partie détaille alors les outils concrets par lesquels réaliser ce beau programme, en procédant dans l'ordre inverse : du monde, en passant par les autres, pour finir à Dieu. Cette prière nous fait descendre des cieux sur terre pour ensuite y remonter, comme dans le texte d'Isaïe (55, 10) : "La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir (...) ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat."
"Notre pain de la journée donne-nous aujourd'hui" : c'est, pour le moins, ce que nous appelons de nos jours la "sobriété heureuse". Le "pain de la journée", c'est accepter de se contenter d'avoir de quoi manger pour un jour. C'était la situation de beaucoup de personnes, les journaliers, qui étaient donc embauchés à la journée, et qui ne gagnaient alors à peu près que de quoi se nourrir (eux et leur famille) pour un jour. On vivait réellement au jour le jour.
"Remets-nous nos dettes comme nous aussi avons remis à nos débiteurs" : après notre relation au monde, notre relation aux autres. Remettre leurs dettes à nos débiteurs : il s'agit bien de débiteurs, donc de personnes qui nous ont nui. Il faut leur pardonner, ce qui ne veut pas dire approuver leur conduite, mais être capable de sortir du ressentiment, simplement parce que, ce ressentiment, c'est à nous et nous seul qu'il nuit.
"Ne nous fais pas entrer dans l'épreuve, mais libère-nous du Mauvais" : après notre relation au monde, après notre relation aux autres, notre relation à Dieu en lui-même. C'est la tentation de rendre Dieu — ou une supposée entité qui serait son antithèse — responsables de tous nos maux. Le "Diable" (le "Diviseur") ou "Satan" (l'"Adversaire") existent-ils ? Certains disent que sa plus grande ruse serait de faire croire qu'il n'existe pas. Mais n'est-ce pas l'inverse : on ne croit en son existence que pour justifier son doute en celle de Dieu ?
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Quand vous priez,
ne bredouillez pas comme les païens :
ils croient être exaucés à flots de paroles.
Ne leur ressemblez donc pas :
votre père sait de quoi vous avez besoin
avant que vous lui demandiez.
Vous donc, priez ainsi :
Notre père dans les cieux,
que comme au ciel, sur terre aussi :
Sanctifié soit ton nom !
Vienne ton règne !
Ta volonté soit faite !
Notre pain de la journée
donne-nous aujourd'hui.
Remets-nous nos dettes
comme nous aussi avons remis à nos débiteurs.
Ne nous fais pas entrer dans l'épreuve,
mais libère-nous du Mauvais.
Car si vous remettez aux hommes leurs fautes,
il vous remettra à vous aussi, votre père du ciel.
Mais si vous ne remettez pas aux hommes,
votre père non plus ne remettra pas vos fautes.
(Matthieu 6, 7-15)

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