Aveugles
Nous naissons tous aveugles. Aveugles à notre nature originelle, spirituelle, divine. Nous ne sommes pas Dieu, bien sûr, mais nous venons de Dieu, et lorsque nous naissons, nous ne le savons pas. Ce n'est pas de notre faute, évidemment, et ce n'est pas non plus celle de nos parents, et encore moins celle de nos ancêtres symbolisés par le couple adamique. Ce n'est pas le péché qui fait que nous naissons aveugles. C'est normal, c'est le lot de tout ce qui est, de toute la création. Toute la création est aveugle à son origine divine...
Les uns naissent peut-être plus que d'autres avec une certaine intuition de cette origine qui est la nôtre. Il n'en reste pas moins que pour tous, naître réellement à cette nature divine nécessite une seconde naissance. Certains témoignent de tels événements qui leur sont arrivés, comme une rencontre hors du commun, "surnaturelle", qui remet tout en question, dont ils passeront ensuite tout le reste de leur vie à s'efforcer de faire fructifier ce qu'ils ont reçu ce jour-là, autant que possible, car avec le temps la qualité du souvenir, la réalité vécue, peut s'en altérer.
Pour d'autres, cela peut se présenter comme une expérience plus discrète, qui a commencé un jour mais qui continue ensuite tout au long de leur vie en s'approfondissant. Si, pour les précédents, leur expérience ressemble plus comme à un sommet, dont ils doivent ensuite redescendre dans la plaine pour l'en irriguer, pour les seconds, le mouvement irait plutôt dans l'autre sens, comme d'une montée progressive vers un tel sommet.
Mais pour les uns comme pour les autres, ils savent que cela ne vient pas d'eux-même, cela leur a été, ou leur est, donné.
Tel est par contre l'aveuglement de ceux qu'on appelle ici "les pharisiens" et qui leur est révélé par là : eux ne sont certainement pas re-nés. Cela, en soi, on ne peut cependant pas le leur reprocher : on peut passer toute sa vie à attendre, espérer, chercher, la seconde naissance, sans qu'elle ne se produise, apparemment. Mais on est du moins dans sa recherche. Ce qui n'est pas le cas des dits "pharisiens" :
Eux pensent avoir au moins quelques certitudes, du genre : ils font partie du peuple élu, ils ont la Torah, ils ont été circoncis, ils font shabbat, ils respectent les règles de pureté... et, d'une certaine façon, ils attribuent à tout ceci une valeur divine. Ils pensent con-naître Dieu, ne serait-ce qu'un tout petit peu, alors que nul ne peut le connaître, c'est lui qui nous connaît.
Là est tout le drame de toutes les religions, et en grande partie la raison pour laquelle il peut être si difficile de passer par la seconde naissance. Toutes les religions prétendent avoir un minimum de connaissance de Dieu, toutes les religions divinisent cette connaissance supposée : Jésus est Dieu, les espèces eucharistiques sont divines, les Écritures sont divines, etc.
"C'est pour un jugement que je suis venu en ce monde : que les non-voyants voient, et que les voyants deviennent aveugles."
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En passant, il voit un homme aveugle de naissance.
Ses disciples le questionnent en disant :
« Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents,
qu'il soit né aveugle ? »
Jésus répond :
« Ni lui n'a péché, ni ses parents :
mais c'est pour que soient manifestées
les œuvres de Dieu en lui.
Je dois œuvrer les œuvres
de celui qui m'a donné mission,
tandis qu'il fait jour.
Vient la nuit, où nul ne peut œuvrer.
Tant que je suis dans le monde
je suis la lumière du monde. »
Après avoir dit cela, il crache sur le sol
et fait de la boue avec la salive,
il lui enduit les yeux de cette boue,
et lui dit :
« Va, lave-toi dans la piscine de Siloé »
(qui signifie « envoyé »).
Il s'en va donc, se lave, et va, voyant clair !
Les voisins et ceux qui l'avaient vu mendier auparavant
disaient :
« N'est-ce pas celui qui était assis et mendiait ? »
Les uns disaient :
« C'est lui ! »
D'autres disaient :
« Non, mais il lui ressemble ! »
Lui disait :
« C'est moi ! »
Ils lui disaient donc :
« Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répond :
« L'homme appelé Jésus a fait de la boue,
il a enduit mes yeux et m'a dit :
Va à Siloé et lave-toi !
Je suis donc allé, je me suis lavé, et j'ai vu ! »
Ils lui disent :
« Où est-il, celui-là ? »
Il dit :
« Je ne sais... »
Ils l'amènent aux pharisiens,
l'aveugle d'hier.
Or, c'était un sabbat
le jour où Jésus avait fait la boue
et ouvert les yeux.
De nouveau, les pharisiens aussi le questionnent :
Comment est-il devenu voyant ?
Il leur dit :
« Il a posé de la boue sur mes yeux,
et je me suis lavé, et je vois clair ! »
Certains donc parmi les pharisiens disent :
« Il n'est pas de Dieu cet homme-là,
puisqu'il ne garde pas le sabbat ! »
Mais d'autres disent :
« Comment un homme pécheur
pourrait-il faire de tels signes ? »
C'était une scission parmi eux.
Ils disent donc de nouveau à l'aveugle :
« Toi, que dis-tu de lui,
– qu'il t'a ouvert les yeux ? »
Il dit :
« C'est un prophète ! »
À son sujet, les juifs ne croient pas
qu'il a été aveugle et qu'il est voyant,
avant d'avoir appelé les parents
de celui qui est devenu voyant.
Ils les questionnent en disant :
« Celui-là, c'est votre fils ?
Vous dites qu'il est né aveugle ?
Comment donc voit-il à présent ? »
Ses parents donc répondent et disent :
« Nous savons que c'est lui notre fils
et qu'il est né aveugle.
Comment maintenant il voit ?
Nous ne savons pas.
Ou qui a ouvert ses yeux ?
Pour nous, nous ne savons pas.
Questionnez-le, il a l'âge :
lui parlera sur lui-même. »
Cela, ses parents le disent
parce qu'ils craignent les Juifs.
Car déjà les Juifs se sont mis d'accord :
qui le déclarerait messie
serait exclu de la synagogue.
Aussi ses parents disent :
« Il a l'âge, interrogez-le ! »
Ils appellent donc une deuxième fois
celui qui avait été aveugle. Ils lui disent :
« Donne gloire à Dieu :
nous savons, nous, que cet homme est pécheur. »
Lui répond donc :
« S'il est pécheur, je ne sais, cela seul je le sais :
j'étais aveugle, à présent je vois ! »
Ils lui disent donc :
« Qu'est-ce qu'il t'a fait ?
Comment a-t-il ouvert tes yeux ? »
Il leur répond :
« Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas entendu.
Qu'est-ce que vous voulez entendre de plus ?
Est-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils l'injurient et disent :
« C'est toi qui es son disciple à celui-là !
mais nous, nous sommes disciples de Moïse,
nous savons, nous, que c'est à Moïse que Dieu a parlé,
mais celui-là, nous ne savons pas d'où il est. »
L'homme répond et leur dit :
« C'est bien ça qui est étonnant :
vous ne savez pas d'où il est, et il a ouvert mes yeux !
Nous savons que Dieu n'entend pas les pécheurs,
mais si quelqu'un est religieux et fait sa volonté,
celui-là il l'entend.
Au grand jamais on n'a entendu
que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né.
Si celui-ci n'était pas de Dieu,
il n'aurait rien pu faire. »
Ils répondent et lui disent :
« Dans les péchés tu es né tout entier
et tu nous enseignes, nous ? »
Ils le jettent dehors.
Jésus entend qu'ils l'ont jeté dehors.
Il le trouve et dit :
« Toi, est-ce que tu crois au fils de l'homme ? »
il répond et dit :
« Et qui est-ce, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
« Non seulement tu le vois,
mais celui qui te parle, c'est lui ! »
Il dit :
« Je crois, Seigneur ! »
Et il se prosterne devant lui.
Et Jésus dit :
« C'est pour un jugement que je suis venu en ce monde :
que les non-voyants voient,
et que les voyants deviennent aveugles. »
Parmi les pharisiens
ceux qui sont avec lui entendent ces choses et lui disent :
« Est-ce que nous aussi nous sommes aveugles ? »
Jésus leur dit :
« Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché.
Maintenant vous dites : Nous voyons.
Votre péché demeure. »
(Jean 9, 1-41)
(N. B. : ce texte n'est pas l'évangile du lundi de la quatrième semaine de carême, mais l'évangile de la messe qui peut être choisie en remplacement de n'importe quel jour de la quatrième semaine de carême)

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