Gravés dans le sable
Jésus était-il un homme parfait ? Jésus n'a-t-il jamais commis la moindre erreur ? n'a-t-il jamais reçu la moindre fessée dans son enfance ? ne s'est-il jamais trompé de chemin dans ses pérégrinations galiléennes ? n'a-t-il jamais commis d'impair ?
Spontanément, c'est ainsi que nous nous le représentons. D'une part parce que les évangiles évitent de nous montrer de tels errements de sa part. D'autre part parce que dans la prolongation de la même volonté d'en faire un surhomme, qu'il ait été proclamé Dieu, incarnation vivante de Dieu, tend automatiquement à nous faire le penser ainsi, que sa divinité n'aurait pas pu laisser son humanité se tromper.
Pourtant, faire une erreur, mal apprécier une situation, en ignorer tous les tenants et aboutissants, n'est pas du tout la même chose que pécher... Pécher suppose, au minimum, être conscient qu'on pèche, et Jésus est censé avoir été "homme en toute chose à la seule exception du péché".
Jésus a donc certainement douté ("mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné"), Jésus a été tenté de renoncer ("sa sueur devint des caillots de sang"), et non, Jésus ne savait pas tout, il a pu faire des choix qu'il a regrettés ensuite. On lui amène une femme qui a été surprise avec un autre homme que son mari ; la Loi de Moïse, "gravée dans le marbre", dit qu'elle doit être lapidée, et Jésus ne sait pas quoi faire, il refuse de répondre à l'ultimatum qu'on lui a lancé, mais comment va-t-il pouvoir se sortir de cette situation ? il baisse la tête, ses mains se mettent à triturer le sol, ses doigts à y tracer de vagues signes, il cherche, il cherche...
Et là il trouve : pour pouvoir condamner cette femme, il faudrait qu'il soit sûr de n'avoir jamais commis de péché. C'est en tout cas ce qu'il explique en premier lieu à ceux qui la lui ont amenée. Et l'évangéliste note que la meute se retire "en commençant par les plus âgés", c'est-à-dire logiquement ceux qui ont le plus de péchés sur la conscience, ou ceux qui sont les plus sages pour reconnaître qu'ils sont pécheurs (?). Puis, lorsqu'il se retrouve seul avec la femme, il ne s'autorise pas, lui non plus, à la juger.
Bien sûr on peut penser que, si Jésus a "relâché" la femme, c'est par bonté, c'est son légendaire bon accueil aux pécheurs, etc. Cet épisode ne dit pas que Jésus se serait reconnu pécheur lui aussi ! Mais entre savoir qu'on a commis des péchés et être sûr qu'on n'en a jamais commis, il y a une sacrée marge !
Est-ce un péché que de ne pas savoir si, en telle ou telle ou telle circonstance, on en a commis un, ou pas ?
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(Ils vont, chacun dans son logis.)
Jésus, lui, va au mont des Oliviers.
À l'aube, de nouveau il arrive au temple
et tout le peuple vient à lui.
Il s'assoit et les enseigne.
Or les scribes et les pharisiens amènent
une femme surprise en adultère.
Ils la placent au milieu.
Ils lui disent :
« Maître, cette femme a été surprise
en flagrant délit d'adultère.
Dans la loi, Moïse nous a commandé de lapider celles-là.
Toi donc, que dis-tu ? »
Ils disent cela pour l'éprouver,
et pour avoir à l'accuser.
Or Jésus se courbe, du doigt il écrit en bas, sur la terre.
Ils restent à le questionner.
Il se redresse et leur dit :
« Le sans-péché parmi vous,
que, le premier, sur elle il jette pierre ! »
Il se courbe de nouveau et il écrit sur la terre.
Ce qu'ayant entendu, ils sortent un à un,
en commençant par les plus vieux.
Il reste seul ;
et la femme est au milieu.
Jésus se redresse et lui dit :
« Femme, où sont-ils ?
Pas un ne t'a condamnée ? »
Elle dit :
« Pas un, Seigneur ! »
Alors Jésus lui dit :
« Moi non plus je ne te condamne pas.
Va ! de cet instant, ne pèche plus ! »
(Jean 8, 1-11)

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