Le vent souffle où il veut
Un peu d'anthropologie spirituelle
Une remarque préliminaire, peut-être sans rapport avec la suite de ce billet : cette affirmation que Nicodème fait à Jésus "nous savons que tu viens de la part de Dieu, car personne ne peut faire ces signes que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui", ne serait-elle pas une occasion en or pour Jésus, pour affirmer que, non seulement Dieu est avec lui, mais qu'il est en fait Dieu lui-même ? Or, si la réponse de Jésus est certainement une explication de son propre rapport à Dieu, il l'expose tout aussi certainement comme étant notre vocation à nous tous, êtres humains.
Ceci dit, pour bien comprendre cette notion de seconde naissance dont il est question ici, il nous faut partir en premier de la façon dont, selon la Bible (Genèse 2, 7), YHWH nous crée : "Alors YHWH Dieu modela le glébeux de poussière venant du sol, il souffla dans ses narines le souffle de vie, et le glébeux devint une âme vivante." Il y a donc, d'une part de la poussière — de nos jours, nous dirions : de la matière —, et d'autre part le souffle de YHWH — le mot souffle signifiant à la fois le souffle de notre respiration, mais aussi ce que nous appelons l'esprit, et particulièrement ici l'Esprit de YHWH, soit encore l'Esprit Saint.
En bref, nous sommes en quelque sorte un composé de matière et de l'Esprit de Dieu, et ce composé est ce que la Bible appelle une "âme" vivante. Maintenant, il faut quand même préciser ce que signifie exactement ce mot "âme" : dans la traduction grecque de la Bible, qu'on appelle la Septante, il a été rendu par le mot psyche. C'est donc à peu près ce que nous nous attendions sans doute à trouver, l'âme c'est notre psychisme ; oui, à ceci près que, ce psychisme, c'est aussi notre corps : mais pas notre corps considéré comme une machine, une construction mécanique, qui résulterait de l'empilement et des liaisons, chimiques et autres, issues de la poussière-matière, comme le croit notre science occidentale hégémonique.
Pour bien comprendre ce point, il faut se représenter que la matière qui entre dans la composition du corps que nous sommes, aujourd'hui, n'est plus du tout la matière qui entrait dans la composition du corps que nous étions à notre naissance, ni même lorsque nous avons eu l'âge de raison, ni même à notre adolescence, ni même à notre majorité, etc. La matière qui entre dans la composition du corps que nous sommes — du corps qu'est notre âme, donc de notre être même — se renouvelle régulièrement et entièrement, et pourtant nous restons la même personne : c'est cela, entre autres, l'âme.
Et puis, l'âme, c'est aussi bien sûr tout ce qui nous semble tout naturellement moins matériel et qui fait encore partie de notre être : nos sensations, nos sentiments, nos pensées, qu'elles soient déductives ou intuitives... Tout ceci, de la forme vivante et pérenne du corps que nous sommes jusqu'à nos abstractions mentales les plus "élevées" (?), c'est notre âme, c'est notre être, et c'est ce qui est appelé ici "la chair". Quand nous naissons de la chair, c'est-à-dire de l'union de deux gamètes, zygote qui devient embryon, puis fœtus, puis qui sort de l'utérus, et qui continue de croître, et qui prend peu à peu conscience de soi : cette conscience-là est ce qui est appelé ici "naître de la chair".
La seconde naissance, celle qui est appelée "naître du souffle" (naître de l'Esprit Saint), c'est donc "simplement" lorsque nous prenons conscience de ce Souffle, par lequel non seulement YHWH nous a créés lorsque nous avons été conçus, mais par lequel il continue sans cesse de nous donner la vie, car notre création est en réalité un processus permanent : tant que nous sommes en vie c'est que YHWH nous donne son Souffle. Cependant, ce Souffle reste celui de YHWH, il ne fait pas partie de notre être, de notre âme. Mais, nous pouvons en prendre conscience (expérimentalement, et non pas seulement intellectuellement), avec cette différence que, contrairement à notre âme dont nous sommes responsables et qui nous permet de faire des choix dans nos vies, Lui, le Souffle, l'Esprit, nous ne pouvons que "l'entendre".
Ce Souffle, nous le percevons alors à la fois comme étant autre que nous (que notre âme, que notre être, que notre "moi") — c'est normal, c'est ce qu'on appelle la transcendance de Dieu : Dieu est le tout-autre —, et nous le percevons à la fois comme étant notre être le plus intime, le plus profond, plus intime et plus profond que notre être même, que notre âme — c'est aussi normal (même si on parle moins souvent de Dieu sous cet aspect), c'est ce qu'on appelle l'immanence de Dieu : Dieu est l'être-même de tout ce qui est.
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Il y avait un homme, parmi les pharisiens,
du nom de Nicodème, une autorité chez les Juifs.
Celui-là vient vers lui, de nuit, et lui dit :
« Rabbi, nous savons que de la part de Dieu
tu es venu en maître !
Car personne ne peut faire ces signes que tu fais,
si Dieu n'est pas avec lui. »
Jésus répond et lui dit :
« Amen, amen, je te dis :
qui n'est pas engendré de nouveau
ne peut voir le royaume de Dieu. »
Nicodème lui dit :
« Comment un homme peut-il être engendré, étant âgé ?
Peut-il, dans le ventre de sa mère,
entrer une seconde fois, et être engendré ? »
Jésus répond :
« Amen, amen, je te dis :
qui n'est pas engendré d'eau et de souffle
ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
Ce qui est né de la chair est chair
et ce qui est né du souffle est souffle.
Ne t'étonne pas que je te dise :
il vous faut être engendré de nouveau.
Le souffle, où il veut souffle,
et sa voix tu l'entends,
mais tu ne sais d'où il vient ni où il va :
ainsi en est-il de tout homme né du souffle. »
(Jean 3, 1-8)

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