Partage d'évangile quotidien
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Tu n'auras pas part avec moi

Jeu. 6 Avril 2023

C'est un exemple que je vous donne


Dans une fratrie, il y a forcément un.e aîné.e. On peut trouver cela injuste ; qu'on soit d'ailleurs cet.te aîné.e ou pas : les deux situations comportent avantages et inconvénients. Mais en tout cas, il n'est pas possible qu'il en soit autrement, et personne ne peut rien y changer, on ne peut pas intervertir nos places...

Quand Jésus dit à Pierre que, s'il ne se laisse pas laver les pieds par lui, il "n'aura pas part" avec lui, il utilise là une expression typiquement hébraïque, qui signifie "partager". Le partage en question pouvant être celui d'un butin, mais le plus souvent il s'agit d'héritage. Jésus considère donc ici Pierre comme un de ses frères, ou pour le moins comme appelé à le devenir.

Quant à l'héritage dont il est question, c'est évidemment celui de la vie éternelle, celui de la résurrection, auxquelles nous sommes donc tous appelés en qualité de fil.le.s de Dieu, fil.le.s du Père. Jésus, notre frère aîné, Jésus, premier-né d'entre les morts.

C'est ainsi que les premiers "chrétiens" — les disciples, tous des juifs — comprennent le linceul trouvé vide dans le tombeau, puis les apparitions : ce Jésus, que le sanhédrin a fait crucifier, Dieu l'a ressuscité ; c'est le commencement de la résurrection générale des morts. Matthieu (27, 52-53) va même jusqu'à dire que les tombeaux de nombreux saints s'ouvrent à la mort de Jésus, et que ces morts en sortent vivants lorsque Jésus ressuscite...

Ce passage de Matthieu est évidemment une pieuse allégorie, mais qui dit bien quelle est la foi de ces tout premiers "chrétiens". À ce moment-là, il n'est pas encore question de faire de Jésus un Dieu, de dire qu'il est de nature différente de nous. Dans le judaïsme, il y a eu Élie qui a eu aussi un sort hors du commun, puisqu'il n'est jamais mort ; personne pour autant ne fait de lui plus qu'un homme...

Lorsque parmi les premiers disciples, certains se mettent à mourir, que ce soit tout-à-fait normalement, ou par accident, ou persécutions, et qu'ils ne ressuscitent pas comme Jésus, des questions commencent à se poser. Paul (1 Thessaloniciens 13-18) rassure alors ses ouailles, en leur assurant que ce n'est qu'un contre-temps, mais qu'au retour de Jésus ils ressusciteront premiers, et ensuite Paul et ceux qui seront restés en vie les suivront directement au ciel sans passer par la case "mort" : on est alors encore persuadé que cette résurrection finale est imminente, et Jésus reste encore juste le frère aîné. Jean (14, 3), de son côté, explique qu'il fallait que Jésus nous prépare de la place, là-haut (faire le ménage, les lits, etc. ?)

Ce n'est donc que plus tard, lorsqu'on n'attend plus de retour imminent de Jésus, et que ceux qui ont vécu avec lui disparaissent, qu'on va peu à peu oublier, peu ou prou, son humanité concrète, et le mettre en partie hors de notre portée, un être en partie de nature différente de la nôtre. On va commencer à se dire que, pour qu'il ait acquis une stature divine (à quoi on assimile sa résurrection), il fallait qu'il soit de nature divine dès son origine, et, contradictoirement, que pour nous, il n'est pas question que nous ayons eu cette nature dès le début, mais que nous pourrions quand même l'acquérir...?

Ce qui n'empêche, évidemment et au contraire, que nous soyons invités à faire comme Jésus, nous faire serviteurs de nos frères et sœurs...

 

 

Avant la fête de la Pâque,
Jésus, sachant que son heure est venue
    de passer de ce monde au Père,
ayant aimé les siens qui sont dans le monde,
    jusqu'au bout il les aime.

Au cours d'un dîner,
    – le diable avait déjà jeté la trahison
    dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariote –
sachant que le Père lui a tout donné dans les mains,
    et que de Dieu il sort et vers Dieu il va,
il se lève du dîner, pose ses vêtements,
    prend une serviette et s'en ceint.
Ensuite il jette de l'eau dans la bassine
    et il commence à laver les pieds des disciples
    et il les essuie avec la serviette dont il était ceint.

Il vient donc à Simon-Pierre.
    Il lui dit :
« Seigneur, toi ! me laver les pieds ! »
    Jésus répond et lui dit :
« Ce que je fais, moi, tu ne le sais pas à présent
mais tu le comprendras après. »
    Pierre lui dit :
« Non, tu ne me laveras pas les pieds, au grand jamais ! »
    Jésus lui répond :
« Si je ne te lave pas,
    tu n'auras pas part avec moi. »
    Simon-Pierre lui dit :
« Seigneur, pas seulement mes pieds,
    mais aussi les mains, aussi la tête ! »
    Jésus lui dit :
« Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver,
    – sinon les pieds –
    mais il est pur tout entier,
et vous, vous êtes purs,
    mais pas tous. »
Car il sait qui le livre.
    C'est pourquoi il a dit :
« Vous n'êtes pas tous purs. »

Quand donc il a lavé leurs pieds et mis ses vêtements,
    il s'allonge de nouveau et leur dit :
« Comprenez-vous ce que je vous ai fait ?
Vous m'appelez, vous, le maître et le seigneur
    et vous dites bien,
    car je le suis.
Si donc je vous ai lavé les pieds,
    moi, le seigneur et le maître,
vous aussi, vous devez les uns les autres
    vous laver les pieds.
Car c'est un exemple que je vous ai donné
    pour que, comme je vous ai fait,
vous aussi fassiez.

(Jean 13, 1-15)

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