Une femme
Si ce n'est la mère, c'est donc l'amante ?
Une autre constante dans les récits des quatre évangiles : Marie Madeleine est nommée en tête des femmes qui découvrent le tombeau vide ; qu'on y ajoute les pleurs qu'elle ne peut retenir ici, chez Jean, on a eu alors vite fait de la promouvoir au rang d'amante secrète. Le "Rabbouni" dont elle use pour nommer Jésus n'est cependant en aucune manière un diminutif affectueux de "Rabbi", c'est au contraire une marque de respect pour un rabbi (maître en religion) qu'on considère comme très important ; on pourrait peut-être le traduire par "grand maître", si ce n'étaient les connotations maçonniques de l'expression.
Si on nettoie Marie Madeleine de ces effluves équivoques, il ne reste donc qu'une disciple, dont on peut par contre penser qu'elle est celle qui avait pris Jésus le plus au sérieux, qui avait le mieux compris la profondeur de son enseignement, mieux même que ne l'avait fait "le disciple que Jésus aimait", lequel d'ailleurs ne lui dispute pas cet honneur, puisque c'est lui-même qui raconte cet épisode. A fortiori, si l'évangéliste relate ce passage où il n'a pas le meilleur rôle, on peut en déduire qu'il est à peu près certainement authentique : c'est bien à Marie Madeleine, la première, que Jésus est apparu ressuscité (quoi que signifie ce mot) ; c'est elle qui, la première, a cru que c'était possible et en a fait l'expérience ; et c'est elle qui y a initié les autres disciples, femmes et hommes.
On peut remarquer que sa peine est telle qu'elle n'est même pas frappée par le fait de voir deux anges et de parler avec eux ! quand ils lui demandent pourquoi elle pleure, elle leur confie les raisons de sa détresse, le vol du cadavre qui va lui interdire de faire son deuil, mais apparemment elle ne percute même pas avec qui elle a échangé ces mots ; aveuglée par les pleurs ? et peut-être est-ce toujours aveuglée par son chagrin que, s'étant retournée et se retrouvant face à Jésus, elle ne le reconnaît pas ? il faudra qu'il s'adresse à elle personnellement, en l'appelant par son nom, pour que sa vue se libère, qu'elle s'ouvre enfin à un autre avenir possible, autre que le repli sur soi et la perte de celui qui était sa vie.
Des tonnes d'écrits ont été aussi consacrés au "ne me touche pas", alors qu'il est simplement justifié par la mission que Jésus lui confie alors, celle d'aller prévenir les disciples : il est évident que, pour qu'elle aille vers eux, il faut qu'elle lâche Jésus, aux pieds duquel elle aurait préféré rester attachée... quant au "car je ne suis pas encore monté", il n'est que l'objet de l'annonce qu'elle doit leur faire, que Jésus est encore là pour l'instant, qu'il n'a pas encore entrepris sa montée vers le Père, qu'ils peuvent encore, eux aussi, le rencontrer.
Sans Marie Madeleine, les disciples auraient-ils seulement su que Jésus avait été ressuscité ? on peut en douter, en suivant cet évangile de Jean, lequel est vraisemblablement le plus honnête et le plus digne de foi des quatre évangiles sur ce sujet. On ne peut qu'en être d'autant plus scandalisé de la place accordée aux femmes par la suite, et aujourd'hui encore, dans les organismes décisionnaires de la quasi totalité des Églises chrétiennes.
/image%2F0553225%2F20230411%2Fob_11297d_20230411.jpg)
Or Marie se tenait près du sépulcre, en dehors, pleurant.
Tandis donc qu'elle pleure, elle se penche sur le tombeau
et aperçoit deux anges en blanc,
assis, un à la tête et un aux pieds,
là où était posé le corps de Jésus.
Ceux-ci lui disent :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? »
Elle leur dit :
« Ils ont enlevé mon Seigneur
et je ne sais pas où ils l'ont mis. »
Disant cela, elle se tourne en arrière
et elle aperçoit Jésus qui se tient là.
Et elle ne sait pas que c'est Jésus.
Jésus lui dit :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »
Elle croit que c'est le jardinier et lui dit :
« Seigneur, si tu l'as retiré,
dis-moi où tu l'as mis, et moi je le prendrai. »
Jésus lui dit :
« Mariam ! »
Retournée, elle lui dit en hébreu :
« Rabbouni ! » – ce qui se dit : « Maître ! »
Jésus lui dit :
« Ne me touche pas !
En effet, je ne suis pas encore monté vers le Père ;
va donc chez mes frères et dis-leur :
Je monte vers mon Père et votre Père,
mon Dieu et votre Dieu. »
Marie la Magdaléenne vient annoncer aux disciples :
« J'ai vu le Seigneur ! » – et ce qu'il lui avait dit.
(Jean 20, 11-18)

Commenter cet évangile