De nombreuses demeures
N'ayez pas peur !
"Moi je suis la voie" : on sait que ce ne sont pas les premiers "chrétiens" qui se sont attribués à eux-même cette dénomination de "chrétiens" ; cela s'est passé à Antioche, et ce sont des personnes qui leur étaient extérieures qui ont commencé de les appeler ainsi, ce qui était d'ailleurs peut-être péjoratif. Mais eux, les premiers "chrétiens", semblent s'être considérés eux-même plutôt comme "ceux de la voie", ceux qui suivent "la voie" (Actes des Apôtres 9, 2). C'est dire l'importance de cette affirmation : "Moi je suis la voie".
Ceci signifie sans aucun doute que, ce qui les préoccupait le plus dans ces tout débuts, ce n'était pas tant de faire du prosélytisme pour proclamer Jésus comme Messie, mais d'abord de suivre pour eux-mêmes le chemin qu'il leur avait ouvert. Le problème avec les religions commence quand ceux qui s'en réclament inversent ces deux objectifs, accordant plus d'importance au dire qu'au faire ; pour l'exprimer dans la tradition musulmane : quand ils accordent plus d'importance au petit djihad (la conversion des autres) qu'au grand djihad (la conversion de soi-même).
On peut se demander cependant si c'est bien Jésus qui a prononcé ces mots "je suis LA voie, LA vérité, LA vie" et la conclusion qui s'ensuit, que personne ne peut venir à Dieu sinon par lui... On peut évidemment comprendre que ce langage soit celui de ses adeptes. Effectivement, aller à Dieu, c'est faire comme Jésus, devenir aussi totalement que possible transparent à cette divinité qui nous habite, en sorte que ce soit elle qui apparaisse à travers nous si on nous regarde. Si nous avons de la chance, cela a dû nous arriver de rencontrer de telles personnes, qui rayonnent tellement qu'on sait d'une intime conviction que ce rayonnement vient d'au-delà d'elles.
Mais justement parce que ce qu'elles rayonnent vient de plus loin qu'elles, de telles personnes ne diront jamais qu'elles sont des modèles, même si de fait elles le sont pour nous...! Il y aurait là une contradiction en soi : le "je" — qui s'efface devant un "JE", à la fois son moi le plus intime, mais aussi à la fois radicalement autre —, ne peux pas parler à la place de cet Autre ; jamais l'homme Jésus n'aurait pu parler en disant JE à la place de Dieu, et jamais il ne l'a fait : même quand il affirme son union la plus intime possible avec Dieu, il se distingue bien de LUI, en disant que « moi "et le Père" sommes un » (il ne dit pas "moi et MOI"...!:).
"Moi je suis LA voie" : on peut se demander s'il est possible de vraiment connaître Dieu en restant prisonnier d'une seule voie. C'est tout l'enjeu du dialogue interreligieux. Pour beaucoup, un tel dialogue consiste à identifier dans la démarche des autres ce qui leur semble compatible avec la leur ; c'est dommage d'en rester là, parce qu'en fait cela signifie qu'on reste cantonné à sa petite compréhension de sa voie à soi. Il ne s'agit pas pour autant de viser à du syncrétisme, mais de prendre un tel dialogue comme une chance de dépasser ce qu'il y a de nécessairement sclérosé dans toute religion, de se laisser éclairer par l'expérience vivante de Dieu au travers de l'autre, pour (re-)trouver l'esprit de la voie que l'on suit, soi.
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« Que votre cœur ne s'effraie pas :
vous croyez en Dieu,
et vous croyez en moi.
Dans la maison de mon Père,
il y a beaucoup de demeures,
sinon je vous l'aurais dit.
Je vais vous préparer une place,
et si je vais vous préparer une place,
je reviendrai vous prendre avec moi,
afin que, où je serai moi, vous aussi vous soyez.
Et où je vais... vous connaissez la voie. »
Thomas lui dit :
« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas :
comment connaîtrions-nous la voie ? »
Jésus lui dit :
« Moi, je suis la voie, et la vérité, et la vie.
Personne ne vient au Père sinon par moi. »
(Jean 14, 1-6)

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