Donner sa vie, de soi-même
La figure du berger rejoint parfaitement celle du messie, celle aussi du fils de Dieu, ou encore celle du bien-aimé ; toutes ces expressions bibliques renvoient à la même personne, à la même espérance : le prophète, promis par Moïse aussi grand que lui, ou le roi successeur de David, là encore aussi grand que lui, celui qui inaugurera la fin des temps et des tribulations, celui qui donnera accès au royaume éternel de Dieu sur terre.
Alors que, dans les synoptiques, Jésus se bat continuellement contre ce rôle de messie que veut lui faire endosser la foule de ses supporteurs (y compris disciples et apôtres), il serait quand même surprenant qu'ici, chez Jean, il revendique ce même rôle sous un nom différent. Mais ce serait oublier ce que Jean dit aussi régulièrement tout du long de son évangile : que seuls ceux que le Père inspire peuvent comprendre de quoi Jésus parle...
Pour autant, il ne s'agit pas non plus chez Jean d'une sorte de prédestination, de caprice du Père qui déciderait de répandre sa grâce sur certains et pas sur d'autres ! Sous quelque forme dont on veuille le nommer — Père, Verbe, Fils, Esprit, Dieu — il est bien présent en absolument tout ce qui est, et bien évidemment particulièrement en toute personne, en tout être humain. Toute transcendance est immanente en tout ce qui est, Dieu tout entier est présent en chacun.e de nous.
Pourquoi alors les uns l'entendent-ils les appeler par leur nom, et d'autres ne l'entendent-ils pas ? Pourtant il les appelle aussi... c'est donc simplement parce qu'ils ne savent pas écouter. Ils sont sourds, parce qu'ils n'écoutent, ne regardent, qu'eux-mêmes. Non pas qu'ils ne soient pas éventuellement altruistes, pouvant même se dévouer admirablement pour leur prochain, ce qui est tout-à-fait digne de louanges. Mais, est-ce Dieu qu'ils servent dans ce prochain, ou d'autres eux-mêmes ?
S'il est vrai que "celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas" (1 Jean 4, 20), cela ne signifie cependant pas qu'il suffise d'aimer notre prochain pour aimer Dieu... Et il est certain que ce serait déjà bien (c'est le moins qu'on puisse dire !;) si tout le monde aimait tout le monde, et on a parfaitement le droit de vouloir se contenter d'un tel objectif dans sa vie ; si on y arrive comme ça, par ses propres forces...
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« Amen, amen, je vous dis :
Qui n'entre pas par la porte dans l'enclos des brebis
mais monte par ailleurs,
celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte
est le berger des brebis.
Le portier lui ouvre
et les brebis entendent sa voix.
Ses brebis à lui, il les appelle par leur nom
et il les conduit dehors.
Quand il a mis dehors toutes les siennes,
il va à leur tête
et les brebis le suivent parce qu'elles connaissent sa voix.
Un étranger, jamais elles ne le suivront,
mais elles le fuiront
parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus leur dit cette comparaison,
mais ils ne comprennent pas de quoi il leur parle.
Donc Jésus dit de nouveau :
« Amen, amen, je vous dis :
moi, je suis la porte des brebis.
Tous ceux qui sont venus avant moi
sont des voleurs et des bandits.
Mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte :
qui entre par moi sera sauvé,
il entrera et sortira, et il trouvera pâture.
Le voleur ne vient que pour voler, sacrifier, perdre.
Et moi je viens pour qu'elles aient la vie
et qu'elles l'aient à profusion.
Moi, je suis le bon berger :
le bon berger donne sa vie pour les brebis.
Le mercenaire – lui qui n'est pas berger,
et les brebis ne sont pas à lui –
il voit venir le loup, il laisse les brebis et fuit ;
et le loup les ravit et les disperse.
C'est qu'il est mercenaire
et n'a pas souci des brebis.
Moi, je suis le bon berger
— je connais les miens et les miens me connaissent
comme le Père me connaît et que je connais le Père —,
je donne ma vie pour les brebis.
(J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos.
Celles-là aussi, je dois les amener.
Elles entendront ma voix,
et il y aura un seul troupeau, un seul berger.)
Pour cela le Père m'aime :
c'est que je donne ma vie
pour la prendre de nouveau.
Personne ne me la réclame,
mais moi, je la donne de moi-même.
J'ai pouvoir de la donner
et pouvoir de la prendre de nouveau :
tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père. »
(Jean 10, 1-18)

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