Gros comme une montagne
Qu'est-ce qu'un miracle ? Je crois que personne ne peux s'empêcher de rêver à l'évocation de l'idée de miracle. Pas nécessairement pour soi, mais au moins en pensant à la marche de notre monde dans son ensemble, par exemple, ou encore plus spécifiquement pour telle ou telle catégorie de personnes qui en auraient bien besoin, ou bien pour tel ou tel proche dont on partage les souffrances, ou même après tout pour soi, pourquoi pas ? Mais quelles sont les conditions pour qu'un miracle se produise ?
En premier, il faut écarter toute idée de violation des lois de la nature. Extérieurement, c'est ainsi que cela peut apparaître, mais intérieurement, pour ceux qui en bénéficient, ce n'est certainement pas le cas. D'abord parce que ce que nous appelons lois de la nature ne sont que les façons dont les choses nous semblent se passer d'une manière générale, ordinaire. Mais même dans ce domaine très concret et scientifique qu'est la physique, il n'y a qu'un peu plus d'un siècle, personne n'aurait imaginé possible qu'un même objet puisse se trouver simultanément en plusieurs endroits, ou que deux objets distincts puissent communiquer instantanément même à des distances infinies l'un de l'autre. Et pourtant, nous savons maintenant que dans le domaine de l'infiniment petit, c'est ce qui se passe...
Ensuite, on peut donc écarter aussi toute idée d'arbitraire divin : un "miracle" ne se produit pas parce que Dieu manifesterait par là son attention préférentielle à telle personne ou à telle race ou à telle nation. Ni préférence, ni fantaisie, Dieu n'est ni tyran sadique, ni monarque absolu, ni papa gâteau pour son chouchou d'enfant, ni le maître d'école qui récompense les bons élèves. Les "miracles" ne sont que la conséquences de lois naturelles que nous ignorons encore. Mais quelles lois, ou au moins comment fait-on pour les mettre en œuvre ?
On peut être distraits par les moyens que Jésus semble utiliser dans les miracles qui nous sont rapportés par les évangiles : ici, et en d'autres occasions, il "rabroue", il se met en colère, contre les "forces du mal" ; parfois il crache et met de sa salive sur l'œil aveugle ou l'oreille sourde ou la langue muette. Ces gestes, ces comportements, ressemblent surtout à ce à quoi les gens s'attendaient, c'étaient les usages habituels des guérisseurs de l'époque. Mais le vrai "secret" semble plutôt résider dans ce qu'il dit ensuite aux disciples : ce qui agit, ce qui est efficace, c'est l'infime, l'infiniment petit, le minuscule, d'une graine de moutarde, comparée au gigantisme de l'effet, "déplacer des montagnes".
Mais cette image de la graine de moutarde pourrait aussi nous égarer, nous aurions tendance à en conclure qu'avec une foi grosse comme un œuf ce serait alors tout un continent que nous pourrions déplacer... on sent bien qu'on se dirige alors tout droit dans le ridicule. Non, le sens plus profond de cette image est qu'il s'agit d'avoir une foi qui ne soit pas seulement grossière et vague, mais qui pénètre jusqu'au plus infime détail de nos vies, jusqu'à ce niveau de l'infiniment petit des plus petites choses.
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Ils vinrent vers la foule
et un homme s'approcha de lui,
tombant à genoux devant lui en disant :
« Seigneur, aie pitié de mon fils,
parce qu'il est lunatique, et qu'il en souffre,
car souvent il tombe dans le feu, et souvent dans l'eau ;
je l'ai présenté à tes disciples,
et ils n'ont pas été capables de le guérir. »
Jésus répondit alors et dit :
« Ô génération sans foi et pervertie,
jusqu'à quand serai-je avec vous,
jusqu'à quand vous supporterai-je ?
amenez-le moi ici ! »
et Jésus le rabroua
et le démon sortit de lui,
et le garçon fut guéri dès cette heure-là.
Alors les disciples s'approchèrent de Jésus,
à part, et dirent :
« Pour quelle raison est-ce que nous,
nous n'avons pas été capables de le jeter dehors ? »
et il leur dit :
« À cause de votre faible croyance.
Amen, je vous dis en effet,
que si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde,
vous diriez à cette montagne :
"Déplace-toi d'ici à là-bas",
et elle se déplacerait,
et rien ne vous serait impossible. »
(Matthieu 17, 14-20)

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