Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

À la pêche au gros

Jeu. 7 Septembre 2023

Il est permis de se poser des questions sur cette pêche miraculeuse. Les récits parallèles de cet appel de Pierre, André, Jacques et Jean à suivre Jésus, chez Marc (1, 16-20) et chez Matthieu (4, 18-22), ne font pas état d'un tel miracle. D'autre part, avec les guérisons qui se produisaient par son intermédiaire, par son autorité, il ne semble pas que Jésus ait eu besoin d'appeler des disciples, c'est bien plutôt le contraire, trop de gens se mettaient à le suivre, mais pour de mauvaises raisons, ce qui les mènera à vouloir l'emmener de force à Jérusalem pour le faire reconnaître comme roi (Jean 6, 15), ce qui est ensuite sans doute une des raisons principales pour lesquelles le sanhédrin voudra le faire exécuter, et finira par le faire.

Simplement, pour certains, l'autorité de Jésus finira — mais plus tard, après sa mort — par les faire entrer eux aussi dans cette même relation à Dieu à laquelle lui-même puisait, se ressourçait, vivait ; c'est le même Esprit reçu symboliquement par Jésus lors de son baptême par Jean-Baptiste qu'une bonne centaine de disciples recevront aussi symboliquement à la Pentecôte. Il y a ici beaucoup de symbolisme, mais pour dire une réalité dont on peut difficilement douter : une partie des disciples, une partie de ces gens qui suivaient Jésus en restant en quelque sorte dépendants de lui, jusqu'à sa mort, ont fini par devenir comme lui, habités par l'Esprit, et se sont mis à leur tour à témoigner de la présence de Dieu dans leur vie.

Ces hommes et ces femmes qui constitueront le premier noyau de chrétiens sont représentés dans les évangiles par l'expression "les Douze". Il est à peu près certain que, dans les premiers temps de sa vie publique, Jésus ait formé un groupe restreint de douze personnes en référence aux douze tribus d'Israël, mais il est fort peu vraisemblable qu'il ait conservé cette idée par la suite. Il est notamment fort peu vraisemblable que seuls les Douze aient été présents à l'institution de l'eucharistie dans une "grande salle de banquet" dans laquelle se tiendront réunies par la suite plus de cent personnes. Il est beaucoup plus vraisemblable que, de l'institution de l'eucharistie jusqu'à la venue de l'Esprit, ce sont ces mêmes plus de cent personnes, hommes et femmes, qui ont vécu ensemble tous ces évènements.

De fait, il est difficile, quand on vit de cette relation avec Dieu, de ne pas vouloir en faire profiter d'autres ; c'est même impossible. Mais comment le faire est une autre question. Pierre deviendra effectivement pêcheur d'hommes à son tour, comme l'avait été Jésus ; il semble bien que le christianisme naissant ait eu effectivement tendance à exploser. Mais il semble bien aussi que, dans ce christianisme naissant, la présence de l'Esprit — autrement dit, la relation réelle et effective avec Dieu — ait été encore très forte, en témoignent les mêmes signes (guérisons) qui se produisaient, comme avec Jésus lui-même, ce qu'on ne voit plus trop se produire de nos jours dans nos églises institutionnalisées...

Il y a pourtant, dira-t-on, les charismatiques, les évangéliques, qui font des assemblées de guérison ? peut-être, mais si tel est bien le cas, si s'y produisent réellement de tels phénomènes, qu'est-ce qui est à l'œuvre alors ? est-ce un bouleversement qui vient de l'intérieur de la personne et qui, par conséquence et comme par surcroît entraîne cette guérison, ou est-ce l'effervescence de l'assemblée qui produit un résultat qui semble le même sans l'être vraiment ? Autrement dit encore : ces "guérisons" sont-elles stables, tiennent-elles dans la durée, même si la personne quitte le groupe ? je demande à voir...

 

 

Or, comme la foule se pressait contre lui
    pour entendre la parole de Dieu
et que lui se tenait au bord du lac de Gennésareth,
il vit deux barques qui se tenaient au bord du lac,
les pêcheurs en étaient débarqués et ils rinçaient les filets ;
il monta dans l'une des barques, qui était à Simon,
    et il lui demanda de s'éloigner un peu de la terre,
et s'étant assis, depuis la barque il enseignait les foules.
    
    Puis quand il eut cessé de parler, il dit à Simon :
« Avance vers le grand fond
et jetez vos filets pour pêcher. »
    Simon répondit et dit :
« Chef, toute la nuit nous nous sommes fatigués
    et nous n'avons rien pris,
mais sur ton mot je vais jeter les filets. »
et ils le firent,
    et ils prirent une grande multitude de poissons,
    et leurs filets craquaient !
alors ils firent signe aux associés dans l'autre barque
    pour qu'ils viennent les aider,
et ils vinrent
et remplirent les deux barques
    à les faire sombrer.
    
Alors en voyant ça Simon-Pierre
    tomba aux genoux de Jésus et dit :
« Éloigne-toi de moi,
    car je suis un homme pécheur, Seigneur ! »
car la terreur s'était emparée de lui et de tous ceux avec lui,
    pour la pêche des poissons qu'ils avaient pris —
de même pour Jacques et Jean, fils de Zébédée,
    qui étaient partenaires de Simon —,
mais Jésus dit à Simon : « Ne crains pas !
    désormais ce sont des hommes
que tu captureras. »

Et ils amenèrent les barques à terre,
    ils laissèrent tout,
et le suivirent.

(Luc 5, 1-11)

Commenter cet évangile