Partage d'évangile quotidien
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Se haïr soi-même

Mer. 8 Novembre 2023

Se haïr soi-même : il faut se haïr soi-même, haïr sa propre personne, son propre être, pour suivre Jésus. Nous pouvons être certains qu'un tel programme n'est pas une invention des premiers chrétiens : ce n'est pas avec ce genre de proposition qu'ils allaient séduire grand monde, qu'ils allaient conquérir les foules ! "Suivez-nous ! suivez-nous ! nous vous proposons le bonheur, haïssez tous vos proches, et tout particulièrement vous-même !" et pourquoi pas proposer le suicide immédiat, tant qu'ils y étaient ? Non, sérieusement, si les premiers chrétiens avaient inventé ça, ils se tiraient une balle dans le pied...

D'autres passages dans les évangiles ont des sens similaires, particulièrement : "si quelqu'un veut me suivre, qu'il se renie lui-même" (Matthieu 16, 24 ; Marc 8, 34 ; Luc 9, 23). Se renier, se haïr. On sait les ravages qu'ont pu engendrer ces paroles au cours de siècles de chrétienté mal comprise, dans une sorte de masochisme de complaisance, où se sacrifier pour les autres était censé être une vertu, qu'on pouvait alors revendiquer dans une forme de chantage aux bons sentiments. Or, ici, il n'est aucunement question de faire cela. D'une part il n'est absolument pas dit qu'on doive se haïr, se renier, renoncer à soi-même "pour s'effacer devant les autres".

Il n'est pas sûr, d'ailleurs, que cette attitude décrite comme nécessaire puisse être prise comme orientation de nos vies, comme programme à mettre en œuvre et réaliser. Pour la comprendre, il faut sans doute plutôt la rapporter à l'exemple que Jésus en a donné dans sa vie : a-t-il choisi de mourir sur la croix ? on doit en douter. Il y a là toute une théologie qu'il faut résolument refuser, celle du sacrifice exigé par Dieu, celle de la victime censément nécessaire en réparation des offenses des hommes, celle d'un Dieu vénal qui exigerait un paiement en échange de son amour, celle à laquelle on revient sans cesse du Dieu pervers.

Non, rien ni personne n'obligeait Jésus à mourir sur la croix, et il ne l'a pas cherché. Mais il l'a, à un moment, accepté, du moins il en a accepté le risque, mais il ne pouvait pas faire autrement sauf, justement, à se renier lui-même, parce que c'était le seul moyen d'arrêter la folie de ses disciples qui ne pouvaient pas le voir autrement que comme le messie politico-militaire qu'ils attendaient ; ils voulaient encore et toujours, comme tous les hommes depuis la nuit des temps et pour l'éternité : un chef. Ils voulaient échapper à leur liberté, à leur responsabilité d'avoir à faire des choix, à s'assumer...

 

Or des foules nombreuses faisaient route avec lui,
    et s'étant retourné il leur dit :
« Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas
    son père et sa mère
    et sa femme et ses enfants
    et ses frères et ses sœurs
    et même sa propre personne,
il ne peut être mon disciple.
Quiconque ne porte sa propre croix
    en venant derrière moi
ne peut pas être mon disciple.
    
Or qui de vous, voulant bâtir une tour,
    ne s'assied d'abord
et calcule la dépense, s'il a de quoi achever ?
de crainte que, ayant posé les fondations
    et n'ayant pas la capacité de finir,
tous ceux qui verraient
    commenceraient à se moquer de lui en disant :
"Cet homme a commencé à bâtir
    et n'a pas eu la capacité de finir !"
    
Ou bien quel roi,
sur le point d'entrer en guerre avec un autre roi,
    ne s'assied d'abord
et examine s'il est capable, avec dix mille,
de rencontrer celui qui, avec vingt mille,
    vient contre lui ?
et sinon, étant encore loin de lui,
    il envoie une ambassade
pour solliciter des conditions de paix.
    
Ainsi donc
    quiconque d'entre vous ne renonce pas à tous ses biens
ne peut être mon disciple. »

(Luc 14, 25-33)

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