Des choses extraordinaires, aujourd'hui
Le fils de l'homme a pouvoir de remettre les péchés : on pourrait commencer par se demander ce que signifie exactement ici cette expression "le fils de l'homme". Rappelons-le, en hébreu ou en araméen, l'expression "fils d'homme" désigne d'abord un "être humain", tout comme "fils d'âne" signifie "animal de l'espèce âne", "fils de mouton" signifie "animal de l'espèce mouton", etc. Ce qui définit un être humain, comme un animal de n'importe quelle espèce, c'est qu'ils ont été engendrés par des êtres humains, ou des animaux de leur espèce.
Ensuite, il y a, toujours en hébreu comme en araméen, un cas particulier d'utilisation de cette expression "fils d'homme", où elle sert à se désigner soi-même, étant alors un équivalent un peu contourné ou solennel pour dire "je". Dans cette expression particulière, c'est un peu comme si on disait "ce fils d'homme que je suis", cet homme qui est moi. Dans le contexte ici, où les interlocuteurs de Jésus s'offusquent de sa parole "tes péchés ont été pardonnés", le plus logique semble être que Jésus a simplement voulu dire "moi" j'ai le pouvoir de pardonner les péchés.
On pourra cependant remarquer deux choses. La première, c'est qu'en réalité Jésus n'avait pas prétendu avoir pardonné lui-même les péchés du paralysé, il s'était contenté de constater : tes péchés "ont été" pardonnés. Ce qui choquait peut-être le plus l'assistance, c'était que ce pardon se soit produit sans passer par la procédure théorique prévue pour cela, qui était l'offrande de sacrifices au Temple. Toute une partie de la Torah définit minutieusement quelles sont les offrandes à porter en sacrifice au Temple pour quels péchés. Mais il est vrai que ce n'est pas nouveau que Jésus mette en cause ce système, ne faisant de plus en cela que suivre l'exemple de son mentor Jean le Baptiste, qui baptisait déjà pour le "pardon des péchés".
La seconde remarque se base sur la conclusion que donne Matthieu dans sa version parallèle de ce même épisode : les foules glorifient le Dieu qui donne un tel pouvoir "aux hommes" (Matthieu 9, 8). L'expression, cette fois-ci, ne laisse plus d'ambiguïté, c'est "aux hommes" au pluriel, ce sont donc "les hommes" d'une manière générale, et non plus seulement Jésus, qui ont cette capacité.
Maintenant, attention, il n'est pas dit non plus que c'est n'importe qui, qui va pouvoir le faire... Le pouvoir, ou la capacité, théorique, oui, tout le monde l'a, mais en pratique... On sait bien, notamment, que l'église catholique prétend que n'importe lequel de ses prêtres aurait ce pouvoir réel. Faut-il nécessairement leur demander de le prouver par le même moyen que Jésus dans cet épisode, en guérissant un paralysé (ou un muet, ou un aveugle, etc.) ? Non, bien sûr que non, mais il faut cependant remarquer, comme dit déjà plus haut, qu'en réalité ce n'était pas Jésus qui avait pardonné les péchés du paralysé, c'était Dieu. Le vrai pouvoir dont il est question, n'est pas celui de pardonner à la place de Dieu, mais de savoir, et c'est déjà beaucoup, que Dieu a pardonné, et d'être capable d'en assurer l'autre, le "bénéficiaire", de telle manière qu'il en soit lui aussi tout-à-fait certain.
Ce qui suppose surtout d'avoir soi-même une connaissance intime de Dieu. Voilà toute la question...
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et il arriva en l'un des jours
et lui était à enseigner
et des pharisiens et des maîtres de la loi étaient assis
— qui étaient venus de tous les villages de la Galilée
et de Judée et de Iérousalem —,
et la puissance du Seigneur était en lui pour opérer des guérisons,
et voici, des hommes portant sur une litière
un homme qui était paralysé,
et ils cherchaient à le faire entrer
et à le mettre en face de lui,
mais ils n'ont pas trouvé comment le faire entrer,
à cause de la foule,
et étant montés sur la terrasse, à travers les tuiles
ils le descendirent avec sa litière,
au milieu, devant Jésus ;
alors ayant vu leur confiance, il dit :
« Homme ! tes péchés t'ont été pardonnés »
et les scribes et les pharisiens
commencèrent à faire des réflexions, disant
« Qui est-il celui-là qui dit des blasphèmes ?
qui peut pardonner des péchés sinon le seul Dieu ? »
alors Jésus, ayant connu leurs réflexions,
répondit et leur dit
« Pourquoi faites-vous des réflexions dans vos cœurs ?
quel est le plus facile :
dire "Tes péchés t'ont été pardonnés"
ou dire "Lève-toi et marche" ?
eh bien ! pour que vous sachiez que le fils de l'homme
a pouvoir sur la terre de remettre les péchés... »
il dit à celui qui avait été paralysé : « À toi, je dis :
Lève-toi !
et ayant pris ta litière, va dans ton logis ! »
et aussitôt, s'étant relevé devant eux,
et ayant pris ce sur quoi il était étendu,
il s'en alla dans son logis,
en glorifiant le Dieu
et une stupeur les saisit tous
et ils glorifiaient le Dieu et ils étaient remplis de crainte, disant :
« Nous avons vu des choses extraordinaires, aujourd'hui »
(Luc 5, 17-26)

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