Partage d'évangile quotidien
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Une paix sans commune mesure

Mar. 26 Décembre 2023

Au commencement, selon le livre de la "Genèse" (Bereshit), avant que l'univers ne soit manifesté ou créé, l'Esprit de Dieu "plane" sur les eaux. Les "eaux" représentent en fait symboliquement le néant ; c'est logique, avant que l'univers ne vienne à l'existence, il n'y a rien. La terre est "sans forme et vide" : autre façon de dire qu'elle n'existe pas. Rien n'existe, Dieu seul est présent, avec son Esprit qui "colle" au néant, qui est prêt à agir. Et : Dieu "dit", Dieu "parle". C'est dans ce tout début du tout début de la Torah qu'on trouve sans doute de la façon la plus claire l'idée de la Trinité que développera ultérieurement le christianisme : Dieu, l'Esprit de Dieu, et la Parole de Dieu (qui seront aussi appelés le Père, l'Esprit et le "Fils", mais cette dernière dénomination de "Fils" au lieu de "Parole" ou "Verbe" pose beaucoup trop de problèmes, il vaudrait mieux y renoncer).

Dans cette perspective, du rapport entre Dieu et l'univers, on voit que l'Esprit de Dieu est ce qui colle le plus à cette manifestation matérielle, et il le reste, c'est son rôle : il est le pôle immanent de Dieu, sa présence au cœur de tout ce qui est. Dieu en lui-même, ou le "Père", est ce qui reste le plus en dehors de cette manifestation, c'est son rôle à lui, il est le pôle transcendant de Dieu, ce en quoi il reste absolument distinct de la manifestation. Et puis il y a ce troisième pôle, la Parole, qui est comme le lien, ou la courroie de transmission, entre les deux, et de fait, au-delà de son rôle initial de faire venir à l'existence l'univers, son rôle de création, c'est elle aussi qui accompagne le développement ultérieur de cet univers, toute son évolution, qui l'oriente, la guide.

Et quand au cours de cette évolution on arrive au stade de l'être humain, c'est-à-dire d'un être conscient (car ceci se produit certainement aussi sur d'innombrables autres planètes que la nôtre seule, dans les immensités de l'univers), c'est encore et toujours par la Parole que Dieu communique avec ces êtres conscients. Par ce mot de "Parole", on peut entendre évidemment toute la notion de "prophétie", de "prophètes", de personnes qui reçoivent cette "parole" venant de Dieu à destination des hommes, mais cette notion de prophétie peut aussi être destinée plus modestement à la seule personne qui la reçoit, on parle alors plutôt d'inspiration, comme ici où, arrêtés, menés devant des tribunaux, il est assuré aux futurs premiers chrétiens que c'est "l'Esprit de votre père qui dira en vous" : l'Esprit leur soufflera la Parole venant de Dieu lui-même.

Cette présence en nous de l'Esprit qui nous inspire, qui nous communique la Parole de Dieu qui nous est personnellement destinée, ne se produit évidemment pas seulement dans de tels moments aigus, elle est permanente, et, dans les moments beaucoup plus calmes, où les circonstances n'exigent rien de spécial de nous, elle peut se manifester à notre conscience par un type de son, intérieur, particulier, bien identifié, bien documenté aussi, par les traditions spirituelles de toutes obédiences, un son qui produit en nous une paix sans commune mesure avec quoi que ce soit d'autre, un havre auquel se ressourcer et puiser des forces, jusqu'à ce que le monde exige de nouveau notre présence, mais auquel on sait qu'on ne pourra jamais que revenir, ne serait-ce que lorsque nous quitterons cette vie-ci...

 

 

mais défiez-vous des hommes
car ils vous livreront à des sanhédrins,
    et dans leurs synagogues ils vous fouetteront,
et devant des gouverneurs aussi et des rois vous serez amenés,
    à cause de moi
en témoignage pour eux et pour les nations

aussi quand ils vous livreront
    ne vous inquiétez pas
de comment ou quoi dire
car il vous sera donné à cette heure-là
    quoi dire
car ce n'est pas vous qui direz
    mais l'Esprit de votre père qui dira en vous

alors le frère livrera le frère à la mort,
    et le père l'enfant,
et se lèveront les enfants contre les parents
et ils les feront mourir
et vous serez haïs par tous
    en raison de mon nom
mais qui aura enduré jusqu'à la fin,
    lui, sera sauvé

(Matthieu 10, 17-22)

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