Pour que l'homme devienne Dieu
les convives de la noce ne peuvent pas s'affliger tant que l'époux est avec eux mais viendront des jours où l'époux leur aura été enlevé et alors...
Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Cet aphorisme a résonné comme un leitmotiv dans les premiers siècles du christianisme. Non pas immédiatement après la mort et résurrection de celui qui allait être identifié à Dieu, mais précisément à partir du moment où s'est faite cette identification. À ce moment-là, c'est un propos que se mettent à tenir ceux qu'on appelle les "pères" de l'Église, ceux qui vont en deux ou trois siècles élaborer les principaux dogmes : si Dieu est venu habiter l'humanité en un homme particulier, c'est pour que tous puissent eux aussi accéder à cette même divinité. À chaque messe, le prêtre le dit encore en ajoutant une goutte d'eau au vin dans le calice : comme cette eau se mêle au vin puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité.
Quand donc les "convives de la noce", qui désignent ici ceux qui partageaient la vie de Jésus dans son ministère public, se verront-ils enlever l'époux ? On pense évidemment en premier à la période entre la mort sur la croix et les premières apparitions après la résurrection. On ne sait pas combien de temps a réellement duré cette période. La découverte du tombeau vide s'est sans doute bien produite le surlendemain de l'ensevelissement, mais la signification de cette disparition du corps, elle, a pu être beaucoup plus longue à venir. L'évangéliste Jean, le Judéen de la famille de Hanne, semble l'avoir comprise aussitôt. Pour les Galiléens, si on en croit le récit de pêche miraculeuse donné par le même Jean, il semble qu'ils étaient repartis chez eux, et avaient repris leur ancien métier, avant que la lumière ne se fasse en eux.
Tel est alors vraisemblablement ce temps d'absence de l'époux. Ce n'est pas vraiment lui qui s'est absenté, ou si peu, ce sont plutôt les convives qui ont mis plus ou moins de temps à le retrouver, on peut dire aussi à réaliser toute la portée de ce qu'ils n'avaient — c'est ce dont ils se rendent compte bien après coup — en fait pas compris du tout de son vivant. L'évangéliste Luc, quant à lui, a préféré matérialiser cette prise de conscience, cette entrée dans le mystère, par un second événement qu'il a situé à la fête de Chavouot, la "Pentecôte", sous la forme d'une venue de l'Esprit. Oui, l'esprit a bien fini par venir à ces braves gens, ils sont alors effectivement nés de Dieu.
Nés de Dieu, c'est encore une manière de parler. De toutes façons, comme vu hier, telle est notre existence même dès notre origine, c'est le souffle-esprit insufflé par Dieu dans nos narines qui fait de chacun.e de nous des êtres humains... nous sommes, chacun.e, une incarnation de Dieu. Même si cela ne nous empêche aucunement de n'en faire, parfois ou souvent, qu'à notre tête ! Cette présence qui est notre origine ne s'impose aucunement, en sorte qu'on peut très bien arriver à sa mort sans s'en être jamais préoccupé, et ceci ne préjuge de plus aucunement de ce qu'on en ait été digne ou pas, autrement dit de l'à propos de nos comportements au cours de cette vie, à la fois la nôtre, et la sienne par procuration en somme
Là donc réside l'inconvénient de la déification de Jésus telle que comprise ultérieurement. Ces "pères" qui proclamaient cet aphorisme "Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu" le comprenaient pourtant encore en partie. Mais c'est le destin général de tout prophète, d'éveiller pour un temps, d'apporter quelque lumière, une lumière qui finit inexorablement par se trouver étouffée sous un formalisme, un dogmatisme, parce que l'expérience vivante se perd, et il n'en reste plus alors que la coquille...
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alors s'approchent de lui les disciples de Jean
disant
« pourquoi nous-mêmes et les pharisiens nous jeûnons beaucoup
mais tes disciples ne jeûnent pas ? »
et Jésus leur dit
« les convives de la noce
ne peuvent pas s'affliger
tant que l'époux est avec eux
mais viendront des jours
où l'époux leur aura été enlevé
et alors ils jeûneront »
(Matthieu 9, 14-15)

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