Histoires d'héritages
Les soldats prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chacun ; mais la tunique était sans couture tout entière d'un seul tissage, ils se dirent donc les uns aux autres « ne la déchirons pas mais tirons au sort pour qui elle sera »
Il "livra" l'Esprit, il le donna. Est-ce un hasard si l'évangéliste utilise précisément ce même verbe, paradidómi, par lequel les quatre évangiles caractérisent l'action de Judas : Judas a livré, donné, Jésus à ses ennemis, et Jésus, lui, livre, donne, l'Esprit. Il est certain que l'expression veut rappeler aussi l'idée bien classique que, quand on meurt, on "rend" l'esprit, mais paradidómi dit plus que cela.
paradidómi signifie plutôt "transmettre", notamment transmettre un héritage ou une fonction, une responsabilité, une charge. S'il y a donc bien l'idée que ce que l'on transmet nous avait au préalable était confié, que nous l'avions reçu, il n'y a pas cependant cette notion que le destinataire de la transmission serait celui qui nous avait d'abord confié ce que nous rendrions. Les traductions qui disent que Jésus "rendit" l'Esprit sont donc abusives. Il ne s'agit certainement pas que Jésus rende au Père l'Esprit qu'il avait reçu de lui pour venir à la vie, mais il le transmet à sa postérité, à qui veut en bénéficier à son tour.
On peut noter au passage que la transmission qu'effectue Judas en "livrant" Jésus est d'un tout autre ordre, puisque celle-ci est destinée, non à bénéficier au plus grand nombre, mais au contraire à permettre l'anéantissement de celui qui est ainsi transmis...
Mais revenons à l'Esprit que Jésus, transmet, donc : il faut remarquer aussi qu'il est donc sous-entendu que cet Esprit n'est pas le sien propre, il ne prétend pas en être l'auteur, il lui a été confié à lui aussi, comme d'ailleurs il est confié à tout être humain depuis les origines et tant qu'il y en aura. C'est l'Esprit de Dieu, c'est celui qui planait sur les eaux avant que l'univers ne soit manifesté, c'est aussi celui que YHWH insuffle en chaque être humain pour le faire venir à la vie. Ce que Jésus transmet, donc, c'est ce que, lui, a fait de cet Esprit par sa vie. Et d'une certaine façon, il nous est donc possible d'en bénéficier.
Jésus est-il le seul dans ce cas ? je ne le crois pas. Je crois qu'il y a une certaine alchimie de ce que chacun fait de cet Esprit reçu de Dieu, c'est le même Esprit que tous nous recevons, de Dieu, mais aussi de tous ceux qui nous ont précédé dans la vie et dans le monde, et que nous transmettrons à notre tour quand nous mourrons. Teilhard de Chardin parle de la noosphère, à celle-ci participent tous les êtres humains, les anonymes comme les grandes figures spirituelles.
Jésus y a-t-il une place prépondérante ? pour moi certainement, mais je ne vois pas pourquoi je devrais en conclure qu'il devrait en aller de même pour tout le monde. Je comprends très bien que pour d'autres cela puisse être Gautama, ou Muhammad, ou... C'est là à mon sens une question secondaire. Je ne crois pas, je l'espère bien, que dans l'Esprit il y ait lieu de se disputer pour savoir qui serait le plus grand...
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alors ils prirent Jésus
et portant lui-même la croix
il sortit vers le lieu dit du Crâne
qui se dit en hébreu Golgotha
où ils le crucifièrent
et avec lui deux autres, un d'un côté et l'autre de l'autre
et au milieu Jésus
Pilate fit aussi écrire une pancarte et la fit mettre sur la croix
où il était écrit
"Jésus le nazoréen, le roi des Judéens"
aussi cette pancarte
beaucoup des Judéens la lurent
car le lieu où Jésus fut crucifié
était proche de la ville
et c'était écrit en hébreu, latin, grec
aussi les grands prêtres des Judéens disaient à Pilate
« ne fais pas écrire "le roi des Judéens"
mais que "celui-ci a dit je suis le roi des Judéens" »
Pilate répondit
« ce que j'ai écrit je l'ai écrit »
et les soldats, quand ils eurent crucifié Jésus
prirent ses vêtements et firent quatre parts
une part pour chaque soldat
et la tunique
mais la tunique était sans couture
tout entière d'un seul tissage depuis le haut
ils se dirent donc les uns les autres
« ne la déchirons pas
mais tirons au sort pour qui elle sera »
(afin que l'Écriture soit accomplie qui dit
"ils se sont partagé mes vêtements entre eux
et sur mon vêtement ils ont jeté le dé")
et c'est ce que firent les soldats
et près de la croix de Jésus se tenaient
sa mère
et la sœur de sa mère
Marie celle de Clopas
et Marie la Magdaléenne
et Jésus ayant vu la mère
et à côté le disciple qu'il aimait
dit à la mère
« femme voici ton fils »
puis il dit au disciple
« voici ta mère »
et de ce moment-là le disciple la prit chez lui
après cela Jésus, sachant que maintenant tout a été accompli
pour que l'Écriture soit accomplie,
dit
« j'ai soif »
un récipient était là plein de vinaigre
alors ayant attaché à une tige d'hysope une éponge pleine du vinaigre
ils la portèrent à sa bouche
et quand Jésus eut pris le vinaigre il dit
« c'est accompli »
et ayant incliné la tête il livra l'Esprit
(Jean 19, 17-30)

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