Manger la pâque
Allez dans la ville chez untel et dites-lui "Le Maître dit : mon temps est proche, chez toi je fais la pâque avec mes disciples" » et les disciples firent comme leur avait indiqué Jésus et ils préparèrent la pâque.
Allez chez untel : quand ils le connaissent, les évangiles, d'une manière générale, n'hésitent pas à nous donner le nom des personnes qui interviennent, même ponctuellement. Pour ce repas du jeudi soir, si Jésus a dit "allez chez untel", ce n'est sûrement pas le mot "untel" qu'il a employé, mais le nom précis de la personne en question. Pourquoi alors l'évangéliste ne veut-il pas le mentionner ?
Il peut y avoir deux explications, non exclusives, à cet anonymat. La première est que cette personne ne veut pas que son identité soit connue. À l'époque où les évangiles se sont progressivement constitués et finalement ont été mis par écrit, les relations entre les autorités juives et les disciples de Jésus étaient pour le moins difficiles : emprisonnements, meurtres. Si le "untel" était précisément quelqu'un issu du sérail, croyant en Jésus, mais préférant rester en même temps intégré dans son milieu d'origine, un peu comme une "taupe", il fallait évidemment que rien ne puisse faire remonter jusqu'à lui.
Il se trouve qu'il est de plus en plus admis que l'auteur de l'évangile de Jean était précisément dans ce cas, membre de la famille de Hanne le grand prêtre, se désignant lui-même dans son évangile sous l'expression "le disciple que Jésus aimait" justement pour qu'on ne puisse pas l'identifier. Le "untel" ici, chez Matthieu, aurait donc le même but, ne pas trahir celui qui, par son insertion au plus près des plus hautes instances religieuses, pouvait alerter les autres quand de nouvelles décisions de persécutions étaient prises, par exemple.
Ceci explique alors les dimensions exceptionnelles de cette salle dans laquelle ils vont faire ce repas. Matthieu, ici, ne nous en dit rien, mais Marc utilise le mot κατάλυμα (kataluma) qui signifie une "hôtellerie", une "auberge", le même mot utilisé par Luc quand Marie enceinte et Joseph arrivent à Bethléem et qu'ils veulent aller à l'auberge. Une salle à l'étage d'une maison qui serait une auberge à elle seule ? oui, parce que les auberges ou hôtels de l'époque, c'était ça, juste une grande salle, il n'y avait pas de chambres, seulement une salle commune dans laquelle tout le monde s'entassait pour passer la nuit...
Nous comprenons alors que "untel", c'est quelqu'un qui a largement les moyens, puisque dans sa maison, il y a à l'étage, une salle grande comme une salle d'auberge...! D'ailleurs, un autre indice de la taille de cette salle nous est donné par les Actes des Apôtres, puisqu'on pense que c'est dans cette même salle que les disciples sont restés jusqu'à la Pentecôte, et c'est là qu'ils ont élu le successeur de Judas pour le groupe des Douze, et le texte nous dit que ce jour-là ils étaient environ cent vingt. Cent vingt réunis dans cette salle : on n'est vraiment pas dans le cadre d'une salle à manger bourgeoise pour papa, maman, la fille et le garçon.
Accessoirement, cela signifie aussi qu'il est fort peu crédible que ce repas de la Cène n'ait réuni que Jésus avec les Douze : comment les imaginer à seulement une bonne dizaine dans une salle grande comme une salle de bal ? mais ceci dit juste en passant, pour ceux qui s'appuient sur une telle fiction pour justifier que la prêtrise ne soit réservée qu'aux hommes. Il semble évident qu'il n'y avait pas que les Douze à ce repas d'adieux, mais aussi tous les disciples, hommes comme femmes, qui étaient montés à Jérusalem accompagner Jésus dans ces derniers moments (où seraient-ils allés sinon ?), soit à peu près les mêmes qui y resteront cachés quelques temps, une grosse centaine donc, au minimum.
Et c'est donc bien à tous qu'il a demandé de perpétrer ce rite en mémoire de lui, prendre du pain, le bénir, le rompre, etc., il n'y a pas de raison de réserver ces gestes à seulement quelques uns...
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alors l'un des douze, le nommé Judas Iscariote
étant allé vers les grands prêtres
dit
« que voulez-vous me donner ?
et moi je vous le livrerai »
et ils lui pesèrent trente pièces d'argent
et de ce moment il cherchait une occasion pour le livrer
puis le premier jour des azymes
les disciples s'approchèrent de Jésus en disant
« où veux-tu que nous te préparions
pour manger la pâque ? »
il dit
« allez dans la ville chez untel et dites-lui
"Le Maître dit :
mon temps est proche
chez toi je fais la pâque avec mes disciples" »
et les disciples firent comme leur avait indiqué Jésus
et ils préparèrent la pâque
puis le soir étant arrivé
il était allongé à table avec les douze
et ils mangeaient et il leur a dit
« amen je vous dis qu'un de vous me livrera »
et étant extrêmement peinés ils commencèrent à lui dire chacun pour lui
« ce n'est pas moi Seigneur ? »
et répondant il a dit
« celui qui a plongé avec moi la main dans le plat
lui me livrera
ainsi le fils de l'homme s'en va
comme il a été écrit à son sujet
mais malheureux l'homme !
celui par lequel le fils de l'homme est livré
il aurait été mieux pour lui s'il n'était pas né
cet homme »
alors répondant, Judas qui le livrait dit
« ce n'est pas moi rabbi ? »
il lui dit
« tu l'as dit »
(Matthieu 26, 14-25)

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