À quoi bon tout ça ?
Puis quand vint le soir ils descendirent au lac et, étant montés en barque, ils allaient de l'autre côté ; les ténèbres déjà étaient là et, avec un fort vent qui soufflait, la mer se réveillait...
Les eaux, dans la Bible, sont un symbole du néant. Au commencement, avant toute création, il est dit que le Souffle de Dieu planait sur les eaux : avant toute création, il n'y avait que Dieu ! Dieu et son souffle, autrement dit son Esprit, et les eaux représentent donc le rien, le néant d'où sortira la création. Synonymes de néant, les eaux le sont donc aussi de la mort considérée comme un retour au néant, au rien. Marcher sur les eaux peut alors évidemment être considéré comme signifiant symboliquement marcher sur le néant, marcher sur la mort, être plus fort que la mort, et nombre de commentateurs ne se privent pas de lire ainsi cette histoire où Jésus rejoint les disciples, aux prises avec un vent contraire, en "marchant sur les eaux".
Oui, certes. Mais enfin : y avait-il vraiment besoin d'inventer cette histoire-là (tout comme d'ailleurs celle de la tempête apaisée), alors que, s'il ne s'agit que de construire des symboles, celui de la Résurrection suffirait à lui seul, et même dirait beaucoup mieux, beaucoup plus clairement, cette suprématie du héros sur la mort, non ? Calmer une tempête, marcher sur l'eau, très bien, mais quand même, ça ne vaut pas se relever du tombeau sans avoir jamais à y retourner un jour ! Et d'autre part, quelle que soit la réalité qu'on veuille accorder à ce genre de manifestations, il n'y a pas que de Jésus dont il ait été dit, au cours de l'histoire des hommes, qu'il ait été revu après sa mort, alors, quand on en est là, pourquoi pas être vu marcher sur l'eau ?
Les témoignages, en effet, ne manquent pas d'apparitions post-mortem, qu'on peut bien sûr comprendre comme étant des hallucinations, même si ces hallucinations ne sont pas forcément que visuelles et auditives mais peuvent parfois concerner même le toucher ou l'odorat. De même, les témoignages ne manquent pas non plus de personnes vues simultanément en plusieurs lieux distants de centaines ou milliers de kilomètres (une telle capacité ne semble cependant pas avoir été attribuée à Jésus ; pourquoi ? manque d'imagination des évangélistes ? ou, bien que cela se soit produit, les faits n'ont cependant pas été constatés par recoupement de témoignages ? ou simplement parce que cela n'est jamais arrivé ? on n'est quand même pas dans un jeu collector de tous les types de manifestations surnaturelles possibles...)
En fait, on pourrait simplifier en disant que tout est possible dans l'absolu, mais qu'il ne s'agit précisément pas d'un jeu. Certains phénomènes peuvent se produire, comme, pour revenir à quelque chose d'un peu moins exotique, des guérisons surprenantes, inattendues, mais avec quelles conséquences ? si c'est, comme cela s'est produit pour Jésus, pour que tous, y compris ses plus proches compagnons, veuillent le mettre au pouvoir pour être sûrs d'avoir toujours à manger sans rien avoir à faire pour cela que d'ouvrir leur bouche à la becquée... Là est peut-être le mystère le plus intrigant concernant cet homme : la profusion de signes qui nous sont rapportés ne pouvait qu'aboutir à ce qui s'est passé, cette infantilisation d'une part des témoins, et d'autre part la conséquence inéluctable de la part des autorités, son élimination.
/image%2F0553225%2F20240413%2Fob_422fa7_20240413.jpg)
puis quand vint le soir ses disciples descendirent à la mer
et étant montés en barque
ils allaient de l'autre côté de la mer vers Capharnaüm
les ténèbres déjà étaient là
et Jésus n'était toujours pas venu vers eux
et avec un fort vent qui soufflait la mer se réveillait
puis ayant ramé environ vingt-cinq ou trente stades
ils virent Jésus marchant sur la mer
et arrivant auprès de la barque
et ils furent effrayés
mais il leur dit
« c'est moi
ne soyez pas effrayés ! »
ils voulaient alors le prendre dans la barque
mais aussitôt la barque arriva à terre
là où ils allaient
(Jean 6, 16-21)

Commenter cet évangile