Fils de David !
Beaucoup l'engueulaient pour qu'il se taise, mais d'autant plus il criait : « Fils de David ! aie pitié de moi ! » ; et, s'étant arrêté, Jésus dit : « Appelez-le ! » et ils appellent l'aveugle en lui disant : « Courage ! Lève-toi ! il t'appelle. »
C'est un tournant ! Jéricho, ville charnière. Jésus entre en Judée. Jusque là, selon les synoptiques, il a sévi — exercé son ministère — surtout en Galilée, sa province natale, et un peu dans les contrées païennes voisines, mais il ne s'est pas rendu en Judée. Il se méfie de la Judée, il sait que c'est là que se jouera son destin, même s'il ne sait pas forcément que cela se finira mal, tout en s'en doutant. Tant qu'il était en Galilée, il était soutenu, a minima en tant qu'enfant du pays. Même par les pharisiens, malgré l'image générale négative qui en est donnée (ce sont eux qui le préviennent à un moment que Hérode cherche à l'arrêter...), mais d'une manière générale aussi par l'ensemble de la population. Surtout à cause des miracles, évidemment, de toutes ces guérisons.
Jéricho, ville charnière, entrée en Judée quand on vient de la Galilée en suivant la vallée du Jourdain. Ville charnière aussi parce que, à partir de là, il va falloir se payer une belle ascension de plus de mille mètres de dénivelée, alors que jusque là on était resté à peu près sur du plat, voire même très légèrement descendu. Et voici le dernier miracle, la dernière guérison : tout un symbole. Comme un dernier avertissement. La suite ne sera plus composée que de controverses, enseignements, prospectives, perspectives, et bien sûr, le drame final, la trahison du sanhédrin, qui sait très bien qu'il livre un innocent à l'ennemi occupant, mais un innocent qui menace son pouvoir, qui menace son business, le chien dans le jeu de quilles, celui qui ne veut pas rester dans les cases prévues pour lui.
Le dernier miracle, la dernière guérison. Il est rare, exceptionnel même, dans les évangiles, qu'une personne interpelle Jésus en l'appelant "fils de David". Encore un symbole. On approche de Jérusalem, justement la ville de David roi, en voici donc un, enfin, qui reconnaîtrait cette messianité de Jésus sous cette forme, celle du roi ? pour lui, pour cet homme-là, en tout cas, voilà ce qu'il attend de son roi. Pas qu'il siège sur un trône, pas qu'il commande des armées et lève des impôts ; si tout ceci est nécessaire, tant pis, mais qu'il prenne avant tout soin de son peuple, c'est ça la seule raison d'être d'un roi, comme de tout pouvoir terrestre.
Jésus joue-t-il l'idiot en le lui demandant : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?", cela ne tombe-t-il pas sous le sens ? n'est-ce pas évident qu'un aveugle veuille par dessus tout recouvrer la vue ? oui, mais, en même temps, il fallait que ce fils de Timée le dise. Son "nom", Bartimée, signifie seulement cela, qu'il est fils d'un autre, comme si il n'avait pas de nom qui lui soit personnel, comme s'il n'avait pas d'existence propre. Alors Bartimée le dit, exprime, peut-être pour la première fois, son désir, ce qu'il veut, ce qu'il attend de la vie, et on note que Jésus ne fait rien de plus que constater que "ta foi t'a sauvé" ; pas de geste, de salive dans les yeux, d'imposition des mains, rien, que cet état de fait, c'est sa foi qui l'a guéri.
On peut évidemment penser qu'il en a en fait toujours été ainsi, pour toutes les autres guérisons ; c'est même certain ! s'il y a eu des guérisons — et c'est un des faits les plus largement admis historiquement parlant à propos de Jésus, qu'il avait au moins la réputation d'un guérisseur particulièrement doué —, cela implique nécessairement et principalement que les personnes voulaient guérir et ont cru que c'était possible, et tel est donc le message de cette toute dernière guérison rapportée par les trois évangiles synoptiques : Jésus ne va plus être là, plus vivant en chair et en os, mais peu importe, cela ne change absolument rien, fondamentalement. Tout est entre nos mains. Nos guérisons. Notre destinée.
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et ils viennent à Jéricho
et en sortant de Jéricho
lui et ses disciples et une assez grande foule
le fils de Timée, Bartimée, aveugle, mendiant
était assis au bord du chemin
et ayant entendu que c'est Jésus le Nazarène
il commence à crier et à dire
« Jésus fils de David ! aie pitié de moi ! »
et beaucoup l'engueulaient
pour qu'il se taise
mais d'autant plus il criait
« fils de David ! aie pitié de moi ! »
et s'étant arrêté Jésus dit
« appelez-le ! »
et ils appellent l'aveugle en lui disant
« courage ! lève-toi ! il t'appelle »
alors ayant jeté son manteau et bondi
il vint à Jésus
et lui répondant Jésus a dit
« que veux-tu que je fasse pour toi ? »
et l'aveugle lui a dit
« rabbouni ! que je recouvre la vue ! »
et Jésus lui a dit
« va ! ta foi t'a sauvé »
et aussitôt il recouvra la vue
et il le suivait sur le chemin
(Marc 10, 46-52)

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