Partage d'évangile quotidien
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Ils ne comprennent pas

Mar. 21 Mai 2024

Étant partis de là, il enseignait ses disciples et leur disait : « Le fils de l'homme est livré aux mains de l'homme, et ils le tueront, et ayant été tué, après trois jours il se lèvera. »

Ils ne comprennent pas ces paroles, mais qu'est-ce qu'ils ne comprennent pas exactement ?

En premier, ils ne comprennent pas cette histoire qu'il va mourir, être tué, alors qu'ils considèrent qu'il est le messie, le sauveur, celui qui va rétablir Israël dans sa souveraineté, chasser les romains, prendre possession du trône, et eux, ses disciples, seront les premiers, les grands, les chefs, de ce royaume. Deux mille ans de christianisme nous ont appris, plutôt mal que bien mais enfin, que la royauté de Dieu n'est pas de cet ordre-là, du moins ne devrait pas l'être, mais pour eux, à leur époque, c'était inconcevable. Ils ne comprennent donc pas cette histoire-là, qu'il va mourir, sans avoir rien réalisé de ce qu'il est censé faire.

C'est aussi pour cette raison qu'il ne voulait pas qu'on sache qu'il passait là. On n'est plus dans la période d'envoi en mission, où au contraire il parcourait tout le pays en prêchant et guérissant. C'est fini, tout ça. Il a compris que les guérisons n'ont eu pour conséquence que de créer un malentendu, et qu'elles ne feraient que l'entretenir. Il découvre qu'il s'est forgé lui-même un piège, et un piège sans issue. Donnez aux gens, comme tombant du ciel, santé et nourriture, et ils redeviendront forcément, automatiquement, des irresponsables, des bébés, attendant que ça continue ainsi éternellement. Et les disciples ne font pas exception, ils sont exactement dans ce même état d'esprit, avec juste l'idée en plus que, eux, seront au sommet de la pyramide, de la hiérarchie !

Mais en second, ce qu'ils ne comprennent pas non plus, c'est cette histoire de se lever après sa mort. La résurrection en laquelle croient les pharisiens à l'époque — et il est raisonnable de penser que les disciples de Jésus adhéraient à cette conception des choses — est une résurrection qui doit se produire à la fin des temps, laquelle fin des temps sera justement inaugurée par la venue du messie. Il y a donc une contradiction en soi : le messie n'est pas censé mourir pour pouvoir inaugurer la résurrection, au contraire. Et cette perspective eschatologique est tellement prégnante que, une fois Jésus "ressuscité", réapparu après sa mort, puis "monté au ciel", les disciples penseront que ce départ n'est que provisoire, que très vite il va revenir, et enfin, on y sera, à la fin des temps, au Royaume.

Et le christianisme est aujourd'hui encore, le plus officiellement, le plus orthodoxement, du monde, dans cette même perspective, le temps et l'histoire continuent, mais ce n'est que provisoire, ce n'est que partie remise, Jésus reviendra, Jésus finira par revenir, et ce sera la résurrection de tous les morts depuis les origines de l'univers, et le commencement du Royaume. Une telle perspective me semble, pour ma part, particulièrement douteuse. Elle part peut-être d'un bon sentiment, voulant que toute l'humanité soit associée dans un événement commun, partagé par tous, affirmant ainsi une forme de solidarité interne à toute l'espèce.

Mais je voudrais surtout dissiper une ambiguïté que j'ai eu à rencontrer récemment encore, sur la différence entre résurrection et simple retour à la vie de personnes qu'on avait considérées comme mortes. On parle ainsi de la "résurrection" de Lazare, de la "résurrection" de la fille de Jaïre, de la "résurrection" du fils de la veuve de Naïn, et de nombreux autres exemples, tant dans la Bible que dans d'autres traditions religieuses ou cultures, mais le terme est alors impropre : ces personnes, qui sont revenues à la vie, vont finir par mourir, et cette fois de leur belle mort, définitive. Il vaudrait mieux, dans leur cas, parler de "réanimation", alors que la résurrection, elle, est un retour à la vie définitif.

Ceci dit juste en passant...

 

 

étant partis de là ils passèrent à travers la Galilée,
    et il ne voulait pas que personne ne le sache
    car il enseignait ses disciples et leur disait
« le fils de l'homme
est livré aux mains de l'homme
et ils le tueront
    et ayant été tué
    après trois jours il se lèvera »
mais eux ne comprenaient pas ces paroles
    mais ils redoutaient de le lui demander
    
et ils parvinrent à Capharnaüm
    et étant arrivé dans la maison il leur demandait
« en chemin de quoi discutiez-vous ? »
    mais eux restaient silencieux
car ils s'étaient querellés les uns les autres en chemin
    sur qui est le plus grand
et s'étant assis il appela les douze et leur dit
« si quelqu'un veut être premier
    qu'il soit dernier de tous
    et serviteur de tous »

puis ayant attiré un enfant il le mit au milieu d'eux
    puis l'ayant serré dans ses bras il leur dit
« qui accueille un tel de ces enfants en mon nom
    c'est moi qu'il accueille
et qui m'accueille
    ce n'est pas moi qu'il accueille
mais celui qui m'a envoyé »

(Marc 9, 30-37)

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