Joie et Paix
Parfois on ne prêtera même pas attention à ces faits, tellement nous sommes enfermés dans la rationalité scientifique qui est devenue hégémonique dans nos cultures au-delà du domaine qui aurait dû rester le sien.
Ils sont nombreux celles et ceux qui ont bénéficié, au moins une fois dans leur vie, d'un événement, ou d'une expérience, hors du commun, surnaturels. Bien sûr, ce ne sont pas toujours de ces événements aussi extraordinaire que ceux dont parlent Éric Emmanuel Schmitt ("La nuit de feu") ou André Comte-Sponville ("L'esprit de l'athéisme"), cela peut être juste une petite chose un peu bizarre, un moment hors du temps, une prémonition venue sans raison et qui se réalise, de nombreuses sortes de ces petites bizarreries, où les lois habituelles de l'espace et du temps sont comme momentanément abolies, ou d'autres sortes encore.
Parfois, souvent (?), on ne prêtera même pas attention à ces faits, tellement nous sommes enfermés, d'une part dans nos conditions de vie quotidiennes, et d'autre part dans la rationalité scientifique qui est devenue hégémonique dans nos cultures au-delà du domaine qui aurait dû rester le sien. C'est ainsi que nombre de personnes vont plonger dans des abîmes de dépression et d'angoisse, au minimum, parfois de paranoïa et de schizophrénie, alors qu'il aurait suffi qu'elles puissent accepter la réalité de ce qu'elles ont vécu là, qu'elles le puissent parce que non encore complètement éteintes par cette rationalité dictatoriale dont elles ont été imprégnées, que se soit dans le passé ou le présent.
Heureusement, quand même, d'autres ont la chance d'avoir pu accepter ce qui leur est ainsi arrivé. Accepter ne signifie pas nécessairement le comprendre, ni à plus forte raison savoir quoi en faire, mais au moins ne pas le refuser, et, pour certains, l'expérience peut même finir par devenir centrale, soit qu'il s'agisse d'une expérience qui peut se reproduire de manière similaire, s'approfondissant de plus en plus, devenant comme une seconde nature (pour ne pas dire la première...), soit que d'autres expériences d'autres types se produiront aussi, peu importe.
Certains qualifieront, l'état d'esprit que leur procurent ces états, plutôt de "paix", cela leur donne une paix profonde, indéracinable, comme un roc sur lequel on est fondé. Il en était question il y a deux jours. Aujourd'hui, dans la suite de ces paroles rassemblées dans la bouche de Jésus par l'évangéliste, il est question de la joie. Après avoir voulu laisser à ses disciples sa paix, celle dans laquelle il baigne lui-même, voici maintenant qu'il veut leur transmettre sa joie. C'est effectivement l'autre façon de caractériser ce même état d'esprit ; certains mettront plus l'accent sur la paix, d'autres sur la joie, mais c'est du même état d'esprit qu'il s'agit.
Alors, évidemment, on ne parle pas de cette joie exubérante, toute extérieure, du supporter de foot imbibé de bière, etc. (je n'ai rien de plus particulièrement contre les supporters de foot, et guère plus contre la bière...) non, bien sûr, c'est d'une joie parfaitement paisible dont il s'agit, ce qui n'empêche qu'on puisse aussi la qualifier de jubilation, comme dans le "magnificat" ("exulte mon esprit..."). C'est certainement le même genre de joie que celle du "eureka" d'Archimède et de tout chercheur honnête et sincère, une joie unie à la paix dans un sentiment de plénitude, d'achèvement, de complétude, de la raison même de notre existence enfin révélée...
Ce qui ne veut, de plus, absolument pas dire que ce soit la fin pour nous, bien au contraire : tout commence à partir de ce moment-là !
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comme m'a aimé le Père
moi aussi je vous ai aimés
demeurez dans l'amour, le mien
si vous gardez mes commandements
vous demeurerez dans mon amour
de même que moi j'ai gardé les commandements de mon Père
et que je demeure dans son amour
je vous ai dit ces choses
afin que la joie, la mienne, soit en vous
et que votre joie soit complète
(Jean 15, 9-11)

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