Il suffit de recevoir
Tout est don, don reçu d'abord, puis don qu'on voudra partager ensuite, sans restrictions, sans limites ; mais peut-être pas sans précautions pour autant ?
Entrer sous le Règne de Dieu — on dit aussi entrer dans le Royaume de Dieu — est décrit dans les évangiles tantôt comme une démarche on ne peut plus simple, tellement simple même qu'il n'y aurait absolument rien à faire, ça se fait tout seul, comme le dit la parabole du grain semé en terre et qui, que l'on soit endormi ou vigilant, pousse de toutes façons tout seul de lui-même jusqu'à la moisson (Marc 4, 26-29), ou encore celle de la toute petite graine qui finit par donner, d'elle-même aussi, toute seule, un grand arbre (Marc 4, 30-34 ; Matthieu 13, 31-32 ; Luc 13, 18-19). Mais tantôt aussi il est question de très grandes difficultés, de "beaucoup d'appelés mais peu d'élus", ou encore comme ici de "porte étroite". Comme si la simplicité était la chose la plus difficile à trouver.
Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Quand on s'est inventé une quantité de supposées nécessités, de conditions qu'on estime indispensables et non négociables, la plupart du temps sans même les avoir vraiment choisies, simplement parce qu'on les a reçues du milieu dans lequel on est né : malheur à vous, les riches ! vous les riches matériellement, qui êtes tellement dépendants de votre niveau de vie insensé au regard des conditions de l'immense majorité ; mais aussi vous les riches intellectuellement, qui en perdez trop souvent le goût des plaisirs les plus simples, comme la joie si profonde de cultiver un petit coin de potager ou quelques fleurs, ou encore d'émettre quelques notes ou mêler quelques touches de couleurs...
Alors oui, c'est pour ceux-là (dont nous faisons tous partie, à des degrés divers) que l'accès au Royaume, l'entrée sous le Règne de Dieu, est difficile, aussi difficile que de faire passer un câble par le chas d'une aiguille (Marc 10, 23-27 ; Matthieu 19, 23-26 ; Luc 18, 24-27). Mais difficile ne veut pas dire impossible ! il suffit, en premier d'en avoir le désir ; ensuite de persévérer : demander, chercher, toquer, inlassablement, comme la veuve qui avait affaire au juge inique (Luc 18, 1-8), avec juste cette nuance que ce n'est pas Dieu qui se fait tirer l'oreille à nos supplications, c'est nous qui sommes sourds, c'est nous qui ne savons pas entendre ce qu'il nous dit de toute éternité.
Et alors, enfin, il suffit de recevoir.
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que vous ne donniez pas ce qui est saint aux chiens
ni ne jetiez vos perles devant les cochons
qu'ils ne les piétinent à leurs pieds
et se retournant ne vous mettent en pièces
demandez ! et il vous sera donné
cherchez ! et vous trouverez
toquez ! et il vous sera ouvert
car quiconque demande reçoit
et qui cherche trouve
et à qui toque il sera ouvert
quel est parmi vous un homme
auquel son fils demandera du pain
mais qui lui remettra une pierre ?
ou encore il demandera un poisson
mais il lui remettra un serpent ?
si donc vous — mauvais que vous êtes —
savez donner de bons dons
à vos enfants
combien plus votre père dans les cieux
en donnera de bons
à ceux qui lui demandent !
donc tout ce que vous voudriez
que fassent pour vous les hommes
ainsi faites-le vous pour eux !
car c'est cela la torah et les prophètes
entrez par la porte étroite !
que large est la porte et vaste le chemin
qui mènent à la destruction !
et nombreux sont ceux
qui le prennent
qu'étroite est la porte et resserré le chemin
qui mènent à la vie !
et peu sont ceux
qui le trouvent
(Matthieu 7, 6-14)

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