Sans souci
Il est difficile de prendre à la lettre ces recommandations : ne pas s'inquiéter, ne pas se soucier, de notre subsistance, Dieu s'en chargera... Nous savons bien, ou du moins cela nous semble une évidence, que si nous ne faisons rien, si nous ne travaillons pas, cela ne nous tombera pas du ciel. D'ailleurs, c'est bien Dieu lui-même qui, en chassant Adam du jardin d'Éden, lui a dit : "désormais, tu gagneras ton pain à la sueur de ton front". Il est quand même gonflé, là, Jésus. Après avoir édicté toute une série de demandes bien plus exigeantes que la Torah (non seulement ne pas tuer, mais même pas se mettre en colère ; non seulement ne pas commettre d'adultère, mais même pas regarder volontairement une femme avec désir ; etc.), maintenant il annule le tout premier commandement de YHWH !
Enfin, le premier, non, il est vrai que le tout premier, c'était de ne pas manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Serait-ce alors que cette "condamnation" à travailler, dur, pour pouvoir manger, n'était pas une condamnation ? Juste une constatation : si on mange du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, alors vivre devient quelque chose de difficile, avec de l'adversité, de la souffrance, des malheurs. L'histoire d'Adam et Ève n'est pas l'histoire de quelque chose qui se serait passé une fois pour toutes aux commencements de l'humanité, mais c'est notre histoire à chacune et chacun, c'est un choix qui nous est proposé, soit tu manges de ce fruit et alors..., soit ?
Il me semble qu'on doit quand même faire la part des choses dans ces recommandations de Jésus ici : entre ne pas se préoccuper du tout de notre survie matérielle et en faire notre seul horizon, peut-être y a-t-il la place pour un juste milieu ? en somme, servir Dieu en priorité, et même le servir lui seul, oui, et ne pas servir Mammon, c'est-à-dire refuser que ce soit lui qui devienne notre seul maître, mais assumer nos moyens de subsistance si nous en sommes capables, pour ne pas dépendre de la charité publique, voilà qui, en soi, ne semble pas répréhensible, bien au contraire.
Le royaume sur terre ?
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personne ne peut servir deux seigneurs
car soit il haïra l'un
et aimera l'autre
soit il s'attachera à l'un
et méprisera l'autre
vous ne pouvez servir Dieu
et Mammon !
c'est pourquoi je vous dis
ne vous inquiétez pas
pour votre vie — que mangerez-vous ou que boirez-vous ?
ni pour votre corps — que revêtirez-vous ?
la vie n'est-elle pas plus que la nourriture ?
et le corps que le vêtement ?
regardez les oiseaux du ciel !
qu'ils ne sèment pas ni ne moissonnent
ni n'amassent dans des greniers
et votre père du ciel les nourrit
ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?
et qui parmi vous en s'inquiétant
peut ajouter à sa taille une seule coudée ?
et au sujet du vêtement pourquoi vous inquiétez-vous ?
considérez les lis des champs comme ils croissent
ils ne peinent ni ne filent
mais je vous dis que même Salomon dans toute sa gloire
n'a pas été habillé comme l'un d'eux
alors si l'herbe des champs
— qui aujourd'hui est là et demain jetée au four —
Dieu la revêt ainsi
n'en fait-il pas bien plus pour vous, minicroyants ?
donc ne vous inquiétez pas
en disant "que mangeons-nous ?" ou "que buvons-nous ?"
ou "que revêtons-nous ?"
car tout cela les païens le recherchent
et il sait votre père du ciel
que vous avez besoin de tout cela
mais cherchez d'abord le royaume et sa justice
et tout cela vous sera donné de surcroît
donc ne vous inquiétez pas
pour le lendemain
car le lendemain s'inquiétera
de lui-même
à chaque jour suffit sa peine
(Matthieu 6, 24-34)

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