Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Toi, suis-moi !

Lun. 1 Juillet 2024

Laisse les morts ensevelir leurs morts !

Laisser les morts ensevelir les morts ? cette recommandation aussi ne pouvait que choquer, et elle le fait encore. Le judaïsme attache une importance extrême au corps mort, au cadavre, depuis qu'il a développé la croyance en la résurrection, comprise comme un retour à la vie dudit cadavre. Dans un tel contexte, où on pense que ce sont ces restes qui seront, un jour, de nouveau constitués en corps entier, complet, et vivant, alors effectivement il peut être important de prendre un soin minutieux de ce cadavre, de l'embaumer notamment, et en tout cas de le mettre autant que possible à l'abri des bêtes de toutes sortes qui pourraient venir le dépecer et le réduire à néant.

Laisse les morts ensevelir leurs morts : Jésus ne croit pas à une telle résurrection. Il le dit ailleurs : à la résurrection, "on est comme des anges dans le ciel" (Matthieu 22, 30 ; Marc 12, 25 ; Luc 20, 36), on n'a pas de corps matériel, on est pur esprit, et c'est pourquoi cet ensevelissement du cadavre de nos défunts, aussi chers nous soient-ils, est sans objet ; qu'on croie ou pas en une existence au-delà de la mort, l'attachement au corps mort est sans objet en ce qui concerne le disparu lui-même. C'est pour nous que nous en prendrons éventuellement soin, pas pour le défunt.

Ceci pose alors la question de ce qu'on appelle la résurrection de Jésus lui-même : c'est la disparition du cadavre, en premier lieu, et ensuite les apparitions de ce supposé même corps précédemment mort mais de nouveau vivant, qui ont convaincu ses disciples, et à leur suite tous les chrétiens, qu'il était "vraiment ressuscité". Mais on est donc alors obligé d'en conclure que cette disparition du corps n'était en réalité aucunement une nécessité en soi, ce n'était qu'une mise en scène destinée à attirer leur attention — ou peut-être y avait-il une raison d'un tout autre ordre à ce fait, raison que nous ignorons —, mais en tout cas cela n'avait pas de lien direct avec les apparitions qui ont suivi.

Et ces apparitions signifient alors que, au moins pour ce qui est de Jésus, ce principe purement spirituel qu'il était devenu avait la capacité de se manifester sous une forme corporelle, physique, accessible aux sens au moins de la vue, de l'ouïe et du toucher (et pourquoi pas aussi de l'odorat et même du goût ?). Mais cette capacité ne signifie évidemment pas une obligation non plus : pour qu'il apparaisse subitement dans une pièce fermée à clé, c'est que sa nature, à partir de ce moment-là, était bien purement spirituelle, ses manifestations corporelles n'étant destinées qu'aux besoins de ses disciples, pour qu'ils "touchent du doigt" que la mort n'est réellement pas la fin de tout.

Mais autre question : quel lien entre notre être actuel, inéluctablement incarné, intimement lié et dépendant du corps, et cet être futur ? Il faudrait qu'il y ait une continuité entre les deux, de quelque sorte qu'elle soit, sinon ce n'est plus ma résurrection, ce serait un autre être qui serait créé, sans rapport réel avec moi. Mais d'autre part, mon expérience actuelle est justement celle-là, de cette présence au monde qui ne se perçoit elle-même que par ces sensations que me donne le monde physique grâce au corps. Aussi, de quelle autre sorte serait cette autre présence ? pourrais-je encore parler d'un moi ?

Ici, peut-être, n'est-on pas obligé de rejoindre la métaphysique orientale de fusion (mais pas nécessairement de con-fusion pour autant...) dans le tout ?

 

 

puis Jésus vit une grande foule autour de lui
et il ordonna de partir vers l'autre rive
    or un scribe s'est approché et lui a dit
« maître ! je te suivrai
partout où tu iras »
    et Jésus lui dit
« les renards ont des terriers
    et les oiseaux du ciel des nids
mais le fils de l'homme n'a pas où reposer la tête »
    et un autre des disciples lui a dit
« Seigneur ! permets-moi d'abord
d'aller et d'ensevelir mon père ! »
    mais Jésus lui dit
« suis-moi !
    et laisse les morts ensevelir leurs morts ! »

(Matthieu 8, 18-22)

Commenter cet évangile