Partage d'évangile quotidien
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Jamais contents !

Mer. 18 Septembre 2024

Les hommes de cette génération sont semblables à des gamins s'appelant les uns les autres en disant « nous avons joué de la flûte pour vous et vous n'avez pas dansé, nous avons chanté un chant funèbre et vous n'avez pas pleuré »...

Si on compare Jean le Baptiste et Jésus du point de vue de leurs enseignements, de leurs paroles, curieusement peut-être c'est Jésus qui est le plus exigeant. Là où Jean recommande aux soldats de ne simplement pas profiter de leurs armes pour vivre sur le dos des habitants, Jésus avertit que qui vit par les armes périra par les armes, il interdit de répondre à une agression par une autre agression, il demande de prier pour ses ennemis ! Jésus prône ce qu'on appelle la non-violence, quand Jean semble comprendre qu'elle puisse se justifier si elle est exercée dans un cadre légal. On notera au passage que, sur ce point, les principales églises chrétiennes, et ce depuis leur alliance avec l'empire romain, ont trahi leur maître pour se contenter, dans le meilleur des cas, d'en revenir à son précurseur.

Un deuxième point où Jésus est nettement plus exigeant que Jean : les richesses. En effet, là où Jean demande simplement aux riches de partager leurs biens avec ceux qui en manquent, Jésus condamne en soi le fait d'être riche, notamment par son image de la corde qui ne peut pas passer à travers le chas de l'aiguille. Pour Jean, il n'y aurait pas de problème à ce que toute la société soit riche, c'est juste le fait qu'il y ait des disparités dans les richesses qui lui pose question ; pour Jésus, la richesse, le fait de posséder plus que le minimum vital, est en soi un problème.

On n'en sait pas beaucoup plus sur les enseignements de Jean, et même ces deux-là sont peut-être fragiles, mais il semble quand même qu'on pourrait résumer la question en disant que Jean est resté sur une morale propre à celle de son peuple, la morale traditionnelle du judaïsme, qu'il se contente de rappeler avec vigueur, comme tous les prophètes, là où Jésus refonde, ré-enracine, tout cela bien plus profondément, comme on le voit par exemple encore sur le sujet de la sexualité où, contrairement à la loi censément donnée par Moïse, lui n'accepte pas le divorce (sauf peut-être dans certains cas très précis, s'il faut en croire Matthieu seul).

Il est vrai qu'à côté de ces quelques domaines fondamentaux — la violence, les richesses, la sexualité — Jésus est par contre beaucoup plus laxiste sur les questions de pureté légale, notamment, mais aussi sur le "repos" du shabbat par exemple, qu'il semble bien considérer comme des questions parfaitement secondaires ; sur tous ces points, il généralisait vraisemblablement ce qui nous est rapporté à propos du shabbat : cela doit servir le bien de l'homme et non à l'inverse l'asservir. Reste alors à comprendre ce qui différencie les domaines où il était intransigeant, et donc même plus exigeant que toute la tradition qui l'avait précédé, et les domaines qui lui semblaient tout-à-fait accessoires voire sans objet, et là-dessus je dirais que c'est la question du pouvoir : la violence résulte d'une volonté de pouvoir, les richesses sont aussi une source de pouvoir, et le divorce, que seuls les hommes avaient le droit de décider et pour des motifs parfois complètement futiles, était évidemment encore un instrument de pouvoir.

Maintenant, après les enseignements, il y a aussi les comportements ou les styles : Jean l'ascète et Jésus le jouisseur ? mais ce n'étaient là que des conséquences de raisons autres. Si Jésus est exigeant sur ces quelques règles qui lui semblent fondamentales, par contre il ne condamne pas les personnes, il fait la différence entre leurs actes, d'une part, et la certitude qu'il a qu'elles peuvent changer, qu'elles en ont la capacité, d'autre part, et c'est ce qui lui permet d'être familier avec elles, du moins si elles ne rejettent pas formellement ce qu'il leur dit, si elles manifestent un minimum d'ouverture à son message. Et même les personnes qui le rejettent le plus, de la manière la plus formelle, ses vitupérations contre elles sont encore une tentative de les atteindre, de les provoquer, pour les faire bouger...

Jean, de son côté, n'avait sans doute pas cette même confiance, cette même foi, enracinée en lui, sur la capacité de chacune et chacun à se laisser toucher par l'amour de Dieu, sans doute simplement parce que l'image qu'il avait de son Dieu n'était pas la même que celle qu'avait Jésus : non pas le Dieu Père qui n'est qu'amour, mais bien plutôt celui qui est dit le Tout-Puissant, précisément donc un Dieu de ...pouvoir.

 

 

à quoi alors comparerai-je les hommes de cette génération ?
    et à quoi sont-ils semblables ?

ils sont semblables à
    des gamins assis sur une place publique
    et s'appelant les uns les autres en disant
« nous avons joué de la flûte pour vous
    et vous n'avez pas dansé
nous avons chanté un chant funèbre
    et vous n'avez pas pleuré »

    en effet Jean le baptiseur est venu
ne mangeant pas de pain ni ne buvant de vin
    et vous dites
« il a un démon »
    le fils de l'homme est venu
mangeant et buvant
    et vous dites
« voici un homme glouton et ivrogne
    ami des taxateurs et des pécheurs »

mais la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants

(Luc 7, 31-35)

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