Partage d'évangile quotidien
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Laisser les morts ensevelir les morts

Mer. 2 Octobre 2024

Quand le corps est mort, la personne n'est plus là, ce qui reste matériellement d'elle n'est plus que de la matière, sans guère plus de signification que ne peut en avoir de la poussière...

Laisse les morts ensevelir leurs morts : on est choqués par ce précepte. Les rites funéraires sont une des caractéristiques par lesquelles on distingue les humains de leurs ancêtres préhominiens : quand il y a stèle ou tombeau, ce ne sont plus des singes mais des hommes, sans préjuger si cela signifie qu'ils croient que quelque chose de la personne perdure au-delà de sa mort, ou qu'ils souffrent de sa disparition et qu'ils s'aident ainsi à la faire comme vivre encore, au moins dans leur souvenir, ou au contraire que c'est un moyen justement de pouvoir l'oublier pour revenir à leur propre vie qui doit bien, elle, continuer.

Laisse les morts ensevelir leurs morts : dans cette formule, on ne sait pas qui est désigné par ces morts censés ensevelir leurs morts. Est-ce que ce sont ces proches, qui sont rivés à ces rites, et qui sont donc pour cette raison considérés comme déjà morts ? à ce compte-là cela signifierait que nous naissons comme ça, naturellement déjà morts, puisqu'il semble bien que ce soit une caractéristique naturelle de l'humanité d'éprouver ce besoin de rites autour de la mort. Ou est-ce que ce sont les vrais morts, les déjà morts ? lesquels sont certainement les mieux placés pour accueillir les nouveaux morts, leur expliquer ce qui leur arrive et ce qui les attend désormais.

La question est aussi de savoir quel est le rapport exact entre le corps mort et la personne que nous avons connue comme corps vivant ? Un corps mort, d'ailleurs, mérite-t-il encore vraiment cette dénomination de "corps", est-ce encore réellement un corps ? très vite il n'en restera que des os, et personne n'irait dire qu'un squelette c'est un corps ; et, avant même qu'il n'en arrive au stade du squelette, un corps mort, cela s'appelle plutôt un cadavre, en réalité. Un corps mort, ce n'est plus vraiment un corps, c'est un ensemble de cellules éventuellement encore vivantes individuellement mais qui ne forment plus une unité, et puisqu'il n'y a plus unité, il n'y a plus non plus de personne.

Quoi qu'on pense du destin possible de cette personne après sa mort, il est certain qu'en tout cas elle n'est plus liée à ce qui n'est plus un corps mais un cadavre. Quand on s'adresse à une personne, on ne se la représente pas comme composée en fait d'innombrables personnes distinctes, autant que d'organes, ou même que  de cellules, qui la composent. Il n'y a donc pas d'échappatoire, quand le corps est mort, la personne n'est plus là, ce qui reste matériellement d'elle n'est plus que de la matière sans guère plus de signification que ne peuvent en avoir des pierres ou même bientôt de la poussière.

Peut-être alors comprend-on un peu mieux ce "laisse les morts ensevelir les morts" ? Personnellement, je ne crois pas que la personne disparaisse avec la mort du corps, ne serait-ce qu'en raison du principe que rien ne se perd, sans m'engager plus sur le comment exact de cette persistance éventuelle. Le monothéisme abrahamique envisage une persistance plutôt individuelle, là où les traditions orientales voient plus volontiers une fusion de l'individu dans un tout qui s'enrichit ainsi, et sans doute faudrait-il s'efforcer de tenir les deux perspectives ensemble.

Mais quoi qu'il en soit, le corps mort, lui, n'a donc plus rien à voir avec la personne, qu'elle lui survive ou non. Le mieux que nous ayons à faire, y compris pour lui être fidèles, est de poursuivre notre vie à nous. Oui : pour lui être fidèles, en fidélité à cette même vie qu'elle s'est efforcée elle aussi de faire fructifier autant qu'elle l'a pu. La vie nous est donnée pour que nous en fassions quelque chose, pas pour que nous laissions tomber nos bras, même si nous pouvons nous sentir impuissants, nous sommes si peu de chose, si petits, mais ce n'est pas à nous d'en juger.

 

 

et tandis qu'ils allaient sur le chemin

    quelqu'un lui a dit
« je te suivrai où que tu ailles »
    et Jésus lui a dit
« les renards ont des tanières
    et les oiseaux du ciel des nids
mais le fils de l'homme n'a pas où reposer la tête »
    
    et il a dit à un autre
« suis-moi ! »
    mais lui a dit
« seigneur !
    permets-moi d'abord d'aller
et d'ensevelir mon père ! »
    alors il lui a dit
« laisse les morts ensevelir leurs morts
    mais toi va et annonce le royaume de Dieu ! »
    
    et un autre encore a dit
« je te suivrai seigneur !
    mais d'abord permets-moi
de me séparer de ceux de ma maison ! »
    mais Jésus lui a dit
« personne qui ait mis la main à la charrue
    et qui regarde en arrière
n'est apte au royaume de Dieu »

(Luc 9, 57-62)

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