Partage d'évangile quotidien
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Lorsqu'il eut cessé de prier...

Mer. 9 Octobre 2024

...un disciple lui a demandé : "Apprends-nous à prier ! comme Jean l'a appris à ses disciples", et il leur a répondu : "Quand vous priez, dites..."

Il faudrait commencer par s'entendre sur le sens du mot "Dieu". Dans la tradition hébraïque, Dieu s'appelle YHWH, ce qui signifie à peu près "je suis celui qui suis" : Dieu est l'être en soi, il ne tient son être que de lui-même, et, étant l'être en soi, il est par conséquent aussi l'être, l'être véritable, de tout ce qui est. En tant qu'être en soi, il est transcendant, lui seul est l'être en soi, au-delà de tout ce qui n'est pas lui, et en tant qu'être véritable de tout ce qui est, il est immanent, présent en tout être. Tel pourrait en tout cas être le Dieu du judaïsme, à partir de cette révélation qu'il a reçue de ce nom de Dieu, YHWH.

Sanctifié soit ton nom ! voilà la première demande du "Notre Père", de cette prière que les chrétiens considèrent avoir reçue de Jésus. De nos jours, cette sanctification de ce nom, nous pourrions la comprendre comme un appel à simplement déjà accepter cette évidence de la notion d'être en soi, de quelque chose qui me dépasse, qui signifie entre autres que je ne suis pas ma propre origine, que je ne tiens pas mon être de moi-même, une attitude qui m'oblige à sortir un minimum d'un certain égocentrisme. Mais quand je dis de nos jours, c'est peut-être simplement parce que les choses sont devenues désormais plus franches, car je doute qu'en fait au long de l'histoire du peuple hébreu (et du christianisme par la suite), l'attitude générale ait été bien différente, au fond des cœurs : en façade, on se disait humbles, dans la réalité des faits, s'il surgissait régulièrement des prophètes (ou ensuite des saints), c'est bien parce que ce n'était dans l'ensemble que cela, une apparence.

Mais, avant ce "sanctifié soit ton nom", il y a en tout premier cette apostrophe : "père !". C'est que cette notion de l'être en soi qui est en même temps l'être de mon être propre, le vrai "Je" de mon "moi", dite ainsi ne reste qu'un pur jeu intellectuel. Ce n'est pas inutile, si cette notion introduit au moins à ce respect de cet être en soi, à cette "sanctification" de ce "nom", mais cela reste terriblement abstrait, nous ne sommes pas que des intellects, nous sommes aussi des êtres de chair, et c'est, selon moi, ce dont témoigne ce titre que Jésus donne à ce même Dieu, mais suivant la façon dont lui le connaît : il n'est pas pour lui seulement cette idée que révèle son nom, il est aussi une réalité vécue, sensible, sensuelle, sentimentale, une expérience pleinement humaine. Et c'est à ce moment-là qu'on passe de la sanctification du nom à la vie dans le royaume. C'est une réalité charnelle, pas juste une idée !

Commence alors une nouvelle vie (si tant est qu'on pouvait qualifier la précédente de vie elle aussi), où l'expérience de cette Présence agit réellement comme une nourriture qui va nous permettre de nous guérir progressivement de tout antagonisme avec le reste du monde, puisque nous partageons tous cette même vraie et unique nature, bien que nous soyons tous différents, tous distincts ; tous, tout ce qui existe, nous tenons notre être du seul et même être en soi... Une telle vie peut nous amener jusqu'à accepter de la perdre, si c'est pour le bien du plus grand nombre, ce que Jésus a fait, ce qui ne veut pas dire que ce soit là notre vocation à tous ! Mais on peut penser que, pour lui, renoncer à ce sacrifice, aurait été échouer dans l'épreuve, être emporté par elle.

Cette version de Luc du "Notre Père" est plus courte que celle de Matthieu, mais ne contient-elle pas l'essentiel ?

 

 

et il arriva lorsqu'il était dans un certain lieu à prier
    que lorsqu'il eut cessé un de ses disciples lui dit
« seigneur ! enseigne-nous à prier
comme Jean aussi a enseigné ses disciples »
    et il leur a dit
« quand vous priez dites

"père !
sanctifié soit ton nom !
vienne ton royaume !
notre pain du jour qui vient donne-le nous chaque jour !
et remets-nous nos fautes !
    car nous aussi remettons à quiconque nous doit
et ne nous emporte pas dans l'épreuve !" »

(Luc 11, 1-4)

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