Partage d'évangile quotidien
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Qui me rejette, rejette celui qui m'a envoyé

Ven. 4 Octobre 2024

Pour beaucoup, ce "celui qui m'a envoyé" pose problème, parce qu'il fait allusion à une notion de "dieu"

Qui me rejette, rejette celui qui m'a envoyé : pour beaucoup, ce "qui m'a envoyé" pose problème, parce qu'il fait évidemment allusion à une notion de "dieu", il personnifie "ce" qui a inspiré celui qui prononce cette parole, surtout avec cette notion d'avoir été envoyé, ce qui suppose bien une intention prêtée à cet inspirateur. Et effectivement, peut-être n'est-ce là qu'un a priori de celui qui la prononce, peut-être que si Jésus n'était pas né dans un contexte où l'athéisme n'était au mieux la conviction que d'une infime minorité, parfaitement marginale sinon totalement insignifiante, et que l'idée de Dieu ou de dieux semblait évidente pour tous les autres, peut-être que Jésus aurait dit : qui me rejette, rejette ce qui m'a inspiré, rejette le vrai, rejette le beau, rejette le bien...

Mais est-ce que cela change vraiment quelque chose sur le fond ? dans les deux cas, il y a référence à une source censée être transcendante, qu'on la personnifie ou pas, et dans les deux cas ceux qui l'entendent ont le droit d'estimer que, celui qui revendique de s'exprimer au nom de cette transcendance, peut se leurrer lui-même ou pas. Dans les deux cas, nous restons libres de nous faire notre opinion sur le sujet : l'inspiration de Jésus, qu'elle lui vienne d'un dieu ou d'une transcendance impersonnelle, nous semble-t-elle juste, nous parle-t-elle à nous aussi, ou non ?

Gandhi croyait en Rama, c'était son Dieu, c'est celui qu'il a invoqué au moment de mourir, mais cela ne l'empêchait pas d'avoir les évangiles comme livre de chevet, parce que bien que provenant d'une autre tradition spirituelle, ils lui parlaient, il y reconnaissait une inspiration qui lui semblait juste elle aussi. Nous parlions hier de l'amour des ennemis comme inspiration caractéristique de Jésus par rapport au judaïsme dans lequel il était né : il est tout-à-fait possible que d'autres personnes, dans d'autres contextes culturels, avant lui ou après lui, sans aucun contact avec son enseignement, aient eues elles aussi la même inspiration : cela ne fait que renforcer l'importance de ce précepte.

Ce qui est possible, c'est qu'à partir du moment où une première personne a eu cette intuition, ce simple fait qu'elle l'ait reçue (et éventuellement qu'elle en ait de plus parlé à d'autres qui l'ont acceptée aussi) ait eu pour effet, dans quelque chose qu'on pourrait appeler l'inconscient collectif — si on ne veut pas parler de Dieu —, d'en faciliter l'accès pour une autre, future ou même contemporaine, personne "inspirée". C'est un fait qu'on peut constater dans l'histoire des sciences, que souvent une même découverte est faite de manière presque simultanée par plusieurs personnes qui n'avaient pourtant aucun contact l'une avec l'autre (on peut penser ici particulièrement au calcul infinitésimal "découvert" pratiquement en même temps mais parallèlement par Newton et Leibniz).

On ne voit pas pourquoi ce qui se constate dans l'histoire des sciences n'existerait pas aussi dans l'histoire des idées ; il n'y a pas lieu d'aller imaginer que Jésus ait passé son adolescence en Inde ou au Tibet, ni même qu'il ait été l'élève de quelque philosophe grec, pour expliquer d'où viendrait l'originalité de son enseignement, d'une part, et d'autre part, bien sûr que cette originalité, qu'on l'attribue à une source personnifiée (Dieu ou un dieu) ou pas, n'est que relative au contexte culturel et religieux dans lequel il est né et a vécu, et n'exclut pas que d'autres que lui aient pu bénéficier des mêmes intuitions que lui et indépendamment de lui dans d'autres contextes, même antérieurs, pourquoi pas ; mais quelles en seraient les conséquences ?

Je ne crois pas que cela changerait quoi que ce soit au mérite et à l'intérêt de ces révélations qu'il nous a faites ! on peut cependant alors ne pas adhérer à cette notion d'amour des ennemis, la refuser, rejetant par là-même la source d'où il la tenait ; nous sommes parfaitement libres à ce sujet, et cette source ne va pas se retourner contre nous à cause de ce choix. Je pense personnellement que ce faisant on se construit pour soi un enfer, celui (le shéol) dont il est question ici particulièrement pour Capharnaüm, mais ce n'est que mon opinion, mon sentiment, mon intuition...

 

 

honte à toi ! Chorazin
honte à toi ! Bethsaïde
    car si à Tyr et Sidon s'étaient produits
    les miracles qui se sont produits chez vous
depuis longtemps
    assises dans des sacs et de la cendre
    elles se seraient converties
aussi pour Tyr et Sidon au jugement
    ce sera plus supportable que pour vous

et toi Capharnaüm
    ce n'est pas jusqu'au ciel que tu seras élevée
    c'est jusqu'au schéol que tu aboutiras
    
qui vous écoute c'est moi qu'il écoute
et qui vous rejette c'est moi qu'il rejette
et qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé

(Luc 10, 13-16)

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