Partage d'évangile quotidien
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À qui a il sera donné

Mer. 20 Novembre 2024

Un homme partit dans un pays lointain ; alors, ayant appelé dix de ses serviteurs, il leur a donné dix mines et leur a dit : "Faites des affaires ! jusqu'à ce que je revienne", et à son retour...

Cet homme qui part pour recevoir la royauté est typique du contexte de l'occupation romaine : c'était Rome qui décidait qui pouvait être roi dans les territoires conquis, et qui pouvait aussi révoquer ce qu'elle avait accordé précédemment. C'est ce qui était arrivé à Archelaos : en l'an 4 avant Jésus-Christ, il s'était rendu à Rome pour se faire reconnaître comme roi de la Judée, puis en l'an 6 après Jésus-Christ, ses "sujets" envoyèrent à Rome une délégation pour se plaindre de sa gestion, et il fut exilé (en Gaule) et remplacé par un préfet romain. On voit que cette parabole semble emprunter une partie de son matériau à l'histoire d'Archelaos...

Mais au-delà de ces réminiscences historiques, le contexte évoque aussi irrésistiblement  la période qui a suivi la fin des apparitions du ressuscité, où Jésus était censé être monté au ciel pour recevoir lui aussi de la part de son Père quelque chose comme une confirmation de sa royauté sur la Terre, après quoi il allait revenir, et ce serait enfin l'instauration du "Royaume". Et dans cette perspective-là, les citoyens mécontents qui envoient une délégation désignent évidemment les Juifs qui ne reconnaissent pas Jésus comme étant leur Messie.

Nous ne nous rendons pas compte à quel point ces premiers "chrétiens" croyaient dur comme fer à cette proximité immédiate du Royaume, et donc à quel point aussi, plus ce retour du héros tardait, plus l'incompréhension grandissait, et avec elle la tentation de tout laisser tomber. C'est ce qui explique que nous ayons toutes ces paraboles, toutes ces recommandations, qui exhortent à patienter, à persévérer, à ne pas rester à ne rien faire en attendant, et au contraire à faire fructifier chacun ses "talents" (chez Matthieu dans la version parallèle de cette parabole), ou ici chez Luc ses "mines". Bien sûr, depuis tout ce temps, il semble difficile de croire encore à un retour imminent de Jésus, même si, malheureusement, tel est le fond de commerce de nombre d'évangéliques, comme on le sait hélas trop.

Écartés de tels contextes, il reste une histoire qui peut nous parler de notre condition humaine la mieux partagée : nous sommes au monde, nous sommes du monde, qu'en faisons-nous ? C'est un don qui nous a été fait, peu importe que nous attribuions ce don à un être personnalisé ("Dieu") ou à l'univers, la nature, considérés comme notre origine : en aucun cas nous ne nous sommes donnés la vie à nous-même, qu'en faisons-nous ? Allons-nous faire tout notre possible pour rendre ce monde un petit peu plus beau, prenant ainsi notre part, si modeste soit-elle, à cet œuvre de création de ce monde qui nous a créés ?

Évidemment, on peut voir alors cette histoire sous l'angle du troisième serviteur : ce faisant, ce n'est pas pour moi que je travaillerais, ce serait pour celui (Dieu ou l'univers ou la nature) qui m'a donné vie, je ne vois pas pourquoi je devrais travailler pour le profit d'un autre... Et je vais ne rien faire de ma vie, mais ce qui s'appelle ne rien faire, rien pour qu'il y ait là un peu plus de beauté, un peu plus d'amour, un peu plus de sens, et vraisemblablement vais-je même me mettre à amasser, accumuler, pour moi, pour moi seul, pour ma pomme, à mon seul profit, pour mes aises, mon plaisir, mes satisfactions, à moi, dans une course en réalité insatiable, sans fin, et à la fin même sans faim, sans raison, sans but, dans un non-sens total.

 

 

comme ils entendaient ces choses il a ajouté une parabole
    parce qu'à l'approche de Jérusalem ils croyaient eux
que le royaume de Dieu allait apparaître soudainement
    il a donc dit

« un homme bien né partit dans un pays lointain
    recevoir pour lui la royauté puis revenir
alors ayant appelé dix de ses serviteurs
    il leur a donné dix mines et leur a dit
"faites des affaires ! jusqu'à ce que je revienne"
    (mais ses concitoyens le haïssaient
    et ils envoyèrent une délégation après lui disant
"nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous !")
    et à son retour ayant reçu la royauté
il a dit de lui appeler ces serviteurs
    auxquels il avait donné l'argent
    afin de savoir ce qu'ils avait gagné en affaires

    alors le premier est arrivé en disant
"seigneur ! ta mine c'est dix mines qu'elle a rapportées !"
    et il lui a dit
"bravo ! bon serviteur
    parce que tu as été fiable pour si peu
aie autorité sur dix villes !"
    puis vint le deuxième disant
"seigneur ! ta mine a fait cinq mines"
    et il a dit à celui-là aussi
"sois toi aussi sur cinq villes !"
    et l'autre vint en disant
"seigneur ! voici ta mine
    que j'ai gardée de côté dans un linge
car je te craignais
    parce que tu es un homme dur
tu prends ce que tu n'as pas déposé
et tu moissonnes ce que tu n'as pas semé"
    il lui dit
"mauvais serviteur ! je vais te juger de ta bouche
    tu savais que moi je suis un homme dur ?
    prenant ce que je n'ai pas déposé
    et moissonnant ce que je n'ai pas semé ?
alors pourquoi n'as-tu pas donné mon argent à une banque ?
et moi à mon retour je l'aurais repris avec un intérêt ?"
    et il dit à ceux qui se tenaient là
"prenez-lui la mine et donnez à celui qui a les dix mines !"
    et ils lui dirent
"seigneur ! il a dix mines..."
    je vous dis
"à quiconque a il sera donné.
    mais à qui n'a pas même ce qu'il a lui sera pris
(quant à mes ennemis
ceux qui ne voulaient pas que je règne sur eux
    amenez-les ici et égorgez-les devant moi !") »
    
et ayant dit ces choses
    il alla devant montant vers Jérusalem

(Luc 19, 11-28)

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