Partage d'évangile quotidien
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C'est la cata

Mar. 26 Novembre 2024

Jésus réformiste, ou Jésus révolutionnaire ? faire évoluer les choses, ou tout casser et repartir à zéro ? pas facile de choisir, parfois, que faire, comment s'y prendre, par quel bout l'attraper...

Il faut soigneusement distinguer ici deux choses : les prédictions concernant la destruction du temple, et les suivantes qui, elles, évoquent la fin des temps. Il est certain que pour la plupart des Juifs de l'époque, sinon tous, la destruction du temple pouvait être associée très étroitement à la fin des temps. Le temple avait déjà été détruit par Nabuchodonosor, puis reconstruit, et enfin largement agrandi très récemment par Hérode. L'éventualité qu'il soit détruit une deuxième fois semblait difficilement imaginable, non que les Romains n'en aient pas les capacités, mais à cause de la signification que cet événement aurait : si YHWH, qui l'avait autorisé une première fois, l'autorisait une seconde fois, ce serait cette fois-ci comme une condamnation définitive, une révocation de l'alliance, un déni de sa parole.

Ce sont d'ailleurs ces raisons qui ont valu à Jésus son sort final : il avait suscité trop d'enthousiasme des foules, au moins dans un premier temps, il était dangereux, parce qu'il s'agissait de foules qui croyaient en la possibilité de se débarrasser de la présence des Romains. Comme nous le rapporte l'évangile de Jean (11, 48-50), le sanhédrin, lui, savait que c'était une utopie, et il valait donc mieux que "un seul homme meure", sinon ce serait la fin "et du temple et de la nation". Le peuple était effectivement dans un tel état d'esprit, que ce soit à cause de l'occupation romaine, mais aussi à cause de la misère et des différences de niveaux de vie, qui n'étaient pas moindres que de nos jours, que Jésus fut loin d'être le seul à provoquer de tels engouements des foules à tendances révolutionnaires, et donc dangereux aux yeux de l'occupant.

Dans ces conditions, peut-être Jésus ne faisait-il pas preuve d'excessifs talents de prophète à prédire cette issue, sans compter son peu de considération pour cette institution du temple. Ce que le sanhédrin ne voyait pas ou ne voulait pas voir, c'est que le mécontentement ne tenait donc pas seulement à l'occupation romaine, qu'il aurait fallu aussi sinon surtout un peu plus de justice sociale. Mais bien que ses coreligionnaires liaient donc les deux, toute autre est la question des prédictions sur la fin des temps, et c'est la raison pour laquelle il tempère autant qu'il peut leurs expectatives : ne croyez pas ceux qui vous diront que ça y est, c'est arrivé. On rejoint là les attentes aussi des premiers chrétiens, persuadés que la fin des apparitions devait déboucher rapidement sur le retour du ressuscité, le "jour du fils de l'homme" (on pourrait dire aussi "le grand soir"...), l'établissement définitif du royaume pour tous.

On peut aussi penser, au travers de cette prédiction de la destruction du temple, que Jésus invitait ses disciples à dépasser la dimension trop fermée, quasiment raciale, du judaïsme. Il est difficile de se faire une idée de son opinion sur ce point. Le christianisme, certes, y est venu assez vite, quoique pas immédiatement non plus, on sait qu'il y a eu des frictions sur ce sujet entre courants divers. Mais Jésus lui-même ? Il y a un premier point qui militerait dans le sens qu'il serait resté convaincu de l'élection d'Israël par Dieu, comme peuple préféré, peuple bien-aimé, c'est d'avoir constitué ce groupe des Douze, symbolique des douze tribus d'Israël, et semblant indiquer que toute son ambition était de réunir de nouveau ces douze tribus... : on est loin de l'universalité revendiquée par le christianisme.

Mais ce groupe a vraisemblablement été constitué dans les débuts du ministère, et même s'il était le Fils unique de Dieu (ce dont il faudrait voir ce que signifie l'expression exactement), il ne lui était pas interdit d'évoluer au fil du temps dans sa pensée, dans sa compréhension du monde, de ce qu'il pouvait lui apporter, etc. Il est clair qu'il était exaspéré par les perspectives un peu bas du plafond de ces douze, toujours à se mesurer les uns aux autres, à se tirer dans les pattes, en vue d'obtenir les premiers postes dans le futur gouvernement : ils n'avaient rien compris, pas plus que les foules...! Mais une autre objection surgit alors : puisque son message ne passait pas, pourquoi n'est-il pas allé voir ailleurs ? pourquoi n'est-il pas parti "chez les grecs", lesquels auraient éventuellement pu être plus ouverts à ce qu'il avait à dire ?

Il y a à cela une réponse assez simple : si on veut changer quelque chose dans le monde, dans certains cas, c'est auprès de ceux qui en auraient le plus besoin, qu'il convient d'agir ; c'est la tactique qu'adopte souvent Dieu, quand il convertit de grands pécheurs :) Et puis aussi ce fait : c'est la religion dans laquelle il est né, que Jésus connaissait le mieux, cette mentalité là, ces concepts religieux et métaphysiques là ; c'est pour s'adresser à ses coreligionnaires qu'il était, théoriquement, le plus à l'aise. En en mot, c'est cette religion-là qu'il voulait voir évoluer, ne serait-ce que par gratitude pour avoir, malgré toutes ses insuffisances, toutes ses petitesses, tout son provincialisme, tout son orgueil infondé, quand même été le terreau dans lequel s'était produit son propre développement, jusqu'à sa rencontre avec Dieu.

 

 

    et certains parlaient de l'enceinte du temple
qu'elle était ornée de belles pierres et d'ex-voto
    alors il a dit
« tout cela que vous voyez
    viendront des jours
où il ne sera laissé pierre sur pierre
    qui ne sera détruite »

    alors ils l'interrogèrent en disent
« rabbi ! quand donc cela sera-t-il ?
    et quel sera le signe
que cela va se produire ? »
    et lui a dit
« voyez à ne pas être abusés !
    car beaucoup viendront sous mon nom en disant
"c'est moi !"
    et
"le temps s'est approché"
    n'allez pas derrière eux !

et quand vous entendrez qu'il y a guerres et révolutions
    ne soyez pas épouvantés !
car cela va arriver d'abord
mais ce ne sera pas aussitôt la fin »
    alors il leur disait
« se dressera nation contre nation
    et royaume contre royaume
et il y aura de grands séismes
    et en divers lieux des famines et des pestes
et aussi des effrois et des grands signes
    venant du ciel »

(Luc 21, 5-11)

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