Partage d'évangile quotidien
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Comme des moutons

Mar. 10 Décembre 2024

Qu'en pensez-vous ? si un homme a cent moutons et que se perde un seul d'entre eux, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf sur les montagnes ? et ne partira-t-il pas chercher celui qui s'est perdu ?

D'un côté, un mouton qui s'est perdu. De l'autre, un troupeau qui reste bien ensemble, normal quoi, ce sont des moutons... Et puis, un berger, qui n'est ni d'un côté ni de l'autre, a priori. On pourrait même dire que, d'un certain point de vue, ça l'arrange bien que le troupeau se comporte comme un troupeau (de moutons...), reste bien ensemble, comme ça il peut les laisser sur la montagne, et partir tranquille à la recherche de celui qui s'est perdu, il n'y a aucun risque que d'autres du troupeau ne se perdent pendant son absence. Et maintenant, mouton perdu, à nous deux, tu vas voir la déculottée que tu vas te prendre...?

Eh non, ce n'est pas comme ça qu'il est, ce berger. En fait, il est même heureux que ce mouton ait pris son indépendance du troupeau, en voici enfin un qui ne reste pas bêtement à faire ce que font les autres, à dire ce que disent les autres, à penser ce que pensent les autres ; tous interchangeables, ça pourrait être des moutons robots, le résultat serait le même. Non, ce berger, il voudrait pouvoir aimer chacun de ses moutons pour ce qu'il est, lui, tout particulièrement, ce qu'il a qui lui est propre et qu'aucun autre n'a. Ce berger a horreur de tous ces moutons qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, aucune originalité, aucune indépendance, à peine plus que des agneaux, finalement. Des grands benêts, des idiots.

Et dans le lot, enfin un qui a osé, osé s'écarter, osé se mettre en recherche, de qui il est, lui, en lui-même, au-delà de cette image collective de ce qu'est un mouton. Oui, mais, ce faisant, il y a effectivement un risque, un danger, et c'est pour ça que les autres, sans même le savoir, sans même s'en rendre compte, inconsciemment, préfèrent ne surtout pas seulement imaginer qu'ils pourraient faire autre chose que de rester dans le troupeau. Oui, c'est dangereux de se mesurer à cette solitude, qui est pourtant le propre-même de notre condition humaine. C'est dangereux, on peut s'y perdre. Il y a un risque, des risques peut-être, mais le plus grand de tous les risques, en réalité, c'est de ne pas le faire, c'est de choisir ce qu'on croit être la sécurité, mais qui est en vérité la mort.

Ce n'est pas pour rien que nous avons cette spécificité de l'espèce humaine (spécificité au moins par l'ampleur de son développement chez nous) qu'est la conscience de soi. Conscience de soi, conscience d'être distinct de tout le reste de l'univers, y compris des autres membres de mon espèce, face à cette unicité absolue de ma personne, face à ma singularité irréductible, sans qu'il s'agisse que je cherche à tout prix de vouloir l'affirmer "contre" les autres, cela reste aussi un gâchis si, par facilité, paresse d'esprit, faux-semblant de chaleur humaine, je me contente d'épouser leurs opinions, leurs modes, leurs tics, tout ce prêt-à-porter de la pensée et des sentiments et des comportements qui me fera croire que, non, je ne le suis pas, tout seul.

Le berger ne veut pas qu'aucun de ses moutons ne se perde, certes. Il ne s'agit pas, au regard de notre insignifiance à l'échelle de l'univers, ou d'une solitude inimaginable au milieu de la foule, de plonger dans des abîmes de déréliction. Mais il ne veut pas non plus que nous gâchions ce don qu'il nous a fait de la conscience de soi, il veut que nous nous émancipions du groupe, du troupeau, que nous allions à la découverte de notre être vrai, et c'est de là seulement que peut naître entre nous une vraie fraternité, la seule qui ne soit pas frelatée, la seule par laquelle nous pouvons nous reconnaître les uns les autres comme vraiment humains, et non comme des miroirs dans lesquels nous n'admirons que notre propre image.

 

 

    qu'en pensez-vous ?
si un homme a cent moutons
    et que se perde un seul d'entre eux
ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf
    sur les montagnes ?
et ne partira-t-il pas
    chercher celui qui s'est perdu ?

et s'il arrive qu'il le trouve
    amen ! je vous dis
    qu'il se réjouit pour lui
plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf
    qui ne s'étaient pas perdus

ainsi ce n'est pas la volonté
    de votre père dans les cieux
que périsse un seul de ces petits

(Matthieu 18, 12-14)

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M
Bonjour Xavier, ta lecture de l’Évangile est souvent bien personnelle et de ce fait intéressante...elle amène à réflexion. Je me propose, de te faire part de mes pensées matinales sur ce qu’en amène la lecture. N’hésite pas à me dire si mon commentaire est inepte:<br /> Le désir de sortir du troupeau, de nos conditionnements, tant sociétaux que personnels est en effet une nécessité afin de retrouver ce que nous sommes réellement. C’est essentiel et valable pour tout un chacun. Jésus nous encourage à devenir comme des enfants et cela s’adresse à chaque individu, Son langage est universel. Cette remise en question manque parfois bien cruellement au sein de chaque groupe humain, qu’il soit ethnique ou religieux.<br /> Les Évangiles nous racontent comment au jardin de Gethsémani, le troupeau que formaient les « disciples », ne fait pas exception et s’est endormi comme un seul homme, en une forme d’inconscience de l’enjeu en cours, les adeptes rejoignant ainsi, n’étant pas éveillés, le fonctionnement de la presque totalité des humains face à leur responsabilité, alors même qu’Il leur avait demandé de veiller.<br /> Le fait que seul Iehouda avait les yeux ouverts montre que l’on peut s’émanciper du troupeau des suiveurs, et prendre un chemin...de destruction, d’où, l’absolue nécessité de ne plus fonctionner suivant notre propre volonté personnelle, qui malgré elle, laisse inconsciemment Se révéler, et parfois bien amèrement, ce qui doit nécessairement s’exprimer afin que les hommes, dans une optique de soin, avancent en humanité.
Répondre
S
Bonjour Xavier, <br /> merci pour ta réponse, oui, je crois que là est le chemin, entendre le Divin en nous, parmi toutes les voix qui nous submergent. <br /> L'axe nous est donné par l'Exemple, et il n'est pas confortable de le suivre. Je crois que l'idolâtrie est en cela un frein, et, si l'homme veut bien l'accepter et en faire le constat, il peut être un premier pas le mettant face à sa mouton-attitude, qui elle, l'éloigne de sa nature profonde et essentielle.<br /> Bien fraternellement,<br /> Stéphane
A
Bonjour... Stéphane (je suppose) !<br /> tu poses une question intéressante, je trouve, avec Iehouda/Judas, le seul "éveillé" la nuit à Gethsémani<br /> Je crois qu'on ne peut pas remettre en cause la nécessité de chercher son chemin propre, le seul qui nous corresponde parce que nous sommes tous différents, et donc chacun sa vocation absolument unique.<br /> Je te rejoins alors dans le fait qu'il s'agit de ne pas pour autant n'en faire qu'à notre tête, ne pas fonctionner selon notre seule volonté personnelle : pour revenir à nos deux natures, humaine et divine, il s'agit que notre dimension humaine sache écouter la divine, et non pas comme l'a fait Judas...?